«Digital labor» ‒ partie 1: historique et définition
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«Digital labor» ‒ partie 1: historique et définition
Thursday 07 July 2016

Qu’entend-t-on par «digital labor»? Historique et concept.

Source: PublicDomainPictures.net, ©Public Domain

Pour la petite histoire…

Dans les années 90, la démocratisation de l’Internet s’inscrivait dans une certaine contre-culture basée sur l’esprit de partage, de collaboration et de dons désintéressés. En opposition au modèle économique traditionnel, l’Internet était alors perçu comme une sorte d’utopie collaborative et digitale basée sur des idéaux communs de partage dont l’argent n’était pas le principal moteur. Cet altruisme originel a en effet donné naissance à de nombreux projets collaboratifs et bénévoles qui ont certainement atteint leur paroxysme dans le développement de Wikipédia et dans l’établissement de la communauté du logiciel libre.

Aujourd’hui, il semblerait que nous nous soyons bien éloignés de cet idéal. Avec l’avènement du web 2.0, de nombreuses entreprises s’enrichissent en monétisant les pratiques contributives de l’Internet. Selon la formule de Sébastien Broca, elles passent un pacte implicite avec les internautes: «à vous l'enrichissement personnel lié aux possibilités de communication et de partage en ligne, à nous l'enrichissement financier lié à la monétisation de ces activités». De ce constat sont nées les premières théories du digital labor.

Qu’est-ce que le «digital labor»?

Pour les théoriciens du digital labor, l’ensemble des activités accomplies en ligne s’apparenteraient désormais à du «travail digital». Il s’agit d’un type de travail informel et non spécialisé que les internautes effectuent sur les plateformes sociales, les sites Internet et les applications mobiles. Ce travail, bien que créateur de valeur, ne serait souvent pas rémunéré et donc pas reconnu à sa juste valeur.

Il est aisé de voir en quoi des tâches effectuées par le biais de plateformes de «micro-travail», telles que le «Mechanical Turk» d’Amazon (littéralement le «Turc mécanique»), s’apparentent à du travail digital. Par le biais de telles plateformes, des entreprises font appel à des internautes pour effectuer des «micro-tâches», associées à des «micro-rétributions». Il s’agit souvent de tâches simples qui ne requièrent pas ou peu de qualifications, communément appelées «Hits» (Human Intelligence Tasks). Ces dernières ne peuvent en général pas (encore) être réalisées par les intelligences artificielles: création de playlists, transcriptions de son en texte, traduction de fragments de texte, «taggage», identifications de personnes ou d’objets sur des photos, classement d’images en différentes catégories, etc. Les click-farmers du Bengladesh qui sont payés au lance-pierre pour «liker» à la chaîne sont aussi facilement assimilables à des «digital laborers».

Mais la logique du digital labor va même au-delà. Par exemple, comme le relève Rémi Noyon, lorsque Google vous demande de déchiffrer les mots contenus dans un «captcha» pour vérifier que «vous n’êtes pas un robot», vous participez à la numérisation de Google Books, gratuitement. Ou lorsque vous utilisez une application gratuite pour l’apprentissage des langues, de par vos réponses, vous contribuez en fait à étoffer le dictionnaire.

Par ailleurs, les théoriciens assimilent également des activités beaucoup plus «banales» à du digital labor: au travers de vos recherches, de vos «tweets», de vos « retweets», de vos vidéos, de vos photos, de vos «likes», de vos partages de contenus, d’informations, de recommandations postées sur TripAdvisor, des données émises de vos téléphones ‒ de votre simple présence en ligne en somme ‒ vous créez de la valeur qui est captée par les grandes entreprises du web. Vous participez, ainsi, au développement de l’économie numérique, en tant que digital laborer, parfois sans même le savoir.

Mais s’agit-il vraiment de travail à proprement parler? Et devrait-il être rémunéré? Ce sont là des questions que nous aborderons dans notre blog de la semaine prochaine.

 

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Pour en savoir plus:

Noémie Roten,
Diplômée en économie politique de l’Université de St-Gall.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

Diplômée en économie politique de l’Université de St. Gall ainsi qu'en philosophie et politique publique de la London School of Economics and Political Science.
Thèmes: Politique économique actuelle, économie publique, économie comportementale, économie de l’information


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