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Lobbyisme 2.0: quel impact?
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Lobbyisme 2.0: quel impact?
lundi 01 avril 2019

Que coûtent les groupes d’intérêt à la société? Comment la technologie les a-t-elle renforcés?

Source: Pixabay

La présence de groupes d’intérêt est partie intégrante de la vie politique. Selon une étude et comme le montre le graphique ci-dessous, le nombre de liens pertinents entre parlementaires suisses et groupes d’intérêt a même augmenté de 200 à 556 (soit 178%) entre 1992 et 2015.

Et leur influence n’est pas anodine. Selon des chercheurs, les parlementaires pourvus de mandats dans certains secteurs (énergie, banques/assurances et transports) auraient même tendance à s’éloigner de la vision de leur parti politique.

Parallèlement, l’émergence des réseaux sociaux a profondément bouleversé notre mode de vie, et ce même jusqu’aux processus politiques. En 2012 déjà, une étude montrait que pour 169 lobbyistes américains (de 53 groupes différents), les réseaux sociaux constituaient un média incontournable d’engagement civique et d’action collective.

Le «rent seeking»: une source d’inefficience

Une des conclusions fondamentales de la théorie néoclassique est que, en concurrence parfaite, les facteurs de production sont rémunérés à hauteur de leur productivité marginale.

Un corolaire à ce résultat est le suivant: si un projet connait un investissement arbitrairement élevé, alors il existe des gains non-réalisés sur d’autres projets. Ainsi, d’un point de vue théorique, les lobbies sont néfastes au bien-être économique car ils créent une mauvaise allocation des ressources. Ce phénomène dit de «rent seeking» a été étudié sous plusieurs angles: évasion fiscale, protectionnisme, patentes, etc.

Et en pratique?

La recherche de rente effectuée par le biais d’influences politiques est un phénomène réel. Un économiste américain a conclu que l'accroissement des profits réalisés par le secteur privé aux États-Unis depuis 2000 est en grande partie expliqué par des facteurs politiques (tels que les régulations offrant un avantage aux entreprises déjà en place). D’autres économistes ont montré que les entreprises américaines dont les dirigeants étaient proches d’hommes politiques influents voyaient le cours de leurs actions grimper lors de visites à la Maison-Blanche:

Et la présence de forces économiques visant à s’accaparer la rente économique n’est pas sans coût non plus. Selon certaines estimations pour la zone euro, entre 1980 et 2003, pas moins de 18% des recettes fiscales furent extraites par les «rent seekers», reflétant des privilèges de l’ordre de 7% du PIB.

Le rôle des réseaux sociaux

Les groupes d’intérêt ne sont pas un phénomène nouveau. Mais l’arrivée récente des réseaux sociaux a fortement augmenté la portée des lobbies. De l’industrie du tabac (comme le révélait le New York Times) aux réseaux sociaux eux-mêmes (selon The Guardian): un lobbyiste moderne se doit d’être connecté.

De manière générale, la communication de messages politisés a été rendue plus facile par la démocratisation de plateformes telles que Facebook et Twitter. Leur utilisation accrue par les groupes d’intérêt a, selon certains politologues, deux objectifs: réguler le débat autour des lobbies et maintenir une bonne image auprès du public.

Pourtant, les réseaux sociaux comme vecteur de communication politique ne sont pas inoffensifs. Les cas de campagnes de désinformation de masse («fake news») se sont multipliées ces dernières année (l’affaire des trolls russes ou la récente propagande anti-vaccin menée sur Facebook).

The Economist revenait sur le potentiel destructeur des réseaux sociaux. Selon eux, les utilisateurs, ne voyant que le contenu avec lequel ils sont le plus susceptibles d’interagir, ont une vision tronquée de la réalité. Et certains se laissent entrainer dans des discours de haine d’une extrême violence: l’attentat de Christchurch n’en est qu’un tragique exemple.

Garder la tête froide

Le lobbysme fait partie intégrante du paysage et ne constitue vraisemblablement pas une menace pour la démocratie. Fort heureusement, les valeurs républicaines et la théorie économique sont unanimes: les groupes d’intérêt desservent le bien-être général s’ils préconisent des mesures irrationnelles.

Aussi, une communication privilégiée entre politiques et industriels peut s’avérer bénéfique si elle favorise le progrès technologique et la résolution de problématiques socio-économiques. Dès lors, la clé se trouve dans la transparence.

Mais à l’heure de la numérisation, la question réside avant tout dans la capacité des citoyens à trier l’information. Que les futurs livres d’histoire décriront Internet comme étant le pilier de la troisième révolution industrielle est une certitude; mais il tient encore à nous de déterminer son impact sur la démocratie.

Pour en savoir plus

Cet article est une contribution d’un invité. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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