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L’économie symbiotique
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L’économie symbiotique
jeudi 04 octobre 2018

Comment réconcilier économie, croissance et nature?

Source: Local Food Initiative, Flickr

L’économie symbiotique est une théorie économique nouvelle. Elle réalise une symbiose entre l’intelligence humaine, la puissance des écosystèmes naturels et la technosphère; avec une croissance bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui fondée sur l’extraction des énergies fossiles.

Ingénieure agronome et coscénariste du film Home, Isabelle Delannoy est à l’origine de cette approche qui fait une synthèse entre de nombreuses techniques et recherches: permaculture, économie circulaire, économie de la fonctionnalité, du partage, économie sociale et solidaire et monnaies complémentaires.

Quatre grands principes
  • On joue avec la nature: comme le souligne Dominique Bourg, professeur à l’UNIL, «il ne s’agit plus de s’opposer à la nature, de lui substituer systématiquement des artefacts, de la contrarier en tous points en rompant ses équilibres, mais de jouer non contre mais avec elle, de l’amener, pour pasticher Aristote, à faire elle-même ce qu’elle ne ferait pas spontanément».
  • On privilégie la coopération: l’horizontalité et la gouvernance coopérative remplacent les organisations pyramidales et les mastodontes économiques.
  • On préfère l’usage des biens à leur appropriation: les parties des objets qui s’usent plus vite peuvent être remplacées indépendamment des autres composants. Des améliorations peuvent être apportées sans qu’il soit nécessaire de tout changer.
  • On réduit sensiblement les extractions: plutôt que d’extraire du sol énergies fossiles et métaux, mieux vaut tirer nos ressources du vivant en lui appliquant notre intelligence et en nous inspirant du fonctionnement non hiérarchique des écosystèmes.
Quelques illustrations
  • La permaculture agricole n’utilise aucun intrant mais joue sur la complémentarité des plantes, régénère les sols et stocke du carbone. Dans la vallée autrichienne de la Lungau, la plus froide et la plus difficile à cultiver du pays, Sepp Holzer a construit un écosystème agricole ultra-productif. Il met en coopération des espèces qui s’enrichissent mutuellement.
  • Au Pays-Bas, Eva Lanxmeer est un quartier «zéro rejet». Les principes d’une économie symbiotique se retrouvent non seulement au niveau des écosystèmes vivants mais aussi sociaux et économiques. On y voit des bureaux, des ateliers d’artisans et d’artistes, des établissements scolaires, une résidence de retraités, un centre des congrès et une ferme urbaine.
  • A Saint-Malo, l’ingénieur Rémy Lucas a inventé le premier bioplastique à base d’algues qui permet de remplacer 10% des plastiques actuels. Son activité économique entre en synergie avec la qualité des écosystèmes côtiers et les filières qui leur sont associées.
  • L’agglomération de New York a couplé la préservation de la qualité de l’eau potable à un programme actif de conservation des forêts et d’amélioration écologique des pratiques agricoles sur ses zones de captage. Les zones agricoles et forestières des Catskill et du Delaware sont la source de 90% de l’eau consommée par les 10 millions de New-Yorkais.
Les limites du système

L’économie régénératrice de la planète présentée par Isabelle Delannoy exige une prise de conscience globale de tous les acteurs de la vie économique et sociale. Le défi est de taille. Face aux urgences environnementales (dérèglement climatique, biodiversité en péril, pollution des océans et des terres, etc.), une telle économie aura-t-elle le temps de se généraliser?

Pour en savoir plus

Cet article est une contribution d’un invité. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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