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Salaire minimum : l’enfer reste pavé de bonnes intentions
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Salaire minimum : l’enfer reste pavé de bonnes intentions
mardi 06 mai 2014

Un salaire minimum à 4000 francs, en voilà une belle et noble idée. Sauf, bien entendu, pour les milliers de personnes qui vont perdre leur emploi et les régions périphériques qui vont perdre leurs petites entreprises si cette initiative passe.

Source: P. Keller

L’initiative populaire fédérale «pour la protection de salaires équitables» voudrait établir dans toute la Suisse un salaire minimum de 4000 francs par mois, calculés sur une semaine de 42 heures de travail.

C’est une belle idée, altruiste. Qui malheureusement va très probablement entraîner des dizaines de milliers de suppression d’emplois et va durement toucher les régions périphériques, qui vont perdre nombre de petites entreprises.

Je ne vais pas faire ici un cours de macro-économie mais simplement prendre un exemple concret, qui me touche personnellement. Un exemple qui se passe en Valais mais qu’on aurait pu trouver, identique, à Neuchâtel, dans le Jura, au Tessin, à Uri, etc.

Un exemple concret: une épicerie de montagne

Je suis originaire du Valais, d’un petit village de montagne, un des rares dans ce canton où le tourisme n’existe quasi pas. Dans ce village d’environ 1500 habitants, ces dernières années, deux bistrots ont fermé, ainsi que la boulangerie. Plus assez de clients, trop de pertes, les patrons ont jeté l’éponge.

Reste encore une petite épicerie, où l’on trouve de tout, y compris des produits locaux. Une épicerie qui vient une nouvelle fois de changer de propriétaire, tant sa santé financière est fragile. Une épicerie qui permet de maintenir quelques emplois peu qualifiés dans le village. Une épicerie qui ne paie pas, et de loin, 4000 francs par mois ses vendeuses.

Les conséquences d’une hausse des salaires

Son propriétaire est clair: augmenter les salaires à 4000 francs entraînerait la fermeture rapide de cette épicerie. Car il faudrait évidemment répercuter cette hausse sur le prix des produits. Peu probable que les villageois, déjà pas très riches, l’acceptent. D’autant plus qu’en plaine les grands discounter sont tous présents, à dix minutes en voiture.

Une fois l’épicerie fermée, ne resterait plus dans le village qu’une boucherie, une laiterie et un dernier bistrot. Tous trois auraient d’ailleurs les mêmes problèmes que l’épicerie, car eux aussi paient leurs employés nettement moins de 4000 francs par mois.

Au final, cette loi entraînera probablement, à plus ou moins long terme, la mort de tous les commerces de ce village de montagne.

Pas grave, la plupart des habitants ont une voiture et pourront trouver facilement tous ces services en plaine. D’ailleurs, les actifs y travaillent déjà pour la plupart.

Quant aux chômeurs supplémentaires que ces fermetures auront créé? Tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à aller travailler en usine. Quelle idée d’ailleurs de vouloir être artisan dans des petits villages de montagne sans avenir!

La Suisse ne se résume pas aux grandes villes

Les initiants semblent avoir un peu vite oublié que la Suisse ne se résume pas aux grandes villes, que les salaires dans les régions périphériques sont nettement plus faibles que dans les grands centres. Ce qui ne veut pas dire que le niveau de vie est inférieur, puisque, par exemple, dans ces villages, les loyers sont aussi nettement plus bas que dans les grandes villes. Cela seul compense largement les différences salariales.

Un impact plus élevé que ce qu’assurent les initiants

Les initiants aiment aussi minimiser l’impact de leur initiative. Moins de 400 000 personnes seraient concernées, assurent-ils. Peut-être, mais la majorité de ces personnes se retrouvent dans les régions périphériques, régions qu’il faudrait plutôt défendre qu’assommer avec des lois de ce genre.

Et contrairement à ce que laissent entendre les initiants, ces bas revenus se retrouvent en fin de compte dans beaucoup de secteurs, comme le prouvent les chiffres qui suivent. Ils indiquent les salaires minimaux en Valais, tels que recensés il y a quelques mois par le Nouvelliste (édition du 16 décembre 2013 non disponible en ligne).

  • Hôtellerie, restauration: CHF 3400.– pour les collaborateurs sans apprentissage (3700.– avec)
  • Médical: CHF 3600.– pour une assistante dentaire ou une assistante en pharmacie.
  • Agriculture: CHF 2400.–, pour un travailleur non qualifié, pour 48 heures de travail par semaine
  • Jardinier: CHF 3330.– pour un aide paysagiste et jardinier
  • Employé de commerce: CHF 3486.– pour un jeune employé débutant avec apprentissage
  • Boulangerie-pâtisserie: CHF 3807.– pour un boulanger avec CFC
  • Coiffure: CHF 3400.– pour un employé qualifié
  • Boucherie: CHF 3315.– pour un assistant en boucherie et charcuterie
  • Mécanique: CHF 3700.– pour un carrossier
  • Vente: CHF 3440.– pour un vendeur (Migros et Coop proposent 3800.–)
  • Economie domestique: CHF 3414.– pour du personnel semi-qualifié
  • Imprimerie: CHF 3600.– pour un travailleur non qualifié.

Retrouvez, la semaine prochaine, l’avis de Samuel Bendahan sur le même sujet.

Blog apparenté:

  • Baisser les hauts salaires, augmenter les bas salaires: pourquoi?
  • L’enfer est pavé de bonnes intentions
  • 1:1, 1:12, ou 1:52’777?

Pour en savoir plus:

  • Unité de cours «Pourvoir d’achat»
  • Module «Différences salariales»
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Commentaires

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Carole Jacquemin - juste une liste de chiffres, ou un peu de recul?...

et ça, ça ne vous choque pas?...

 

Agriculture : CHF 2400.-, pour un travailleur non qualifié, pour 48 heures de travail par semaine

17.06.2014 Réponses

olivier toublan - Le principe de réalité

La question n'est pas "est-ce que ça me choque"

La question est "est-ce que si les salaires étaient plus élevés on aurait encore de la production agricole en Suisse".

Les agriculteurs, même en payant de très bas salaires, ne roulent pas sur l'or. Augmenter ces salaires entraînerait beaucoup de petites exploitations à la faillite. Seuls les plus gros, qui deviendraient d'ailleurs encore plus gros, survivraient. Et encore, ils devront toujours faire face à la production agricole importée, où les salaires sont encore plus bas.

Ou alors, il faudrait décider d'augmenter les subventions à l'agriculture, qui se chiffrent déjà en milliards. Il est peu probable que le peuple l'accepte dans le contexte actuel.

 

20.06.2014 Réponses