La diversité des genres: outil essentiel au succès des affaires?
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La diversité des genres: outil essentiel au succès des affaires?
Friday 07 October 2016

La présence de femmes à des postes-clés se reflète dans la profitabilité des entreprises, mais pas seulement…

Source: pixabay - geralt

Le sujet de la sous-représentation des femmes dans les conseils d’administration est souvent sous le feu des projecteurs. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga plaide d’ailleurs pour des «quotas cibles» de femmes ou d’hommes au sein des conseils d’administration des grandes sociétés cotées. Alors que beaucoup d’entreprises se demandent combien leur coûterait l’imposition de mesures visant à endiguer l’inégalité des sexes, Michael Kimmel, auteur du livre «Angry White Men», leur rétorque: «Ce que vous devez commencer à calculer, c'est combien l'inégalité des sexes vous coûte déjà». Améliorer l’égalité des sexes, c’est donc bon pour le business! Cette affirmation est confirmée par une étude de l’institut Peterson réalisée en 2014 sur 21'980 entreprises réparties dans 91 pays. Les entreprises où plus de 30% de la direction est composée de femmes enregistrent «une hausse du bénéfice net pouvant aller jusqu’à 6 points de pourcentage».

Néanmoins, pour que l’impact soit quantifiable, l’étude montre que les femmes doivent occuper des postes au sein de l’équipe de direction, le fameux «C-level»: responsable opérationnel (COO), responsable des finances (CFO), etc. La présence de femmes au conseil d’administration n’aurait qu’un impact modeste sur les résultats de l’entreprise, et aucun «effet femme» n’est observé lorsque celles-ci occupent un poste de gestionnaires. En revanche, le genre du directeur général (CEO) ne semble pas avoir d’impact significatif sur la profitabilité des entreprises. Ce qui compte, c’est la diversité de la direction de l’entreprise dans son ensemble.

Source: Ernst & Young, Is Gender Diversity Profitable?

Néanmoins, l’étude ne permet pas de déterminer une causalité. La corrélation positive trouvée dans l’étude pourrait être le reflet:

  • De la discrimination contre les femmes dirigeantes (les entreprises discriminantes souffriraient d’un désavantage compétitif dû à leur préférence pour les hommes),
  • Du fait qu’une plus grande présence féminine contribuerait à une meilleure diversité des compétences (ce qui serait bénéfique pour l’entreprise)

Quid des quotas de femmes?

L’étude s’intéresse également à l’effet des quotas de genre imposés dans certains pays (par exemple en Norvège, Islande ou France). Imposer une telle restriction permet certes d’augmenter la représentation féminine mais, pour les pays ayant mis en place un quota, la relation positive entre nombre de femmes dans les postes de direction et profitabilité disparaît. Le faible nombre d’observations peut expliquer le manque d’impact, mais forcer la main des entreprises peut aussi s’avérer contre-productif. Engager une «femme-quota» pourrait avoir un effet négatif sur la profitabilité de l’entreprise si cette dernière est moins expérimentée ou moins qualifiée qu’un candidat non retenu à cause du quota. Le sur-engagement de certaines femmes à de multiples conseils d’administration (dû à la difficulté de trouver des femmes qualifiées, phénomène «golden skirt») peut également affecter leur monitorage.

Bien que renforcer la présence de femmes dans les conseils d’administration soit souvent l’objectif du législateur, favoriser l’accès des femmes au sein de la direction serait plus bénéfique. L’étude montre cependant une corrélation positive entre la proportion de femmes au sein du conseil d’administration et celle des femmes dans l’équipe de direction. Un quota pourrait donc briser le plafond de verre et démarrer un cercle vertueux: la présence de femmes à la tête de l’entreprise encouragerait davantage les femmes à postuler pour des positions supérieures, ce qui élargirait le nombre de candidats pour les postes de direction, et permettrait ainsi de sélectionner la personne la plus adaptée au poste, peu importe son sexe.

L’étude pointe également d’autres facteurs améliorant l’accès des femmes aux fonctions dirigeantes:

  • Droit à des congés parentaux plus longs (meilleure association entre vie privée et professionnelle)
  • Volonté globale de l’entreprise de promouvoir l’égalité des genres à long terme (ouverture d’esprit au succès des femmes)
  • Encourager les femmes dans les filières mathématiques (les pays où les femmes sont fortes en mathématique ont également plus de femmes à la tête de leurs entreprises)

Finalement, un meilleur partage des tâches familiales et du ménage n’est pas uniquement bon pour le business, mais également pour les hommes! Les données des psychologues et sociologues le démontrent: plus un couple est égalitaire, plus les deux partenaires et leurs enfants sont heureux et en bonne santé. L’égalité des sexes est donc bien une stratégie «gagnante-gagnant».

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Pour en savoir plus:

Maude Lavanchy,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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