Qu’est-ce que le «Quantitative easing»?
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Qu’est-ce que le «Quantitative easing»?
Friday 30 January 2015

La BCE a annoncé la mise en place d’un programme d’assouplissement quantitatif. De quoi s’agit-il? Quels en sont les effets et les risques?

 

Source : Wikimedia / DaveOinSF

Le 22 janvier 2015, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé le recours à une nouvelle politique monétaire appelée «Quantitative easing» (QE), ou assouplissement quantitatif en français. La BCE va ainsi acheter, entre mars 2015 et septembre 2016, pour 60 milliards d’euros par mois de titres de dette d’Etat.

Qu’est-ce que l’assouplissement quantitatif?

En temps normal, si une banque centrale désire relancer l’économie, son principal outil est le taux d’intérêt. La banque centrale prête de l’argent à court terme aux banques commerciales afin de faire baisser le taux d’intérêt et les inciter à prêter plus. Dès lors, que faire lorsque celui-ci est déjà quasiment à zéro (0.05% actuellement dans la zone euro)?

C’est à ce moment-là que les banques centrales se tournent vers d’autres outils, appelés «non-conventionnels». Au lieu de financer les prêts, la banque centrale achète directement des titres sur les marchés (en général des obligations d’Etat) via un jeu d’écriture comptable (monnaie scripturale). Les réserves des banques se voient ainsi renforcées par la quantité d’actifs achetés (d’où le terme «quantitatif»).

Cette opération permettra-t-elle de réduire la dette des Etats?

Non, car ce ne sont pas les Etats qui empochent le pactole, mais les détenteurs des titres (épargnants, compagnies d’assurances, banques, etc.). La banque centrale agit sur les marchés secondaires (là où les investisseurs s’échangent les titres déjà émis). C’est un peu comme lorsque l’on achète une voiture d’occasion: ce n’est pas le constructeur automobile qui reçoit l’argent, mais la personne qui la vend. De plus, les Etats doivent tout de même repayer leur dette à échéance.

Par ailleurs, plusieurs conditions ont été mises en place afin de limiter le partage d’éventuelles pertes sur ces actifs:

  • allocation des fonds du QE pour le rachat de dette proportionnelle au pourcentage de souscription au capital de la BCE
  • partage du risque limité à 8% entre les pays membres de la zone euro (solde supporté par les banques centrales nationales)
  • plafond de 33% des obligations d’Etat d’un seul pays

Quels sont les impacts anticipés?

Le but de cette opération est d’injecter des liquidités dans l’économie pour relancer la croissance par une augmentation de la demande (investissements et consommation), la fameuse «étincelle» de Keynes. Cette opération de rachat massif a également pour but de rendre les obligations d’Etat moins attractives et pousser les investisseurs, en quête de rendement, à se tourner vers d’autres titres (parts dans des entreprises, start ups, etc.) et ainsi relancer l’activité. La figure suivante illustre le mécanisme sous-jacent.

Source: Représentation personnelle à partir de l’article du Nouvel Obs

Le but de cette opération est également de ramener l’inflation (-0.2% en décembre dernier) de la zone euro autour de 2% (l’objectif principal de la BCE).

Quels sont les risques?

De nombreux experts pointent du doigt le risque inflationniste d’une telle mesure. En effet, lorsque trop de monnaie circule dans l’économie, l’inflation nous attend généralement au tournant. Cependant, étant donné le faible niveau d’inflation actuel et des taux maintenus sous contrôle lors des expériences passées de QE (Japon, Etats-Unis et Angleterre), ce risque semble relativement moins important pour le moment. De nombreux observateurs, tels que le prix Nobel d’économie Paul Krugman et l’ancien secrétaire du Trésor américain Larry Summers doutent néanmoins de l’efficacité d’un assouplissement monétaire.

L’impact de cette nouvelle politique semble également limité, comparé aux précédents épisodes américains et britanniques, car:

  • Les marchés avaient fortement anticipé la mesure de la BCE.
  • Le système financier européen est différent. En effet, les entreprises américaines ont plus souvent recours aux marchés des capitaux pour lever des fonds (obligations d’entreprises) que leurs consœurs européennes (qui ont plutôt recours aux prêts bancaires).

Quels sont les effets observés?

Selon The Economist, deux autres canaux sembleraient, en revanche, donner des résultats:

L’effet de signal

Même si les marchés avaient fortement anticipé l’annonce de Mario Draghi, celui-ci les a surpris par l’ampleur et la longueur du programme. Comme illustré sur le graphique ci-dessous, l’indice boursier regroupant 50 sociétés au sein de la zone euro a réagi positivement suite à l’annonce ce qui pourrait booster la consommation et l’investissement. La BCE envoie un message clair aux marchés (politique monétaire plus agressive).

Le taux de change

L’euro a également continué de se déprécier face au dollar et va probablement continuer à le faire, ce qui renforcera la compétitivité des entreprises européennes (exportations).

Source: Représentation personnelle à partir des données de la BCE et Stoxx

A l’heure actuelle, il est néanmoins difficile de déterminer si les résultats escomptés seront atteints. Est-ce que les investisseurs se retourneront vers des investissements plus risqués? Est-ce que le programme de la BCE arrive trop tard? Est-il suffisant? Ces questions restent ouvertes.

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Pour en savoir plus:

Maude Lavanchy,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur. 

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