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Au bout du chemin, que reste-t-il?
mercredi 08 octobre 2014

456'000 francs en moyenne. Quelques faits et chiffres intéressants à propos de l’héritage en Suisse.

Source: Wikimedia - Erikwkolstad

Cela pourrait vous paraître contre-intuitif, mais la fortune individuelle des Suisses continue d’augmenter après leur départ à la retraite, selon une étude portant sur l’héritage en Suisse.

Quelques faits

  • L’espérance de vie augmente. Rappelons que l’espérance de vie à la naissance est passée de 72.4 ans en 1981 à 80.5 ans pour les hommes en 2013 et de 79.2 à 84.8 ans pour les femmes. Depuis 1900, elle a quasiment doublé d’après l’Office fédéral de la statistique (OFS).
  • Nous ne connaissons pas l’heure exacte de notre mort, ce qui, contrairement à l’avis de F. Modigliani, nous empêche de lisser parfaitement notre consommation au cours du cycle de notre vie.
  • La perspective d’avoir un jour besoin de soins et d’assistance dissuade la plupart des personnes âgées de transférer prématurément leur fortune, selon le sondage effectué dans le cadre de l’étude citée plus haut.

La conséquence en est que l’on hérite de plus en plus tard et cela entraîne une concentration des fortunes dans la génération des retraités. Aujourd’hui, plus de 62% des héritiers ont plus de 55 ans. En 2020, ils seront environ 67%. 19% auront même plus de 75 ans!

 

Source: H. Stutz, T. Bauer & S. Schmugge, Hériter en Suisse – une affaire de famille avec des conséquences sur l’économie nationale, 2007.

Andrea Schnell de l’Economic Research du Crédit Suisse soulève très justement dans son article que, dans ce contexte, la fonction de l’héritage a changé. En effet, il ne sert plus à réaliser des projets professionnels et familiaux. L’héritier ajoute plutôt ce qu’il reçoit à ses propres économies. Ainsi, dans le canton de Zurich, par exemple, la fortune moyenne des 55-64 ans s’élève à un peu moins de 600'000 francs; celles des 65-74 ans à plus de 900'000 francs.

Dans le canton de Genève également, les contribuables âgés sont les mieux lotis. Selon le calcul de répartition des contribuables et de la fortune nette selon la classe d’âges, à fin 2006, les contribuables genevois âgés de 60 ans ou plus (représentant 30% de l’ensemble des contribuables), détenaient 61% de la fortune nette totale. Cela s’explique d’une part par l’accumulation des revenus liés à leur activité professionnelle et d’autre part par le fait que beaucoup aient pu hériter de la fortune de leurs parents.

Il est donc possible de continuer à s’enrichir une fois à la retraite.

Quelques chiffres

Voici quelques chiffres intéressants concernant l’année 2000 qui ressortent de l’étude concernant l’héritage en Suisse.

  • Volume total des héritages: 28,5 milliards de francs. Ce qui représente plus que l’épargne brute des ménages privés.
  • Somme moyenne léguée (par testateur): 456'000 francs (sans tenir compte des 25% de personnes qui ne laissent aucun héritage derrière eux).
  • Héritage moyen perçu (par héritier): 178'700 francs (un tiers de la population ne touchant pas d’héritage).
  • Les chances individuelles d’hériter en Suisse romande sont 2 fois plus minces que d’hériter en Suisse alémanique: Röstigraben quand tu nous tiens!

Il faut noter ici que la répartition des héritages est extrêmement inégale en Suisse:

  • 50% des héritiers se partagent 2% de la somme totale
  • 40% se partagent environ ¼ de cette somme
  • Et les 10% restant se répartissent les ¾ restants

Quelques remarques

Selon cette même étude, le 85% de la population suisse ne percevrait pas l’héritage comme une fortune non méritée. Il s’agirait d’une affaire privée et non problématique d’un point de vue de l’équité. Seul un quart des Suisses trouverait juste de payer un impôt sur les successions.

Du point de vue de la théorie d’imposition optimale, un impôt sur les successions a le mérite de moins entraver les incitations des individus à travailler, puisque l’élasticité du revenu est quasi égale à zéro.

À propos d’une population qui compte une proportion importante de retraités, une étude du Fonds monétaire international (FMI) montre même que le fait de remplacer partiellement l’impôt sur le revenu par l’impôt sur les successions allègerait la charge des personnes actives et réduirait les distorsions fiscales induites par une population vieillissante. Attention: il ne s’agit pas d’introduire une taxe «on the top» (une double, voire une triple imposition), mais bien de remplacer partiellement un impôt par un autre. À méditer...

Blogs apparentés:

  • Le phénomène Piketty
  • L’impact du vieillissement sur l’économie

Pour en savoir plus:

Noémie Roten,
Diplômée en économie politique de l’Université de St-Gall.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.         

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