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Qu’est-ce qu’un stress test bancaire?
Argent, monnaie et finance
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Qu’est-ce qu’un stress test bancaire?
vendredi 09 septembre 2016

Depuis la crise financière de 2008, la solvabilité des banques est régulièrement évaluée. Rassurant?

Source: Pixabay – Auteur: nguest001

Comme son nom l’indique, le «stress test», ou test de résistance bancaire, estime la capacité des banques à faire face à des situations de stress. Selon la FINMA, «un test de résistance sert à identifier les effets d’une éventuelle crise sur les fonds propres et la solvabilité des établissements. A cet égard, les établissements testés doivent disposer d’une marge de capital et de liquidités suffisante pour pouvoir, à tout moment, absorber des évènements imprévus.» Le but final étant non seulement de garantir la santé financière des banques mais également de tout le système financier, limitant ainsi les risques de contagion.

Comme cela fonctionne-t-il?

Tout d’abord, les banques doivent fournir la composition de leurs bilans, ce qui permet de calculer des ratios de solvabilité. Le principal utilisé est le ratio CET1/RWA. Au numérateur, se trouve les fonds propres de l’établissement bancaire, appelés CET1 (Common Equity Tier 1) et comprenant le capital de la banque (les actions et le résultat conservé par exemple). Ils sont considérés comme des fonds sûrs et de haute qualité. Au dénominateur se trouvent les actifs pondérés par le risque (RWA pour Risk-Weigthed Assets). En d’autres termes, plus les activités de la banque sont risquées et plus le RWA sera élevé. Par exemple, des hypothèques sont considérées comme moins à risque que des crédits à la consommation.

Ensuite, le test simule les effets de divers scénarios catastrophes sur le ratio. L’idée est d’imaginer tous les canaux de transmissions possibles d’un choc macroéconomique défavorable: prix de l’immobilier, taux de change, demande interne et externe, taux d’intérêt à long terme, prix des actions en bourse, … Le graphique ci-dessous présente la contribution des différents chocs sur le PIB réel européen en comparaison aux prévisions d’un scénario de base, c’est-à-dire le plus probable. Comme on peut le constater, les chocs de demande intérieure et extérieure sont les plus importants. Au final, la croissance du PIB réel européen aboutirait à -1.2%, -1.3% et 0.7% d’ici à 2018.

Source: Adverse macro-financial scenario for the EBA 2016 EU-wide bank stress testing exercise, p.9 (29.01.2016)

Et les résultats sont…

A des fins de stratégie interne, les banques effectuaient déjà des stress tests. Ce n’est qu’après la crise financière de 2008 que des institutions officielles décidèrent d’un test fréquent dans un but régulateur, avec espoir que la crise ne se répète plus. En 2009, un premier test est effectué auprès des principaux établissements bancaires américains et seules 9 banques sur 19 semblent suffisamment sûres (niveau de capital CET1 assez élevé par rapport aux actifs risqués). En 2016, seulement 1 banque sur 33 ne passe pas le test; en moyenne, les banques ont un ratio qui reste à 12.3% sous les pires hypothèses. En comparaison, le test européen de cette année a estimé une moyenne de 13.2% avant scénario catastrophe et de seulement 9.4% après. L’Italie est pointée du doigt comme le plus mauvais élève avec un ratio de 7.66%.

Et en Suisse? Lors du stress-test de 2010, les deux grandes banques helvétiques avaient des ratios autour de 16%. Notons que la notion de réussite ou d’échec du test reste vague. En effet, aux États-Unis, il s’agit surtout d’une décision de la FED; alors que, en Europe, l’Autorité Bancaire Européenne (ABE) a clairement statué qu’il n’existe pas de réussite ou d’échec du test. Notons également que les Accords de Bâle 3 ne requièrent qu’un minimum de 4.5% soit maintenu en tout temps.

Des tests qui rassurent?

Pas toujours. Selon un article de The Economist, bien que les tests effectués aux Etats-Unis en 2009 aient effectivement calmé et restauré la confiance dans le secteur financier, ceux réalisés en Europe en 2010 ont accentué les inquiétudes. Un des problèmes des tests effectués en 2010 et 2011 était que le pire scénario ne considérait aucun défaut possible des gouvernements grecs, espagnols, italiens ou portugais: le test a donc plus inquiété que rassuré. Celui de 2016 soulève également les critiques puisqu’il n’intègre toujours pas les possibilités de défauts, ni le Brexit ou l‘effet de taux négatifs prolongés, ce que confirme le professeur Stephen Cecchetti dans son blog. Une étude récemment menée par les chercheurs Acharya, Pierret et Steffen est cohérente avec ces critiques puisqu’ils estiment que le besoin de capital des banques européennes est 5 fois plus élevé que celui avancé par les résultats du stress test. En dehors des effets néfastes sur le prix des actions (et de rares restrictions sur les dividendes pour les banques américaines) être étiquetée comme une banque moins solide ne porte guère à conséquences puisque, pour l’essentiel, seules des recommandations de recapitalisation sont émises. Le test cache peut-être un autre objectif pour lequel il est en effet préférable que la plupart des banques réussissent bien… la confiance des marchés.

Blog apparenté:

Pour en savoir plus:

Rachel Cordonier,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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