Banque nationale suisse
Coupler l’âge de la retraite à l’espérance de vie?
Argent, monnaie et finance
Etat et société
()
304 Visites
Coupler l’âge de la retraite à l’espérance de vie?
jeudi 04 décembre 2014

Réforme de la prévoyance vieillesse: focus sur une mesure structurelle qui respecterait le contrat intergénérationnel.

Source: Représentation personnelle à partir des données de l’OFS.

Notre espérance de vie augmente

Alors que l’espérance de vie après 65 ans était de 12,4 ans pour les hommes et 14 ans pour les femmes en 1948, lors de la création de l’AVS; elle s’élève aujourd’hui respectivement à 19,2 et 22,2 ans selon l’OFS, soit une augmentation moyenne de 8 ans (hommes et femmes confondus)… Constatation plutôt réjouissante, mais qui nécessite un financement additionnel.

Le taux de natalité est en baisse

Comme le montre l’image ci-dessus, entre 1948 et 2035, le ratio de dépendance devrait avoir été divisé par 3. Cela s’explique entre autres par le prochain départ à la retraite de la génération des baby-boomers qui engendrera une diminution de la population active. Moins d’actifs seront donc susceptibles de financer les rentes AVS dans le futur.

Contrat intergénérationnel mis à l’épreuve

Ces évolutions mettent en péril la survie de nos assurances sociales et portent atteinte au contrat intergénérationnel prévalant en Suisse, qui était jusqu’alors synonyme de cohabitation harmonieuse et de solidarité entre les générations. En effet, dans notre système de répartition, les jeunes générations sont de plus en plus souvent amenées à«subventionner» leurs aînés qui vivent de plus en plus longtemps, que ce soit au travers de leurs primes d’assurance maladie, de leurs cotisations liées à la prévoyance professionnelle, etc.

Selon, les perspectives financières de l’AVS et de la prévoyance professionnelle du Conseil fédéral, les réserves de capital de l'AVS commenceront à diminuer progressivement dès 2020 et les caisses de pension n'ont actuellement plus les moyens de financer les prestations minimales prescrites par la loi.

Réforme nécessaire et urgente

Fort de ce constat, le Conseil fédéral a adopté, il y a tout juste deux semaines, le message relatif à la réforme Prévoyance vieillesse 2020 pour le soumettre au Parlement. Il s’agit d’une approche de réforme globale dont les objectifs principaux sont les suivants:

  1. Maintenir le niveau des prestations;
  2. Assurer à long terme un financement suffisant des 1er et 2e piliers;
  3. Rendre plus flexible la transition de la vie active à la retraite.

La réforme va-t-elle assez loin?

Pour contrer les développements démographiques énoncés plus haut, la réforme prévoit principalement les mesures structurelles suivantes:

  • Harmonisation de l’âge de référence de la retraite à 65 ans entre hommes et femmes.
    L’harmonisation de l’âge de la retraite est déjà un pas important, surtout si l’on considère que l’espérance de vie des femmes à la naissance dépasse même celle des hommes de 4.3 ans (84.8 contre 80.5 ans respectivement selon l’OFS). Notons au passage que l’âge de départ à la retraite va bientôt être relevé dans de nombreux pays tels que le Royaume-Uni (68 d’ici 2046), l’Australie (67 dès 2023), le Danemark et les Pays-Bas (67 dès 2023) (cf. OCDE).
  • Flexibilisation: Aménagement souple et individuel du passage à la retraite.
    Les assurés pourront choisir librement le moment de leur départ à la retraite, entre 62 et 70 ans, au moyen de rentes entières ou partielles. Jusqu’au moment de toucher leur rente entière, les assurés pourront continuer de cotiser pour améliorer leur rente.
  • Abaissement du taux de conversion minimal dans la prévoyance professionnelle obligatoire (de 6.8% à 6.0% sur quatre ans).
    Le taux de conversion est utilisé pour calculer le montant que l’on touchera une fois à la retraite. Pour ce faire, on multiplie l’avoir épargné au cours de la vie professionnelle avec le taux de conversion pour obtenir ce montant. Par exemple, pour un capital épargné de 100'000 francs, baisser le taux de conversion de 6.8% à 6.0% signifierait que le montant perçu par l’épargnant passerait de 6800.-/année (566.66/mois) à 6000.-/année (500.-/mois), soit une baisse de 11.8% par année (voir Infographie du Temps).
    Cela parait être une baisse de revenu énorme. Cependant, au vu de la situation, une adaptation du taux de conversion minimal à l’évolution de l’espérance de vie et des rendements du capital est nécessaire. Il parait logique que nous ne puissions pas passer plus de temps à la retraite et toucher le même revenu par mois si l’on ne cotise pas plus au cours de notre vie professionnelle.

En conclusion, la réforme proposée va dans la bonne direction et la nécessité d’adopter cette réforme n’est pas remise en question.

Une piste de réflexion…

Une solution d’ordre structurel supplémentaire, et en accord avec le respect du contrat intergénérationnel, pourrait être de coupler l’âge de la retraite ou le montant de la pension touchée (par le biais du taux de conversion) à l’espérance de vie.

La Suède, qui connaît l'espérance de vie la plus élevée d'Europe, a par exemple introduit un tel système qui tient compte des variations démographiques. En effet, la pension dépend non seulement du montant des cotisations, mais aussi de l'espérance de vie moyenne au moment du départ à la retraite. Ce système semble porter ses fruits et préserve l’équilibre social, car il garantit une répartition équitable des ressources entre générations. Avenir Suisse souligne que, dans les pays où ce genre d’automatismes a été introduit, des corrections durables avaient même été observées.

Les adaptations autorégulées ont aussi l’avantage de ne pas créer d’injustice entre les générations et préviennent le besoin de réformes urgentes et complexes. Une telle mesure serait-elle envisageable en Suisse pour assurer la pérennité de nos assurances sociales, l’équité et la paix entre les générations?

Blogs apparentés:

Pour en savoir plus:

Noémie Roten,
Diplômée en économie politique de l’Université de St-Gall.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

× Nous avons bien reçu votre commentaire et vous en remercions. Il a été traité avec succès.

Commentaires

Nombre de caractères restants: 800
captcha

Aucun commentaire n'a encore été publié sur cette page.

Formulez le premier commentaire.