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Qu’est-ce que la finance comportementale? ‒ partie 2
Economie comportementale
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Qu’est-ce que la finance comportementale? ‒ partie 2
jeudi 14 avril 2016

Problématique liée au biais de management: causes et implications

Source: Pixabay – auteur: John Hain

Mon blog précédent au sujet de la finance comportementale s’est concentré sur les comportements des investisseurs en bourse. Ce blog va se focaliser sur les agissements non rationnels des dirigeants d’entreprises.

Les biais de management

La deuxième grande approche de la finance comportementale étudie le comportement biaisé des managers qui évoluent dans des marchés efficients. L’idée est que les managers prennent des décisions qui ne sont pas rationnelles, c’est-à-dire qui ne maximisent pas la valeur de l’entreprise et donc leurs futurs revenus. De manière similaire à l’hypothèse d’arbitrage limité, cette approche part du principe que les managers ne sont pas contraints à des décisions rationnelles (gouvernance d’entreprise limitée). Les dirigeants ont une marge de manœuvre qui influence la politique d’investissement et financière de la compagnie et donc sa valeur boursière.

La rationalité limitée

Une première hypothèse concerne la collecte d’informations précédant une décision. Comme les informations peuvent être complexes et coûteuses à rassembler, cela peut amener le dirigeant à adopter un comportement rationnel limité: au lieu de considérer tous les paramètres, le manager va adopter des règles de décisions simplifiées. Par exemple, si un manager doit décider rapidement lesquels de ses employés il doit licencier, il va probablement se concentrer sur ceux qui ont moins bien performé les dernières semaines et ne pas considérer tous les employés sur un laps de temps plus représentatif des performances réelles.

Biais d’optimisme ou de confiance excessive

Des biais comme l’optimisme ou la confiance excessive peuvent également affecter le décideur. Un individu optimiste pense que, comparativement aux autres, il a plus de chance que la moyenne d’avoir de bonnes expériences dans la vie. Tali Sharot donne des exemples dans son Ted Talk; bien que le taux de divorce soit de 40% dans le monde occidental, 0% des couples interrogés le jour de leur mariage pensent qu’ils vont divorcer. Autre illustration: au Royaume-Uni, 75% des familles interrogées pensent que leur famille va mieux réussir dans la vie que les autres. Par contre, seulement 30% de ces mêmes familles pensent que les familles en général font mieux que celles des générations précédentes. Donc, bien que les personnes projettent une situation future générale moins bonne, elles pensent ne pas être concernées. Ce biais s’applique aussi à l’évaluation de ses qualités: la plupart des individus pensent être au-dessus de la moyenne pour les interactions sociales, la conduite d’un véhicule, l’honnêteté,… ce qui est évidemment statistiquement impossible. En entreprise, une telle surestimation de ces compétences peut induire des prises de risque plus importantes ou la tendance à s’attribuer plutôt les réussites que les échecs… ce qui risque de renforcer encore la confiance en soi (Gervais et Odean).

Les dirigeants souffrent également du biais d’ancrage: que ce soit pour des négociations ou l’évaluation des performances des points de référence sont utilisés.

Pour quelles implications?

Tout d’abord, l’investissement. Par exemple, les résultats soutiennent un lien fort entre optimisme ou excès de confiance et la création d’entreprises. En fait, Landier et Thesmar (2009) ont montré que seulement 6% des nouvelles startups françaises interrogées pensent devoir affronter des difficultés dans le futur alors que 56% pensent qu’elles vont se développer. Trois ans plus tard, ces deux chiffres passent à 17% et 38%. Les dirigeants peuvent, entres autres, être également optimistes par rapport aux coûts de projets ou sous-estimer le prix d’autres entreprises par rapport à la leur pour en décider le rachat.

La politique financière de l’entreprise est également influencée. Baker et Xuan (2015) ont démontré que la probabilité qu’une compagnie émette des nouvelles actions découle fortement des performances des actions spécifiques que possède le CEO. De même, la gestion du niveau de dette ou de la structure du capital de l’entreprise dépend des points de références des dirigeants, souvent basés sur les résultats passés pour des décisions qui concernent le futur.

La liste des théories de finance comportementale et ses effets n’est évidemment pas exhaustive. Souvent, les deux approches se confondent et les sources d’irrationalités sont particulièrement difficiles à identifier.

Blog apparenté:

Qu'est-ce que la finance comportementale? - partie 1 

Pour en savoir plus:

Rachel Cordonier,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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