Enseigner les thèmes liés à la prévoyance vieillesse

Trois questions à Séverine Arnold

La prévoyance vieillesse est un pilier de notre état social et un sujet souvent débattu. Comment aborder le sujet en classe et faire prendre conscience aux jeunes des différents enjeux liés à ce contrat intergénérationnel? Quels sont les aspects de la prévoyance vieillesse dont les jeunes devraient avoir conscience le plus tôt possible pour pouvoir prendre des décisions en toute connaissance de cause? 

Nous nous tournons vers Séverine Arnold, professeure ordinaire en sciences actuarielles à HEC Lausanne, pour un éclairage en la matière.

Sujet d'actualité

En Suisse, rares sont les thèmes qui préoccupent autant les jeunes adultes que la prévoyance et la sécurité financière à la retraite. Iconomix a donc publié un module présentant les concepts de base en lien avec l’AVS, la prévoyance professionnelle et les défis de la prévoyance vieillesse. 

Iconomix: Vous êtes spécialiste en sciences actuarielles. Pourquoi ce domaine est-il important lorsque l'on traite de la prévoyance vieillesse?

Séverine Arnold: Les spécialistes  en sciences actuarielles sont des experts en gestion des risques financiers. En lien avec la prévoyance vieillesse, je trouve l’aspect social intéressant: on veut permettre aux personnes qui arrivent à la retraite de mener une vie décente et, pour ce faire, on leur verse des rentes. Toute la question est de savoir comment financer ces rentes et combien mettre de côté pour garantir les paiements jusqu'à ce que la personne décède. Comme le moment du décès est aléatoire et que l’espérance de vie n’arrête pas d’augmenter au cours du temps, le calcul n’est pas simple et le financement des rentes est un défi. Nous appliquons des techniques connues dans notre domaine pour faire face à ces risques.

Quels sont, à votre avis, les aspects de la prévoyance vieillesse dont les jeunes devraient avoir conscience le plus tôt possible pour pouvoir prendre des décisions en toute connaissance de cause?

Quand on est jeune, la retraite paraît lointaine. Pourtant, plus on commence à épargner tôt, mieux c’est. Si on commence à investir de petites sommes à 20 ans, on va pouvoir investir sur une longue période avec un meilleur rendement, tout en étant moins sensible aux fluctuations des marchés financiers. On disposera donc d’un capital plus important en arrivant à la retraite. En revanche, quand on est proche de la retraite, on ne peut investir que sur quelques années et on risque même de perdre beaucoup en cas de crise. Je pense que c’est très important pour les jeunes d'aujourd'hui de réaliser cela. Quand ils commencent à travailler, outre le 2e pilier proposé par l'employeur, ils peuvent ouvrir un 3e pilier.

Et puis la retraite nous concerne tous puisque la majorité des gens y arrivent. Comme on est très souvent amenés à voter sur le système de retraite, je pense que c'est important de comprendre le fonctionnement de la prévoyance vieillesse pour prendre des décisions éclairées.

Comment aborder la thématique de la prévoyance vieillesse en classe de manière neutre et objective?

C'est très difficile! Étant actuaire, j’aime me baser sur des chiffres pour rester la plus objective possible. Montrer aux élèves les répercussions de différents facteurs sur le capital épargné dans le 2e pilier est assez efficace. On peut prendre l’exemple d’un compte bancaire sur lequel une personne cotise et analyser comment le capital évolue d’année en année pour sensibiliser les élèves à l’importance de commencer à épargner tôt et à l’impact des marchés financiers sur la formation du capital. On peut aussi poser la question de savoir ce qu’il se passe quand une personne retraitée vit plus longtemps que prévu et en discuter en mettant en parallèle des statistiques sur l'évolution de l’espérance de vie.

En ce qui concerne le 1er pilier, je me baserais aussi sur les chiffres pour regarder l’évolution historique par rapport aux deux facteurs importants que sont la démographie et la santé économique. Actuellement, on voit notamment que le ratio de dépendance est en train d’augmenter, c’est-à-dire qu’il y a de plus en plus de personnes à la retraite par rapport au nombre de personnes qui travaillent. Ceux qui travaillent payent donc des cotisations qui doivent financer les rentes de plus en plus de personnes. Un autre exemple: si l’économie se porte mal, la masse salariale et donc les cotisations à l’AVS vont baisser. On va alors avoir plus de difficulté à financer les rentes.

Grégory Ode

Séverine Arnold est professeure ordinaire en sciences actuarielles à HEC Lausanne, présidente du comité de recherche de la section vie de l’Association Actuarielle Internationale (AAI), membre du forum virtuel sur la mortalité de l’AAI, membre du sous-comité sur la sécurité sociale de l’Association Actuarielle Européenne (AAE), ainsi que membre de la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle (CHS PP). Depuis plus de dix ans, elle enseigne et publie ses recherches sur des sujets tels que la modélisation du risque de longévité/mortalité, le système des assurances sociales, les mathématiques des caisses de pension, le financement de la prévoyance professionnelle et l’assurance inclusive.

Article de:
Iconomix Team
créé le 22.05.2024

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