Crise du coronavirus
Crise du coronavirus

Savoir

Crise du coronavirus

Conséquences pour l’économie et mesures permettant de les atténuer

La pandémie de coronavirus contraint les gouvernements à ordonner la fermeture des restaurants, des bars et des établissements de divertissement et de loisirs, afin d’endiguer la propagation du virus. Pour les entreprises affectées, cela entraîne de fortes chutes du chiffre d’affaires pouvant rapidement se traduire par des pénuries de liquidités. Afin d’éviter une vague de faillites et un chômage de masse, les Etats interviennent en mettant en place de vastes plans de soutien destinés à atténuer les conséquences économiques.

Le SARS-CoV-2, appelé couramment «coronavirus», est un virus sournois. A partir du moment où une personne est infectée, il peut se passer jusqu’à 14 jours avant que les premiers symptômes n’apparaissent. La personne touchée est néanmoins contagieuse bien avant et peut, dans certains cas, n’avoir aucun symptôme. C’est pourquoi il ne suffit pas de confiner les malades pour enrayer la propagation du virus.

A cela s’ajoute que la gravité du COVID-19 (la maladie déclenchée par le coronavirus) est supérieure à celle de la grippe pour les groupes à risque. Selon des estimations scientifiques, le taux de létalité dépasse celui de la grippe, en particulier pour les personnes âgées. Il peut atteindre plus de 10% chez les plus de 80 ans.  Les premiers vaccins n’ont étés mis en service qu’en fin 2020, et il faudra attendre de nombreux mois avant qu’assez de personnes ne le reçoivent pour contenir la propagation du virus. Les traitements mis au point jusqu’à présent ne sont pas toujours suffisants. Certaines personnes infectées n’ont de chances de survivre que si elles bénéficient de soins intensifs ou sont placées sous respirateur. Les capacités en la matière sont toutefois limitées.

Afin d’éviter que des patients ne décèdent faute de capacités, il convient de minimiser ou au moins de ralentir les contaminations au coronavirus. Pour ce faire, la courbe illustrant la hausse du nombre de nouvelles infections doit être aplatie. Le Conseil fédéral a donc pris des mesures radicales visant à éloigner les individus les uns des autres (distanciation physique entre personnes, couramment appelée distanciation sociale). Tous les magasins, restaurants, bars, cinémas, salons de coiffure, instituts de beauté ainsi que les entreprises de divertissement et de loisirs ont dû fermer leurs portes. Seuls les commerces alimentaires et les institutions de santé ont pu rester ouverts.

De plus, les rassemblements de plus de cinq personnes ont été interdits. Dans le monde entier, les gouvernements ont été contraints à prendre des mesures similaires. Certains sont même allés jusqu’à confiner l’ensemble de leur population. Ils entendent ainsi aplatir la courbe des nouvelles infections, illustrée succinctement par le graphique 1. L’objectif est d’empêcher que le système de santé n’atteigne ses limites.

Répercussions économiques

Ces restrictions de la vie sociale et économique ont évidemment des répercussions importantes sur l’économie. Leur ampleur dépend notamment de l’évolution de la pandémie, qu’il est difficile d’évaluer avec précision.

A la mi-mars 2020, les économistes de la Confédération avaient prédit pour la Suisse un recul modéré (−1,5%) du produit intérieur brut (PIB). Il est toutefois rapidement apparu que la durée du confinement serait supérieure aux prévisions et que les répercussions sur l’économie réelle seraient donc nettement plus fortes. Deux scénarios négatifs ont alors complété les prévisions de fin mars, avant que les experts de la Confédération ne révisent, contre toute attente, leur prévision conjoncturelle le 23 avril 2020. On s’attend depuis à un recul de 6,7%.

Il faut remonter au choc pétrolier de 1975 pour trouver une baisse comparable. L’impact sur le PIB de la crise financière de 2008/2009 était quant à lui bien moins fort. Le graphique 2 montre la croissance réelle du PIB selon les prévisions de mars et d’avril 2020, ainsi que d’après les deux scénarios négatifs.

Circonstance aggravante, l’effondrement de la création de valeur est intervenu très soudainement et a touché de manière particulièrement forte les branches directement concernées par les mesures de lutte contre le virus.

Pour les restaurants, les salons de coiffure ou les fleuristes, le chiffre d’affaires a fortement décru d’un jour à l’autre, quand il ne s’est pas totalement effondré. Dans une telle situation, les commerçants risquent rapidement de manquer d’argent pour faire face aux dépenses courantes telles que les loyers et les salaires, ce qui peut se traduire par des pénuries de liquidités voire des insolvabilités.

Les entreprises qui ne sont pas directement concernées par les fermetures subissent également les effets de la crise, bien qu’elles ne soient la plupart du temps pas menacées d’insolvabilité. Elles souffrent particulièrement des interruptions de chaînes d’approvisionnement ainsi que de l’effondrement de la demande (que celle-ci provienne de l’étranger ou d’établissements résidents contraints de fermer leurs portes).

L’Etat doit-il intervenir?

Des professeurs d’économie d’universités suisses et du Centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ (KOF) ont publié des prises de position sur la question. Ils plaident pour une intervention rapide et déterminée de l’Etat en vue de soutenir les entreprises affectées. Leurs arguments sont les suivants:

1. Bien que la crise liée à la pandémie du coronavirus soit purement exogène étant donné que personne n’est à blâmer, elle constitue un événement séculaire majeur. Elle peut donc tout de même donner lieu à une socialisation des coûts reposant sur une logique qui serait similaire à celle d’une assurance.

Une telle prise en charge se justifie par le fait qu’il existe, en quelque sorte, un contrat social d’intérêt supérieur prévoyant une logique d’assurance dans le cas d’un tel événement séculaire majeur.

On insinue ainsi implicitement que la prise de risque liée à une interruption des activités commerciales causée par une pandémie ou par un événement similaire ne saurait être rémunérée par une prime de risque. On opposera à cela que les entrepreneurs doivent en principe assumer l’ensemble des risques et donc prendre en compte une prime correspondante. Cela s’applique également aux risques d’entreprises exogènes et imprévus, d’autant plus que ces caractéristiques sont en quelque sorte dans la nature du risque. Il est ici impossible d’apporter une réponse exhaustive à une question qui peut finalement sembler philosophique.

2. L’effondrement soudain du chiffre d’affaires peut entraîner un surendettement des entreprises voire une série de faillites. Il en résulte des effets externes négatifs débouchant sur un affaiblissement (durable) de la conjoncture.

Il s’agit, comme avancé par les économistes de l’Université de Lausanne, en l’occurrence d’«une situation typique où l’intervention de l’Etat est justifiable et efficace».

En principe, un tel argument suffit à exiger le sauvetage de toute entreprise en difficulté. En temps normal, cela risque toutefois de freiner le changement structurel et donc d’empêcher l’affectation des facteurs de production en vue d’une utilisation productive. Dans le contexte de la situation extraordinaire liée à la pandémie de coronavirus, ce raisonnement n’est toutefois pas pertinent car les sociétés sont, indépendamment des changements structurels ou de leurs décisions de gestion, affectées par des difficultés de paiement.

D’un point de vue macroéconomique, l’efficacité d’une action de sauvetage est maximale si elle cible, autant que possible, les entreprises dont les difficultés de paiement sont dues à la pandémie de coronavirus. Cela permet de minimiser tant les effets externes négatifs que les effets secondaires liés au maintien de structures indésirables.

En terme d’efficience macroéconomique, il existe dans l’ensemble des raisons convaincantes ayant motivé les gouvernements, dans le contexte de cet événement exceptionnel, à non seulement compter sur les forces d’auto-guérison des marchés, mais aussi à endiguer les dommages économiques via des interventions appropriées.

Mesures visant à atténuer les conséquences économiques

Dans le monde entier, les gouvernements ont réagi rapidement en adoptant des trains de mesures d’une ampleur historique pour atténuer les conséquences économiques. La Suisse ne fait pas exception. Les principales mesures adoptées ont été les suivantes:

> Etendre le chômage partiel et en simplifier les modalités

En Suisse alémanique surtout, on recourt au chômage partiel pour éviter les licenciements en cas de fléchissement temporaire des besoins en ressources humaines. En fonction du carnet de commandes, les employés sont temporairement invités à ne pas se rendre à leur travail ou à réduire leur activité. Les rapports de travail sont toutefois maintenus et l’indemnité de chômage partiel couvre jusqu’à 80% de la perte de revenu. Dans le contexte de la situation extraordinaire liée à la pandémie de coronavirus, le Conseil fédéral a notamment étendu ces mesures aux employés temporaires et aux apprentis. La durée d’autorisation du chômage partiel a en outre été portée de 3 à 6 mois et le préavis de réduction de l’horaire de travail a été supprimé.

> Fournir aux entreprises des aides sous forme de liquidités

Les indemnités de chômage partiel destinées aux salariés sont toutefois loin de pouvoir couvrir l’ensemble des frais courants des entreprises affectées. Selon des estimations, les coûts de capital tels que les loyers, les intérêts, les amortissements ainsi que les frais de stockage et d’entretien constituent 40% des frais totaux des PME. Afin d’empêcher que des entreprises en principe solvables n’arrivent à court de liquidités, la Confédération a décidé d’apporter une aide immédiate sous forme de crédits-relais COVID cautionnés.

Les entreprises concernées doivent rapidement pouvoir obtenir de leur banque des liquidités sous forme de crédits. Ces derniers sont garantis par la Confédération jusqu’à concurrence de 500 000 francs. Au-delà de cette somme, la garantie assurée par la Confédération s’élève à 85%. Le programme rencontre un tel succès que le Conseil fédéral a augmenté le volume de ses cautionnements le 3 avril 2020. Ces derniers sont passés de 20 à 40 milliards de francs en l’espace d’une semaine. A l’épuisement de ce plafond, les garanties s’élèveront à environ 6% du PIB. Afin que les banques puissent relever les défis posés par cette forte demande d’octrois de crédit, le Conseil fédéral leur a accordé une autorisation globale pour travailler les dimanches et jours fériés.

> Dédommager les travailleurs indépendants et les employés

Les travailleurs indépendants et les employés sont dédommagés pour les pertes de gain causées par des mesures étatiques destinées à lutter contre le coronavirus. Pour les travailleurs indépendants, cela concerne notamment ceux qui ont temporairement dû fermer leurs portes. En ce qui concerne les employés, une indemnité est prévue si des parents doivent interrompre leur activité en raison de la fermeture des établissements scolaires. Les interruptions d’activités dues à des quarantaines prescrites sur ordonnance médicale font également l’objet de dédommagements. Ces dédommagements s’élèvent à 80% des revenus mais ne peuvent pas dépasser 196 francs par jour.

D’autres mesures consistent à apporter des aides immédiates au domaine de la culture et au monde sportif. Outre l’octroi de prêts, elles prévoient la fourniture de contributions à fonds perdu. Quant au secteur du tourisme, il bénéficie d’un soutien via des activités d’information et de conseil.

Catégorisation du train de mesures

En ce qui concerne le chômage partiel, il s’agit essentiellement du capital relationnel entre l’employeur et l’employé. Ce capital englobe notamment les connaissances spécifiques à l’entreprise qui ont été accumulées au fil du temps, mais aussi la relation de confiance établie entre les partenaires contractuels. Par ailleurs, la fluctuation du personnel peut s’accompagner de coûts élevés découlant des recherches menées en vue de pourvoir les postes concernés. Les indemnités de chômage partiel ont donc vocation à maintenir les relations de travail existantes et à empêcher que le capital relationnel soit réduit à néant.

Les dédommagements accordés aux travailleurs indépendants et aux employés sont quant à eux surtout destinés à servir de plan d’aide. Ils témoignent d’une volonté d’éviter au maximum les cas personnels d’extrême gravité.

Les aides fournies sous forme de liquidités permettent elles aussi de protéger un capital relationnel, à savoir entre une entreprise et les différentes parties prenantes telles que ses clients ou ses fournisseurs. Il en va notamment de la confiance réciproque, des contrats en vigueur régissant les modalités de paiement et de livraison ou encore des bagatelles qui n’en sont pas moins essentielles, comme ce que sait votre coiffeur sur votre coupe de cheveux préférée.

Une vague de faillites entraînerait non seulement des coûts énormes, mais aussi la destruction d’un important capital relationnel.

Les crédits-relais sont en principe assortis d’une obligation de remboursement, et visent donc à éviter une vague de faillites et de licenciements. Une socialisation des coûts de capital non couverts telles que suggérée dans les publications susmentionnées, par les économistes des Universités de Lausanne et Zurich, n’aura donc pas lieu ou alors uniquement de façon très limitée.

Mesures en comparaison internationale

Comme le montre la situation à l’étranger, de nombreux pays européens ont adopté une stratégie similaire à celle de la Suisse. L’Allemagne et l’Autriche misent également sur leurs modèles reconnus: recourir au chômage partiel pour éviter les licenciements. D’autres pays comme le Royaume-Uni, l’Irlande ou le Danemark ne disposaient certes pas d’un tel modèle, mais ont toutefois mis en place, en peu de temps, des modèles similaires pour faire face à la crise liée à la pandémie de coronavirus. L’Union européenne a également décidé d’injecter 100 milliards d’euros sur les marchés des capitaux, afin de soutenir les mesures de chômage partiel adoptées au niveau national. Le Danemark va quant à lui encore plus loin en prenant en charge d’autres coûts fixes tels que les loyers ou les engagements contractuels courants. L’Italie compense elle aussi les chutes de chiffres d’affaires des sociétés. Certains observateurs qualifient cette procédure de «gel temporaire» de l’économie. Une fois que la pandémie sera terminée, l’économie fera l’objet d’un «dégel», sans avoir subi de dommages trop importants.

Dans le cadre de la politique d’emploi libérale menée par les Etats-Unis, le maintien des rapports de travail existants constitue habituellement une priorité mineure. Les autorités américaines ont plutôt tendance à miser sur la flexibilité du marché du travail ainsi que sur la capacité de ce dernier à amorcer un redressement après la crise. Il n’existe donc jusqu’à présent aucun modèle en matière de chômage partiel aux Etats-Unis, tout du moins au niveau national. Toutefois, dans le contexte de crise actuel, le gouvernement américain mise lui aussi sur des incitations au maintien des emplois dans le cadre de son Paycheck Protection Program. Selon ce programme, le gouvernement accorde des crédits d’urgence aux sociétés si elles renoncent notamment à procéder à des licenciements.

Enfin, de nombreux Etats comme l’Allemagne, la France, l’Italie ou le Royaume-Uni misent sur des garanties de crédit atteignant, par rapport au PIB, des pourcentages à deux chiffres. Cela permet de remédier rapidement aux pénuries de liquidités et d’empêcher les faillites. L’Etat évite ainsi de devoir immédiatement s’approvisionner en liquidités sur le marché et donc de s’endetter davantage (en cas de défauts de crédit, cela peut être remis à plus tard). Des pays comme la France ou l’Allemagne complètent les cautionnements en apportant aux petites entreprises des contributions à fonds perdu.

Dans l’ensemble, l’ampleur des programmes de sauvetage adoptés par les gouvernements du monde entier est considérable, dépassant 2% du PIB mondial, même dans les estimations prudentes. Ces programmes font ainsi paraître bien maigres les mesures de relance budgétaire adoptées lors de la crise financière de 2008/2009 (voir graphique 3).