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Le changement climatique et l’économie
Développement, croissance et environnement
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Le changement climatique et l’économie
jeudi 26 novembre 2015

Dans quelques jours s’ouvrira la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) qui regroupera, pour la première fois à Paris, les représentants de 196 Etats. L’objectif principal sera de trouver un accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais protection de l’environnement et développement économique sont-ils compatibles?

Source : Pixabay - Geralt

Pourquoi une telle coopération est-elle nécessaire?

Les efforts pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre se font principalement au niveau local (incitation à se déplacer en vélo plutôt qu’en voiture, promotion des technologies propres…). Pourquoi rassembler les pays est-il donc nécessaire? Une raison est la tragédie des biens communs, situation dans laquelle la pensée rationnelle nous pousse à adopter une stratégie aboutissant à un résultat perdant-perdant (dilemme du prisonnier). Comme l’atmosphère n’a pas de frontière, chacun a intérêt à ce que son voisin fasse l’effort de réduire ses émissions (et donc payer son coût), sans pour autant y contribuer, car au final, tout le monde va retirer les bénéfices de cette réduction. L’avantage d’un accord international est donc d’établir un lien de confiance entre chaque pays et la promesse d’engagement de chacun d’entre eux pour la cause climatique.

Quels sont les effets du changement climatique sur l’économie?

Outre les très probables conséquences désastreuses de l’augmentation des températures mondiales sur notre planète (hausse des catastrophes naturelles, changement du régime des précipitations, montée du niveau de la mer, …), toute estimation des dommages causés à l’économie est une tâche parsemée d’embûches. Beaucoup de paramètres sont encore très incertains (capacité d’adaptation ou modifications sur notre écosystème).

Néanmoins, dans une étude récemment publiée dans la revue Nature, trois chercheurs ont calculé et isolé l’effet, sur une cinquantaine d’années, du réchauffement climatique sur la croissance de 150 pays (PIB par habitant). La figure suivante résume leurs résultats.

Source: M. Burke, S. Hsiang et T. Miguel. Global non-linear effect of temperature on economic production. (10.2015)

On remarque de grandes disparités entre les pays de l’hémisphère Nord et  Sud. Par exemple, le réchauffement climatique augmentera, en Suisse, le PIB par habitant de 121% d’ici à 2100, tandis que celui-ci sera réduit de 92% en Inde et de 83% au Brésil, par rapport à une situation sans réchauffement climatique. On remarque donc que les pays avec une température moyenne fraîche, comme les pays du Nord de l’Europe, verront leur production augmenter lorsque la température deviendra plus élevée. Les pays au climat tropical tendront, eux, à avoir une baisse de leur production. Comme vous avez certainement pu le remarquer cet été, l’être humain est plus productif dans une zone modérée de température, estimée à environ 13°C selon les auteurs. Globalement, les auteurs calculent que le réchauffement climatique devrait probablement réduire le revenu d’un terrien moyen de 23% d’ici à 2100.

Quelles seront les principales victimes?

L’étude mentionnée précédemment met en exergue le rôle joué par le réchauffement dans l’accroissement des inégalités. Et pourtant, celle-ci ignore les conséquences hétérogènes de l’augmentation de la fréquence des ouragans ou encore l’augmentation du niveau des eaux. Les Etats les plus vulnérables aux conditions climatiques sont également les plus pauvres.

Ce constat est également mis en avant par un récent rapport de la Banque Mondiale: «sans la mise en œuvre d’un développement rapide et solidaire qui ne nuise pas au climat», 100 millions de personnes pourraient passer en dessous du seuil d’extrême pauvreté (fixé à 1.9 dollar de dépenses par habitant et par jour) d’ici à 2030 à cause du changement climatique. Les principaux facteurs de leur vulnérabilité sont le manque de moyens matériels, des logements précaires et dans des zones à risque ainsi qu’une plus forte sensibilité aux chocs climatiques. Ainsi, 10% de pluie en dessous de la norme en Ouganda, fait baisser le revenu des agriculteurs de 20%. Une mauvaise récolte peut à elle seule pousser une famille en dessous du seuil de pauvreté. De plus, l’augmentation des catastrophes accroit les problèmes de santé. Par exemple, un réchauffement de 2°C exposerait 150 millions de personnes supplémentaires à la malaria.

Quelles politiques faut-il mettre en place?

Etant donné les larges pertes anticipées ainsi que la vaste disparité des dommages entre les pays, il est nécessaire d’introduire un mécanisme d’incitation permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre:

Si rien n’est fait d’ici à 2100 le monde devrait voir une augmentation de 83% de la consommation d’électricité simplement à cause d’un usage plus important de l’air conditionné, ventilateur et autre outil de réfrigération.

Néanmoins, une telle refonte de notre modèle économique prend du temps et nécessite une coopération internationale. Même si les pays du Nord sont les principaux responsables du stock de gaz à effet de serre présent dans l’atmosphère, la participation des pays du Sud à l’effort collectif est d’autant plus importante que ces pays seront les plus durement touchés par le réchauffement de notre planète. Des mesures de compensation peuvent être envisagées comme des transferts de technologie ou le financement d’actions. Les négociations promettent d’être difficiles, mais en attendant, tout un chacun peut contribuer à cet effort. L’entreprise Climat Mundi propose d’ailleurs toute une série d’actions permettant de réduire ses émissions en indiquant le gain climatique de chaque action. Le destin de notre planète est entre nos mains.

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Pour en savoir plus:

Maude Lavanchy,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l'Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d'une invitée. Son contenu n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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