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L'économie du bien et du mal
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L'économie du bien et du mal
vendredi 05 avril 2019

Tomáš Sedláček affirme que l'économie - contrairement à sa propre perception - n'est en aucun cas neutre en termes de valeurs. Parce que, en réalité, elle est issue de l'éthique et qu'elle est constamment façonnée par des valeurs. Un coup d'œil dans le passé permet d'éclairer son propos.

Dans la fable de l'abeille, Bernard Mandeville décrit que les vices de l'homme sont la véritable source du bien commun. Adam Smith s'y opposait. Source: pxhere (CC)

La crise financière et économique mondiale de 2008/2009 a eu un impact considérable non seulement sur le secteur bancaire et l'économie réelle, mais aussi sur la manière dont de nombreux économistes ont, depuis lors, envisagé leur domaine de recherche. Dans le sillage de la crise, de nombreux livres ont été écrits. L'un de ces livres a été rédigé par l'économiste tchèque Tomáš Sedláček.

La plupart des questions économiques sont fondées sur des valeurs

L'économie moderne s'est distanciée autant que possible des jugements de valeur normatifs en s'appuyant de plus en plus sur les chiffres; tel est l'une des principales thèses de l'ouvrage. Selon Sedláček, c'est une erreur. Dans son ouvrage «L'économie du bien et du mal» Sedláček souligne que l'économie peut et doit être pensée de manière normative! C'est pourquoi il s'est engagé à reconnecter à nouveau l'économie aux valeurs.

Pour clarifier son propos, Sedláček remonte à l'origine de la pensée économique et examine des récits vieux de 4000 ans se déroulant à l'épopée de Gilgamesh. Il y découvre déjà des principes économiques fondamentaux.

Grâce à ce regard dans le passé, Sedláček perçoit la nature multiforme de l'économie telle que conçue au temps d'Adam Smith, le père fondateur de l'économie. À l'époque, se préoccuper du bien et du mal était encore une partie essentielle de l'économie.

Le philosophe moral Adam Smith

Adam Smith, qui était en vérité un professeur de philosophie morale, a été influencé par de nombreuses personnalités historiques. Et pas uniquement par les philosophes Aristote et Platon, mais aussi par le théologien Thomas d'Aquin. Tous ont influencé le système de pensée d'Adam Smith et contribué ainsi à bâtir l'économie actuelle.

Une autre influence importante vient du théoricien social Bernard Mandeville. Avant même Adam Smith, Mandeville décrivait dans sa «Fable des abeilles» comment les vices personnels peuvent être traduits en quelque chose de positif et contribuer ainsi au bien de tous. Les abeilles dans la fable symbolisent la société anglaise de l'époque qui était violente mais qui aspirait à une communauté honorable et respectueuse des lois.

Lorsque le souhait des abeilles s'est réalisé, de nombreux emplois ont disparu parce que les juges, les procureurs, les soldats et les policiers sont soudainement devenus superflus. Et l'ensemble de la ruche a souffert de la baisse de la demande. Inversement, Mandeville conclut: l'intérêt personnel des individus, c'est-à-dire le mal en l'homme, mène à la prospérité sociale.

Dans son chef-d'œuvre «La richesse des nations», Adam Smith critique et affine l'idée de Mandeville: au lieu de décrire l'homme comme vicieux et égoïste, Adam Smith est parti des qualités positives de l'homme (vertus). Le message principal d'Adam Smith: l'amour-propre rationnel des individus, c'est-à-dire le bien de l'homme, mène à la prospérité sociale. Pour reprendre les mots d'Adam Smith:

«Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre intérêt.»

L'insatiabilité d'Adam et Eve

A cette époque, l'économie était influencée par des philosophes ou des théoriciens sociaux. Selon Sedláček, cette polyvalence ne se fait pas sentir aujourd'hui, car nous nous consacrons tous à une seule chose: la croissance économique. La devise actuelle: «Plus, c'est mieux».

Au lieu de se contenter des conditions de vie déjà bonnes, les habitants des pays développés s'endettent davantage. Ils assument la dette parce qu'ils pensent pouvoir la rembourser par la future croissance économique. Selon Sedláček, c'est une idée fausse qui a engendré la crise financière et économique de 2008/2009. Cela est d'autant plus inquiétant qu'il existait déjà des exemples dont l'humanité aurait pu s'inspirer.

À ce stade Sedláček décrit l'histoire d'Adam et Eve. Malgré leur vie heureuse au Paradis, ils en voulaient plus: par cupidité, Eve a cueilli une pomme de l'arbre de la connaissance du bien et du mal et l'a mangée. En conséquence, Adam et Eve furent expulsés du Paradis, maudits et condamnés à un travail ardu. Sur la base de ce récit, Sedláček montre que les gens sont marqués par une insatisfaction intérieure et n'ont aucun point de saturation. Dès que nous avons satisfait nos besoins, nous en définissons immédiatement de nouveaux.

L'économie répond à ce besoin humain et place, au centre de sa recherche, l'individu qui maximise ses avantages. L'économie se concentre principalement sur le comportement des consommateurs tandis que d'autres aspects en sont exclus. Selon Sedláček, il s'agit d'une erreur qui minimise ainsi la nature multidimensionnelle de l'économie. Parce qu'un avantage peut aussi découler d'activités non monétaires comme le farniente.

Video
Tomáš Sedláček - L’économie du bien et du mal
Propositions de réformes issues du bon vieux temps et congés sabbatiques

Sedláček présente des constatations qui ont déjà prévalu à une époque où l'économie était encore à multiples facettes. Un exemple: s'éloigner de la dette pour se tourner vers un système qui génère des réserves dans les bonnes années économiques afin de pouvoir surmonter les mauvaises; c'est une vision du cycle économique qui remonte à un pharaon égyptien.

En résumé, les gens devraient trouver un équilibre sain entre la croissance économique et les loisirs. Ils devraient prendre une année sabbatique de temps en temps pour profiter des richesses qu'ils ont laborieusement gagnées. L'ouvrage souligne ainsi la volonté de Sedláček de replacer les valeurs au premier plan de l'économie. Cela a toujours fait partie de l'économie et devrait le rester à l'avenir.

Tomáš Sedláček. L'économie du bien et du mal (avril 2013)

Tomáš Sedláček enseigne l'histoire économique à l'Université Charles de Prague. Il est aussi économiste en chef de la plus grande banque tchèque. 

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