Présidentielle américaine: campagne, argent et inégalités
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Présidentielle américaine: campagne, argent et inégalités
jeudi 20 octobre 2016

Coup de projecteur sur les dépenses de campagne présidentielle américaine et leur lien avec les inégalités croissantes

Source: Flickr, Tracy O; ©creative Common License 2.0

A trois semaines de l’élection présidentielle américaine, la campagne électorale de 2016 est déjà décrite comme étant la plus chère de l’histoire. Ces dernières années, les dépenses de campagne outre-Atlantique ont en effet pris l’ascenseur. Selon le Center for Responsive Politics, un organisme à but non lucratif non partisan qui étudie les effets de l'argent et du lobbyisme sur les élections ainsi que sur les politiques publiques, la campagne de 2012 aurait coûté plus de 2,6 milliards de dollars aux candidats, aux partis et aux groupes extérieurs. Et les dépenses liées à la campagne de 2016 sont bien parties pour dépasser ce montant… et de loin! Mais pourquoi observe-t-on une telle évolution des dépenses de campagne? Quel est l’impact des super PACs sur les inégalités? Quelques clés de lecture pour mieux comprendre les enjeux du financement des campagnes dans la course à la Maison-Blanche.

Le b.a.-ba du financement des campagnes américaines

Aux Etats-Unis, les candidats à la présidence peuvent avoir recours à deux sources de financement pour alimenter leur campagne électorale: les dons privés et les fonds publics qui sont attribués par la commission électorale fédérale (Federal Election Commission ou FEC). Il s’agit d’une agence règlementaire indépendante des États-Unis chargée d'administrer et de faire appliquer la loi sur le financement des élections fédérales. Le recours aux fonds publics étant soumis à des règles contraignantes impliquant notamment un plafond de campagne et un renoncement aux fonds privés après l’investiture de leur parti, les candidats n’y ont quasiment jamais recours. En sus de leurs investissements personnels, ces derniers privilégient donc plutôt les dons privés qui peuvent être subdivisés de la manière suivante:

  • Dons de particuliers (limités à 2’700$ pour un candidat par élection et 33’400$ pour un parti national)
  • Dons des comités de campagne (limités à 2’000$ par candidat)
  • Dons de PACs («political action commitees» ou «comités d'action politique»): groupes d’intérêts privés pouvant soutenir un ou plusieurs candidats (limités à 5’000$ pour un candidat et 15’000$ pour un parti national). Les sources de financements doivent être divulguées à la FEC.
  • Dons de Super PACs («independent expenditure only committees» ou «comités de dépenses indépendants»): il s’agit de comités de soutien indépendants des partis et des candidats (particuliers, entreprises et syndicats) qui ne sont théoriquement pas autorisés à avoir de lien avec les comités de campagne officiels ni de coordonner leurs actions avec celle des candidats. C’est pourquoi ils mènent directement leurs propres actions en parallèle de la campagne officielle. Ils ont d’ailleurs plutôt tendance à miser sur des campagnes négatives visant à nuire à l’image de l’adversaire.
    D’un point de vue légal, les Super PACs sont soumis à moins de régulations que les PACs. Les Super PACs sont par exemple autorisés à récolter et dépenser des montants illimités. L'identité des donateurs doit cependant être communiquée à la FEC.
  • Dons d’associations de type 501(c) (parfois aussi appelées «dark money»): organisations à caractère social autorisées à s’impliquer dans des campagnes politiques si le but primaire de l’association est de promouvoir le bien-être social et non la défense d’intérêts politiques. Les dons sont limités à 50% du total des dépenses de l’association. Ces associations ne sont pas tenue de dévoiler l’identité de leur donateurs.

La moitié des contributions de campagne rapportées à ce jour provient de groupes extérieurs à la campagne, tel que les Super PACs, qui ne sont pas soumis à des limites de dépenses.

Contributions de campagne et inégalités

Les Super PACs permettent donc, entre autres, à des individus fortunés de soutenir financièrement leur candidat de manière illimitée. Ces derniers aspirent ainsi à se ménager un accès privilégié au potentiel futur président des États-Unis.

Selon une étude récente le top 0.01% ‒ le 1% du 1% ‒ des donateurs a ainsi contribué à financer plus de 40% des dépenses de campagne en vue des élections de 2012, ce qui, selon certaines critiques, représenterait un danger pour la démocratie. En effet, Martin Gilens, Professeur en sciences politiques à l’Université de Princeton, a démontré que les politiques mises sur pied par le gouvernement américain sont de loin plus représentatives des préférences des électeurs disposant d’un haut revenu, en particulier lorsque les intérêts des hauts et des bas revenus divergent. Au cours des dernières décennies, ce biais en faveur des intérêts des individus plus fortunés a engendré une sorte de cercle vicieux: l’influence disproportionnée des individus fortunés sur les décisions politiques a permis à ces derniers d’acquérir plus de richesses et cela a donc contribué au renforcement des inégalités économiques. La plus grande concentration de richesse aux mains des plus fortunés leur permet à nouveau d’acquérir plus d’influence politique, ce qui conduit à une plus grande inégalité de représentation et ainsi de suite.

L’idéal de l’égalité politique, selon lequel la politique du gouvernement devrait représenter les intérêts de chaque citoyen, pourrait donc bien être mis à mal par l’influence disproportionnée de certains individus capables de financer en grande partie les campagnes présidentielles aux Etats-Unis.

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Pour en savoir plus:

Noémie Roten,
Diplômée en économie politique de l’Université de St-Gall.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

Diplômée en économie politique de l’Université de St. Gall ainsi qu'en philosophie et politique publique de la London School of Economics and Political Science.
Thèmes: Politique économique actuelle, économie publique, économie comportementale, économie de l’information


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