Semaine de 30 heures: bonne ou mauvaise idée?
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Semaine de 30 heures: bonne ou mauvaise idée?
Tuesday 12 January 2016

Travailler moins et garder son salaire inchangé: avantages et inconvénients.

Source: Flikr - Ferran Reyes

Que diriez-vous de passer à une semaine de 30 heures tout en conservant votre salaire actuel? L’offre est alléchante mais peine souvent à être prise au sérieux. Et pourtant, plusieurs expériences récentes ont mis en lumière les bienfaits de la réduction du temps de travail. Par exemple, la municipalité de Göteborg a décidé, en 2014, de tester la journée de 6 heures sur une partie de ses employés, tout en continuant à rémunérer les 8 heures quotidiennes. Un an après, sociologues, médecins et politiciens semblent tous convaincus des avantages de la méthode. 

Réduire le temps de travail pour résoudre tous nos maux?

Disposer de deux heures de plus chaque jour ouvré offre des avantages:

  • Amélioration de la qualité de vie: un horaire de travail réduit permet la construction de liens sociaux, un bon maintien de sa santé physique et mentale, ou encore de s’engager dans des activités créatrices. De plus, on observe un lien positif entre le bonheur d’un travailleur et sa productivité.
  • Diminution de l’empreinte écologique: les pays qui travaillent le plus grand nombre d’heures sont aussi ceux qui polluent le plus. En effet, lorsque l’on passe beaucoup de temps à son plan de travail, il nous reste peu de temps pour tout le reste (loisir, trajet, etc.). Ce manque de temps conduit à des choix de consommation et de mode de vie souvent riches en émissions carbones (par exemple en voyageant en avion ou voiture à la place du train ou du vélo).

Le lien entre chômage et temps de travail est également souvent cité comme argument en faveur d’une réduction du nombre d’heures de travail hebdomadaire. Pourtant, l’argumentation soutenant cette hypothèse est fallacieuse (sophisme d’une masse fixe de travail). Autrement dit, cet argument suppose qu’une quantité fixe de travail doit être effectuée et que, lorsque l’on réduit le nombre d’heures de travail possibles par employé, le temps de travail résiduel est alloué aux chômeurs. Cependant, la quantité de travail demandée par le marché varie selon plusieurs facteurs (technologie, concurrence, demande du produit, etc.) et ne peut donc pas être résumée à une masse fixe.

Qu’en est-il du lien entre les heures travaillées et la productivité?

Le graphique suivant montre une corrélation négative entre le nombre d’heures travaillées par personne employée et le PIB par heure travaillée.

Source: The Economist. Proof that you should get a life. (09.12.2014)

Peut-on pour autant en conclure qu’une réduction du temps de travail améliore la productivité? Afin d’avoir une idée plus précise sur la question, J. Pencavel a utilisé des données sur la production de munitions pendant la Première Guerre mondiale. Il a trouvé une relation non-linéaire entre le nombre d’heures travaillées et la production: en dessous de 49 heures hebdomadaires, la production augmente de façon proportionnelle avec le nombre d’heures travaillées; en revanche, au-dessus de 50 heures, la production augmente moins vite. Diminuer son temps de travail n’accroîtrait donc pas toujours la production horaire (ce que semblait plutôt suggérer le graphique ci-dessus). Bien entendu, ces résultats concernent un secteur manufacturier spécifique et n’apportent donc aucune évidence sur d’autres secteurs. Cependant, selon The Economist, lorsqu’il s’agit d’un travail majoritairement autonome et qui requiert un fort engagement intellectuel, une heure de travail acharné peut s’avérer plus productive qu’une journée complète parsemée de moment de procrastination.

La régulation des 35 heures en France

Plus de 15 ans après l’apparition des fameuses lois Aubry abaissant la durée légale du travail de 39 à 35 heures hebdomadaires, le bilan semble mitigé. Le temps de travail effectif a certes diminué mais reste tout de même supérieur à celui de l’Allemagne (comme on peut le constater sur le graphique ci-dessous pour l’année 2013). L’effet sur le chômage est incertain et un déclin de la compétitivité a également été observé depuis les années 2000. Néanmoins, les critiques des 35 heures se concentrent principalement sur les rigidités entourant le marché du travail (comme le manque de flexibilité à l’embauche/licenciement) plutôt que la réduction de l’horaire hebdomadaire en tant que telle. 

Source: OCDE. Nombre d’heures moyennes annuelles ouvrées par travailleurs en 2013 dans les pays de l’OCDE.

Et ensuite?

Beaucoup de spécialistes semblent s’accorder sur les bienfaits d’une réduction du temps de travail, pourquoi donc celui-ci n’est-il pas plus répandu? 

Parce qu’un tel changement de paradigme ne se fait pas du jour au lendemain et la nécessité ou non d’une intervention étatique reste encore à déterminer (régulations du marché du travail, subvention, etc.). En attendant, de plus en plus d’expériences comme celle de la municipalité de Göteborg voient le jour. Par exemple, l’usine d’assemblage Toyota, également à Göteborg, a opté pour la semaine de 30 heures il y a 13 ans déjà. Avec deux équipes journalières de 6 heures, le site a ainsi pu offrir une plage d’ouverture plus large pour son service après-vente avec des employés moins stressés, plus motivés, efficaces et productifs. Toyota a également vu sa rentabilité augmenter.  

A méditer…

Pour en savoir plus:

Maude Lavanchy,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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