
Les outils d’IA se sont récemment multipliés et les enseignants disposent désormais d’un vaste choix pour transformer leurs pratiques pédagogiques et ouvrir des perspectives inédites. Attention toutefois à ne pas se laisser piéger par la facilité: l’utilisation irréfléchie de l’IA présente certains risques.
Pour explorer ces enjeux, nous avons sollicité l’expertise de Natalie Sarrasin. Maître d’enseignement et conseillère pédagogique à la HES-SO Valais-Wallis, cette spécialiste reconnue de la transition numérique et de l’ingénierie pédagogique répond à trois questions fondamentales pour guider le corps enseignant dans cette mutation.
Outils et liens
Pour soutenir les enseignants, Iconomix a enrichi sa rubrique Boîte à outils multimédias d’une catégorie spécifique IA et enseignement, offrant des pistes concrètes pour intégrer ces outils.
Natalie Sarrasin: Pour la première fois, les enseignants, qui jusqu’à présent préparaient leurs cours en solitaires, sont accompagnés d’un assistant. J’utilise les outils connus comme Copilot (Microsoft), Gemini (Google) et ChatGPT (OpenAI). Mais mon «meilleur ami» actuel est Claude (Anthropic), car il produit des documents d’une qualité rédactionnelle exceptionnelle en français. Si je travaille sur une thématique nouvelle mais que je maîtrise, je questionne l’IA pour structurer mes idées avant de les transformer en supports didactiques. Si j’ai déjà un support, je le soumets à l’IA pour le mettre à jour ou l’adapter au niveau des élèves, ce qui permet de gagner un temps fou sur la reformulation ou la mise en page. Mes astuces sont de toujours demander à l’IA ce qu’elle a changé et pourquoi, et de numéroter mes prompts pour suivre le cheminement et pouvoir remonter dans le flux si les réponses divergent. Je l’utilise aussi énormément pour créer des PowerPoint digestes, des quiz interactifs ou des exercices qui aident à maintenir l’attention des élèves.
Pour moi, le meilleur outil en classe est NotebookLM. C’est une IA qui permet de travailler en «circuit fermé»: au lieu de la laisser chercher partout sur le web, je peux lui fournir mes propres sources (supports de cours, articles, vidéos). Cela minimise la désinformation et permet aux élèves de questionner directement des documents spécifiques, même des ouvrages complexes. Attention toutefois à bien respecter le droit d’auteur et à ne fournir à l’IA que des documents en open access. L’intérêt est aussi de pouvoir transformer le format de l’information. En effet, NotebookLM est capable de présenter ses réponses sous forme d’infographie, de présentation, ou même de podcast avec deux voix qui sonnent très naturelles. C’est un atout majeur pour inclure tous les profils d’élèves, notamment les neurodivergents ou ceux qui ont des difficultés avec les textes longs. Enfin, j’utilise Claude en classe pour créer de petites applications qui ne nécessitent aucune notion informatique. En économie, on pourrait s’imaginer une simulation de l’impact du prix de l’essence sur les ménages et les entreprises.
Nous devons nous détacher du produit final pour nous concentrer sur le processus de pensée et d’apprentissage. Comme l’IA fournit une réponse instantanément, nous devons désormais évaluer le cheminement de l’élève. Si mes élèves créent une application, j’essaie de décortiquer avec eux leur choix de variables, la manière dont ils veulent les combiner et la logique de leurs calculs. Grâce aux ressources que l’IA met à notre disposition, nous pouvons aussi beaucoup plus approfondir l’apprentissage en diversifiant les tâches. Pour reprendre mon exemple sur le prix de l’essence, un élève pourra travailler sur l’impact macroéconomique, un autre sur l’aspect géopolitique, et un troisième sur l’impact pour les ménages. Quand nous mettons toutes les pièces du puzzle en commun, nous voyons apparaître une image plus globale. Cela dit, je ne crois pas une seconde que le rôle de l’enseignant est menacé par l’IA. On ne peut pas apprendre sans guide et sans les autres élèves. L’apprentissage est un acte social. Apprendre, c’est difficile et ça demande des efforts. Dans ce cadre, les élèves ont besoin d’une stimulation externe: je pense que cela reste l’enseignant.
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Source: Natalie Sarrasin
Maître d’enseignement et conseillère pédagogique à la HES-SO Valais-Wallis, Natalie Sarrasin conjugue une expertise en économie d’entreprise, en marketing et en sciences de l’éducation. Reconnue pour anticiper les technologies disruptives, elle explore depuis des années la domestication de l’IA. Pour elle, l’IA doit servir d’outil d’augmentation, sans se substituer à l’humain.
