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Googolopoly?
jeudi 07 mai 2015

Let me google that for you: «situation monopolistique + Google + abus de position dominante + commission européenne à la concurrence». C’est parti, toute l’information en un clic.

Source: utilisateur flickr: 張香腸, ©certains droits réservés

Le monopole dans sa forme classique: Théorie

Au sens strict de la définition, il est question de monopole lorsqu’il n’existe qu’un seul producteur pour un bien ou service donné sur le marché (dictionnaire d’Alternatives Economiques en ligne).

Google, un monopole?

Selon certains analystes, les monopoles numériques ne constituent souvent pas de vrais monopoles, soit parce qu’ils ne vendent rien, soit parce qu’ils ne dominent qu’une petite partie du marché. Ainsi, sur le marché des moteurs de recherche, Google propose un service de recherche d’informations en ligne gratuit et, en ce qui concerne ses autres prestations de service, le géant numérique est en concurrence avec beaucoup d’autres fournisseurs. Sur Internet, la concurrence n’est qu’à un clic…

Il n’en reste pas moins qu’«une situation de monopole est caractérisée par un pouvoir important du producteur sur l'acheteur». Or, le moins qu’on puisse dire, c’est que Google ne manque pas de pouvoir sur le consommateur.

L’hégémonie Google: bienvenue dans l’ère Google

«J’ai googlé, tu as googlé, […], vous googlâtes,…», Google se conjugue à tous les temps.

Le verbe «to google» est officiellement référencé dans l’Oxford English Dictionary depuis 2006. Et c’est en 2014, que «googliser» fit son entrée dans le Petit Larousse illustré, aux côtés d’autres nouveaux mots, tels que «hashtag», «speed dating» ou encore «helvétisme». À quand la promotion dans le dictionnaire de l’Académie française?

L’empire Google: un monopole un peu spécial

Google est partout, il est tout puissant; la preuve en chiffres:

Source: infographie crée par Markus Oakes

Lors d’un projet de recherche sur la concentration des médias, le professeur Patrick-Yves Badillo (Université de Genève), en collaboration avec le professeur Eli Noam (Université de Columbia) tombèrent sur des résultats intéressants concernant la concentration des médias en Suisse. Pour ce faire, les chercheurs utilisèrent l’indice HHI (Herfindahl-Hirschman Index). Ce dernier varie entre 0 (marché complètement atomisé) et 10'000 (marché sous le contrôle d’un monopole unique).

Il ressort de l’étude que si le marché de la télévision en Suisse est très modérément concentré (HHI = 1283 en Suisse romande), il en va autrement de celui des opérateurs de télécommunications (HHI > 4000) et des moteurs de recherche dont l’indice dépasse les 8000. Il s’agit donc d’une situation quasi monopolistique pour Google.

Pour Peter Thiel, co-fondateur de PayPal, il est indiscutable que Google est un monopole. Pour lui, un monopole est «une compagnie qui est tellement bonne dans ce qu’elle fait qu’aucune autre firme n’est en mesure d’offrir un substitut proche. C’est une compagnie qui est juste 10 fois meilleure que les autres.»

Monopole, «so what?»

Dans la critique classique du monopole, on relève le fait que l’agent arrive à s’approprier une rente de monopole. Il en résulte que les monopolistes sont en général peu enclins à réduire leurs prix et à améliorer la qualité de leurs produits. On leur reproche aussi parfois de manquer d’incitation à innover. Mais cette critique s’applique-t-elle vraiment à Google?

Thiel avance la thèse contraire. Il est d’avis que les monopoles, tel Google, peuvent être des facteurs de progrès. Les gains que les monopoles s’assurent favoriseraient des plans à long terme audacieux et des projets de recherche courageux, ce qui stimulerait l’innovation. Dans son nouvel ouvrage, «Zero to One», il va jusqu’à dire que l’obsession des économistes pour la concurrence est «un reliquat de l’histoire». «La concurrence explique les erreurs, pas le succès». Déjà en 1930, Schumpeter argumentait qu’une position dominante rendait l’innovation possible. Alors, au final, pourquoi la position de monopole de Google ne serait-elle pas une bonne chose?

Là où l’histoire devient un peu plus problématique…

La Commission européenne à la concurrence attaque Google sur deux fronts. Premièrement, elle lui reproche d’abuser de sa position dominante sur le marché des moteurs de recherche pour favoriser ses propres produits. Plus précisément, elle soupçonne que Google aurait optimisé ses algorithmes de manière à placer son service Shopping en tête de liste.

Deuxièmement, la Commission a également lancé une enquête à propos d’Android, le système d’exploitation de Google. Bien que sensé être un système «open source», pour accéder à Google Play, les fabricants de téléphones portables doivent octroyer aux applications Google une certaine priorité. Et cela ressemble cruellement à de l’abus de position dominante qui expose les consommateurs et les concurrents à toutes sortes d’excès.

Au-delà des reproches formulés par la Commission européenne à la concurrence, Google détient aussi le «monopole du filtre des informations». Pour le Professeur Dominique Maniez (Université de Lyon), «tout ce qui n’est pas indexé par Google n’existe pas», confie-t-il à nouvo. Google détient le pouvoir absolu sur l’individu avec toutes les dérives possibles que cela pourrait engendrer. À Andreas Schönenberger, ancien directeur général de Google Suisse, de répliquer: «À partir du moment où il existe un choix pour les gens, nous ne voyons pas cela comme un monopole».

Mais ce choix existe-t-il vraiment aujourd’hui?

Pour en savoir plus:

Noémie Roten,
Diplômée en économie politique de l’Université de St-Gall.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

Noémie Roten
Noémie Roten

Diplômée en économie politique de l’Université de St. Gall ainsi qu'en philosophie et politique publique de la London School of Economics and Political Science.
Thèmes: Politique économique actuelle, économie publique, économie comportementale, économie de l’information


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