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Le chômage involontaire: une mesure de discipline?
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Le chômage involontaire: une mesure de discipline?
lundi 11 mars 2019

D’où vient le chômage dans une économie de marché?

Source: pixabay - rawpixel (CC)

Dans une économie de marché, le salaire est un prix. Pourtant, on observe la présence de chômage involontaire sur le marché du travail. Pourquoi les salaires ne baissent-ils pas pour rétablir l’équilibre? Passage en revue d’éléments de réponse.

Plusieurs formes de chômage

Les économistes distinguent plusieurs formes de chômage. Parmi elles, on peut en relever trois:

  1. le chômage frictionnel
  2. le chômage conjoncturel
  3. le chômage structurel

Le chômage frictionnel caractérise le temps lié à la recherche d’emploi dû aux imperfections du marché du travail (contraintes administratives, information limitée, …). Il est considéré comme inéluctable et incompressible.

Le chômage conjoncturel, quant à lui, traduit l’idée que le niveau d’emploi dépend de la conjoncture: il est purement cyclique.

Enfin, le chômage structurel constitue le «chômage d’équilibre». Il est causé aussi bien par les frictions présentes sur le marché du travail (le chômage frictionnel) que les mutations de l’économie (goûts des consommateurs, progrès technologique, …).

C’est au chômage structurel que nous allons nous intéresser, soit la part de la population active qui n’est pas employée (mais qui souhaiterait l’être) alors que l’économie est à son équilibre. Comment les économistes expliquent-ils ce phénomène?

Plus qu’une histoire d’offre et de demande

Selon la théorie néoclassique, le prix d’équilibre (le salaire) s’établit là où l’offre (des travailleurs) coïncide avec la demande (des employeurs). Le chômage formant un déséquilibre momentané, le salaire devrait baisser pour rétablir la situation au long terme.

Cette vision suppose une concurrence parfaite sur le marché du travail. Mais, en pratique, il existe des rigidités à la baisse des salaires qui empêchent ce mécanisme d’avoir lieu. La part du chômage structurel propre au chômage frictionnel, par exemple, est due à un décalage temporaire entre l’offre et la demande: les travailleurs et les entreprises ne «matchent» pas instantanément, ce qui crée un délai – le chômage frictionnel.

En revanche, les modèles visant expliquer la part du chômage qui n’est pas due aux rigidités de transition fait recours à une autre source de rigidité: l’asymétrie d’information. Penchons-nous sur l’un de ces modèles.

Une cause: le salaire d’efficience

En 1984, Stiglitz (prix Nobel en 2001) et Shapiro offrent une explication innovante à la question du chômage structurel. Leur idée: le chômage est un dispositif de discipline.

Dans leur modèle, les entreprises ne sont pas en mesure d’observer en permanence la productivité de leurs employés. Or, les employés peuvent choisir soit de travailler, soit de traîner. Mais lorsqu’ils traînent, ils s’exposent au risque d’être attrapés, leur coûtant un renvoi immédiat.

Toutefois, dans un contexte de concurrence parfaite, le chômage n’est pas coûteux puisque les travailleurs retrouvent un travail immédiatement, et au salaire d’équilibre (égal à la productivité marginale du travail).

Pour inciter leurs travailleurs à être productifs, toutes les firmes proposent alors un salaire plus élevé que le salaire d’équilibre afin d’augmenter le coût d’opportunité du chômage. C’est le salaire d’efficience: étant supérieur à la productivité marginale du travail, il produit un déséquilibre sur le marché du travail et cause la présence de chômage structurel.

Mais pas que

Le chômage structurel est un phénomène complexe et peu intuitif si l’on considère les pays développés à faible mais constante croissance. La clé est de déceler les rigidités sur le marché du travail et de comprendre précisément les mécanismes empêchant la formation d’un équilibre de plein emploi.

Comme nous venons de le voir, une partie de la réponse réside dans l’asymétrie d’information, et en particulier dans l’aléa moral. Mais il existe d’autres façons d’aborder cette problématique (sélection adverse, normes sociales, coûts de remplacement, etc.).

Une question naturelle se pose toutefois: si les rigidités sur le marché du travail sont sources de chômage involontaire, est-il désirable de lutter contre elles au prix d’un salaire plus bas?

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