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Qu’est-ce que la finance comportementale? - partie 1
Economie comportementale
Les hommes et l’économie
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Qu’est-ce que la finance comportementale? - partie 1
jeudi 07 avril 2016

Définition et problématique liée à l’inefficience des marchés.

Auteur: Cartoosh – Source: Wikimedia Commons

La finance comportementale fait partie de la grande famille de l’économie comportementale. Cette dernière a pour but d’utiliser la psychologie afin de mieux comprendre les comportements de personnes faisant face à des décisions d’ordre économique. En particulier, il s’agit de déterminer ce qui pousse une personne à faire des choix différents de ceux de l’homo oeconomicus standard.

La finance comportementale se concentre plutôt sur les marchés financiers et analyse donc la manière dont les investisseurs et dirigeants d’entreprises agissent. Selon Baker et Wrugler (2012), elle peut être divisée en deux grandes branches: l’approche de l’inefficience des marchés et celle des biais de management. Savoir de quelle source provient la plus grande partie de l’irrationalité est important. En effet, cela permet de déterminer où l’on peut intervenir si l’on souhaite corriger cette déviation de l’équilibre.

L’inefficience des marchés

Cette approche fait l’hypothèse que les marchés ne sont pas efficients, c’est-à-dire que les prix des titres boursiers ne sont pas «corrects». Implicitement, cela signifie que certains investisseurs ne sont pas parfaitement rationnels et font des erreurs systématiques qui ne peuvent pas être compensées pas d’autres agents rationnels (arbitrage limité). Les raisons pour lesquelles ils commettent des erreurs sont multiples.

Une des théories possibles se réfère au biais d’ancrage: les croyances dépendent d’un point de départ fixé arbitrairement (l’ancre). Au milieu des années 70 déjà, Tversky et Kahneman se sont intéressés à cette problématique et ont demandé à des sujets d’estimer la fraction de pays africains membres de l’ONU. Ils ont posé deux questions avec des ancres différentes: «Est-ce plus ou moins de 10%?» et «Est-ce plus ou moins de 65%?». Dans le premier cas, la médiane des réponses se trouvait à 25% alors qu’elle était de à 45% avec l’ancre plus élevée. Pour un investisseur, une telle ancre pourrait être le prix auquel il a acheté le titre boursier; il aura donc de la peine à se départir de cette ancre ou point de référence. Associé avec une aversion au risque élevée, cela signifie que les actions sont dictées par la peur de faire des pertes vis-à-vis de ce point de référence (théorie des perspectives). Les investisseurs peuvent également être influencés par d’autres sentiments comme l’excès de confiance ou l’optimisme.

Des prix «justes» et des dirigeants intelligents

Bien entendu, il est très difficile de définir ce que signifie des prix «justes». D’autant plus qu’il est compliqué de mesurer la différence entre les cours des actions et leurs valeurs réelles ou fondamentales. La difficulté est l’identification des fondamentaux qui justifient le prix. En théorie, la valorisation d’un titre devrait être égale à la valeur présente de tous les futurs flux financiers que l’on peut recevoir grâce à ce titre. Prévoir le futur est déjà compliqué, mais, en plus, d’autres facteurs entrent en jeu. Par exemple, la plupart des évènements d’entreprises comme l’entrée en bourse ou les fusions ont tendance à se produire durant la même période de l’année et par secteur.

Notons qu’avec cette approche, les dirigeants d’entreprises sont, eux, considérés comme intelligents et capables d’identifier les inefficiences des marchés. Cette hypothèse peut se justifier par plusieurs arguments (meilleures informations sur leur entreprise ou évaluation de leur performance à plus long terme).

Quelles sont les conséquences de l’inefficience des marchés?

En effet, les prix ne sont pas «justes» pour diverses raisons; mais quelles sont les conséquences pour l’économie réelle? Tout d’abord, cela peut affecter l’investissement. Par exemple, les fusions et acquisitions d’entreprises ont tendance à se faire lorsque les actions sont surévaluées.

La politique financière des firmes est également influencée. Lorsque les actions sont surévaluées, les entreprises ont tendance à émettre plus de nouvelles actions ou obligations. A l’inverse, lorsqu’elles sont sous-évaluées, les compagnies semblent racheter les titres.

D’autres aspects financiers sont touchés tels que la politique de dividendes ou la publication des revenus de l’entreprise. Même le nom des firmes devient important. Si les marchés étaient parfaits, le nom des compagnies ne jouerait aucun rôle: le prix des actions serait purement déterminé par des facteurs objectifs comme les dividendes ou les résultats. Pourtant, Cooper, Gulen et Rau (2005) ont montré qu’après l’explosion de la bulle technologique en 2000, les sociétés qui ont enlevé le «.com» de leurs noms ont vu leurs actions grimper de 70% au moment de l’annonce.

Jusque là, les théories de finance comportementale se concentrent sur les investisseurs en bourse.
Que se passe-t-il lorsque les dirigeants d’entreprises agissent d’une manière non rationnelle? Rendez-vous la semaine prochaine…

Blog apparenté:

Pour en savoir plus:

Rachel Cordonier,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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