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Et si tout le monde allait à l’université?
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Et si tout le monde allait à l’université?
lundi 14 septembre 2015

Le nombre de diplômés universitaires a doublé en 20 ans et la progression continue. Analyse des enjeux pour la société et les individus.

Source: Flickr - Mark Ramsay

En 2012, le pourcentage de jeunes adultes en âge d’étudier et enrôlés dans une formation tertiaire était, au niveau mondial, de 32%. Soit plus de deux fois le niveau d’il y a 20 ans. Selon The Economist, le nombre de pays dépassant les 50% était d’ailleurs passé de 5 à 54 durant la même période. Mais qu’en est-il en Suisse? Et quels sont les impacts de cette évolution pour la société? Et pour les diplômés d’hautes écoles?

Les diplômes et la Suisse

Le pourcentage de la population suisse âgée de 25 à 64 ans ayant achevé une formation tertiaire ne cesse d’augmenter. En 2014, il atteignait 40.2% contre 47.8% pour l’obtention d’un diplôme du secondaire, alors que seuls 12% arrêtent leurs études après l’école obligatoire. Comme illustré sur le graphique ci-dessous, le taux attendu pour le tertiaire (en jaune) va même dépasser celui du secondaire (en vert clair) d’ici 2020. Ainsi, plus de la moitié de la population suisse sera diplômée d’une haute école ou d’une université.

Source: Office fédéral de la statistique, état juin 2015

Sachant qu’un étudiant du tertiaire coûte, par année, 31'163 CHF à la collectivité, cette croissance du nombre d’individus diplômés a un impact sur toute la société. En 2012, la Suisse a dépensé 5.5% de son PIB dans l’éducation. Ce niveau, qui reste certes stable depuis 1990, est relativement élevé si on le compare avec la moyenne des pays de l’OCDE (1.6%).
Alors, le jeu en vaut-il la chandelle?

L’éducation: un bon investissement?

Au niveau individuel, la réponse est plus évidente. L’obtention d’un diplôme universitaire a plusieurs avantages :

  • Accès plus aisé au marché du travail (les chômeurs avec une formation du tertiaire représentent moins d’un tiers du total).
  • Gains économiques (en 2014 un diplômé d’une haute école gagnait 80% de plus qu’une personne ayant arrêté après l’école obligatoire et 40% de plus qu’un diplômé du secondaire, bien que ces pourcentages ne tiennent pas compte des heures réelles travaillées).
  • Facilité d’accès à une classe sociale moyenne ou aisée.
  • Meilleure réalisation de soi (cf étude du SECO).

En contrepartie, l’étudiant doit renoncer à gagner un salaire, acquérir une expérience durant plusieurs années et trouver un financement pour son diplôme.

Et pour la société?

La réponse n’est pas aussi claire. L’argument le plus fréquemment avancé est qu’une population plus éduquée sera plus productive. Il est cependant difficile de mesurer la productivité et les conclusions ne sont donc pas unanimes. Il ne s’agit que d’une corrélation, mais selon les statistiques du SECO, la productivité du travail en Suisse a effectivement augmenté parallèlement à l’augmentation des formations du niveau tertiaire. De plus, ayant un revenu médian supérieur, les impôts collectés auprès des diplômés universitaires sont plus élevés. Finalement, ces derniers ont tendance à prendre leur retraite bien plus tardivement que les personnes sans formation tertiaire, permettant ainsi une réduction des coûts liés à une population vieillissante (The Economist).

Pourtant, les études ont un coût, que ce soit matériel ou d’opportunité, qui est partagé entre l’état et l’étudiant ainsi que sa famille. Les personnes réalisant un parcours universitaire sont souvent issues de milieux déjà favorisés et éduqués. Selon les chiffres de l’OFS, moins d’un étudiant sur dix a des parents n’ayant pas de formation post école obligatoire. Plus de la moitié ont au moins un parent diplômé du niveau tertiaire et ces valeurs augmentent encore lorsque l’on considère les domaines de la santé, des sciences exactes et du droit. La formation tertiaire apparaît donc plus comme un maintien social qu’une possibilité importante de faire évoluer la société vers des ménages plus riches et éduqués.

En conclusion

Comme le démontre The Economist, les rendements sur les fonds investis dans la recherche sont faciles à évaluer et semblent rentables. Il est cependant beaucoup plus difficile d’entreprendre une analyse coûts-bénéfices (économiques et sociaux) pour l’argent de la collectivité investi dans l’éducation… sans oublier l’impact sur le bonheur et la qualité de vie de la population dans son ensemble. Pourtant, au vu des sommes dépensées et du nombre de diplômés universitaires en forte croissance, il apparaît de plus en plus important de trouver une procédure d’évaluation fiable.

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Pour en savoir plus:

Rachel Cordonier,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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