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Du revenu de base inconditionnel au revenu de transition écologique
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Du revenu de base inconditionnel au revenu de transition écologique
jeudi 01 février 2018

Retour sur la thèse défendue par Sophie Swaton.

Source: pixabay (CC)

Rejetée par les Suisses lors d’une votation populaire en juin 2016, l’initiative «Pour un revenu de base inconditionnel» traite d’un sujet toujours d’actualité. En Europe, l’idée d’un salaire versé à tous est en effet expérimentée depuis 2017, sur une période de deux ans (Pays-Bas, Finlande et huit départements français).

Objet de nombreuses critiques, le revenu de base inconditionnel (RBI) pourrait être remplacé par un revenu de transition écologique (RTE) qui ne séparerait plus activité et revenu. Il orienterait les personnes dans des activités innovantes liées à la transition écologique. C’est la thèse formulée par Sophie Swaton, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, dans son tout dernier livre «Pour un revenu de transition écologique».

Limites du revenu de base inconditionnel

Comme son nom l’indique, le revenu de base inconditionnel est une somme d’argent distribuée à tous les résidents majeurs d’un pays sans considération de leur âge, sexe, situations financière et professionnelle. Ses partisans estiment que, libérées de la crainte de sombrer dans la précarité, les personnes recevant un RBI ne seraient plus stigmatisées. Elles pourraient davantage s’investir dans un travail porteur de sens.

Pour Sophie Swaton, c’est un leurre. N’offrir qu’une réponse monétaire à une personne nécessiteuse, c’est ignorer que la pauvreté ne se manifeste pas seulement par une privation de revenus mais aussi par un manque relationnel, une misère morale voire spirituelle. Il est dès lors plus important d’offrir à ces personnes des espaces de rencontres et d’échanges grâce à une activité reconnue et rémunérée.

Diminuer notre empreinte écologique

Désormais, les questions écologiques et sociales sont étroitement liées, comme le révèle par exemple la situation des réfugiés climatiques. Ayant tout perdu économiquement, ils sont les premiers à souffrir du renchérissement de l’énergie et des matières premières devenues plus rares. Selon Sophie Swaton, le RTE se justifie par la nécessité de diminuer notre empreinte écologique. Toute personne en bénéficiant doit donc impérativement être impliquée dans une activité socio-écologique.

Comment ça marche?

Celui qui reçoit un RTE est accompagné et soutenu dans son projet de transition en durabilité: agroécologie, permaculture, habitat écologique, énergies renouvelables, finance durable, écomobilité, biens ou matériaux biosourcés, recyclerie, etc. Par ailleurs, tout bénéficiaire d’un tel revenu est invité à adhérer à une structure démocratique (comme une association), ce qui facilite son intégration sociale.

Un système de bourse d’échanges, que pourraient gérer les Offices régionaux de placement, mettrait en relation offreurs et demandeurs de services (travaux domestiques, aide à la personne, etc.). Les gens apprennent ainsi à se connaître en même temps qu’ils développent des activités.

Favoriser la transition

Les personnes en difficulté économique sont les premières concernées par le versement d’un RTE. C’est notamment le cas des agriculteurs peinant à transiter d’une culture intensive dépendante des énergies fossiles vers une agriculture biologique. Ou des personnes souhaitant effectuer une reconversion. Par exemple un cadre travaillant dans l’extraction de fossiles - un secteur où l’empreinte écologique est particulièrement forte - qui souhaiterait migrer vers d’autres activités plus respectueuses de l’environnement.

Un financement à construire

La question du financement du RBI a été l’un des arguments forts du Conseil fédéral pour rejeter l’initiative fédérale. Le gouvernement suisse avait estimé à 25 milliards de francs à trouver chaque année, avec à la clé d’importantes hausses d’impôt et des réductions de certaines prestations.

Concernant le RTE, Sophie Swaton propose qu’il soit versé individuellement sous une forme d’impôt négatif. Ce dernier comprendrait, d’une part, un montant à hauteur de ce que propose les partisans d’un RBI de niveau faible, en substitution de l’actuel revenu d’insertion. Il serait, d’autre part, alimenté par de nouvelles monnaies locales complémentaires (comme l’eusko en France) qui visent à redynamiser les territoires. A terme, une taxe de permacircularité sur les produits et services qui n’entrent pas dans une économie circulaire assurerait le financement principal du RTE. La mise en place de ce dernier se ferait progressivement.

Nouveau paradigme

Comme le souligne Sophie Swaton dans son livre, «la proposition d’un RTE fait uniquement sens dans une société en transition, consciente des limites de la croissance et tournée vers un imaginaire solidaire de la coopération». Si la France a inauguré un nouveau ministère de la transition écologique et solidaire, ce dernier a encore du pain sur la planche avant de s’imposer dans les esprits. Mais, partout dans le monde, naissent des initiatives qui tendent à réconcilier pour de bon économie et écologie.

Pour en savoir plus

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