Le football au service de l’économie
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Le football au service de l’économie
Wednesday 15 October 2014

En plus d’être le sport le plus populaire au monde, le football permet de tester un nombre important de théories économiques, dont l’efficience des marchés.

Source: Wikimedia / Phillip Chambers

Trois mois après la finale de le Coupe du Monde de la FIFA au Brésil et ses 64 matchs suivis par plus de 3 millions de spectateurs, les souvenirs de cet événement sont encore présents parmi bon nombre d’entre nous. Alors que les fans de football se réunissent dans un stade ou un pub pour profiter du spectacle, certains économistes en profitent pour collecter des données. La raison? Plus qu’un sport, le football est un parfait laboratoire pour tester diverses théories économiques (abondance de données, présence de professionnels expérimentés avec des objectifs connus et clairs, etc.). Dans son dernier livre, Ignacio Palacios-Huerta, professeur à la London School of Economics, utilise une base de données sur un grand nombre de matchs de football afin de tester quelques théories économiques et d’explorer le comportement humain.

De la théorie des jeux à l’efficience des marchés

Comme expliqué dans deux blogs précédents, les tirs au but, en plus d’être un événement particulièrement excitant, offrent une opportunité de tester le fameux équilibre de Nash en théorie des jeux. Cependant, bien d’autres concepts économiques peuvent être testés, parmi lesquels figure l’hypothèse d’efficience des marchés. Cette thèse avance que les marchés incorporent rapidement et totalement toute l’information disponible dans les prix des actifs financiers: tous les titres sont donc évalués à leur «juste prix». Ainsi, le prix d’un actif financier devrait réagir instantanément lors de bonnes ou mauvaises nouvelles.

Tester cette théorie directement peut s’avérer complexe au vu du flux d’informations quasiment continu et de la difficulté d’incorporer dans un modèle toutes les informations disponibles sur le marché. Le monde du football offre une excellente opportunité de tester cette théorie. En analysant l’évolution des cotes des paris sportifs des matchs de football, Karen Croxson et J. James Reade ont réussi à construire un test. En effet, pendant la mi-temps, plus aucune information n’est disponible (le match est suspendu pendant 15 minutes), alors que le marché des paris reste ouvert. Si l’hypothèse d’efficience des marchés est vérifiée, il ne devrait pas y avoir de mouvement des cotes pendant la mi-temps.

Qu’est-ce qu’une cote?

Imaginez deux individus, David et Sara, et un match donné: la finale de la coupe d’Angleterre  entre Wigan et Manchester City en 2013. David est convaincu que Manchester City remportera la finale et, par conséquent, il offre à Sara la chance de parier 10 francs à la cote 7:1 («sept contre un») pour une victoire de Wigan. En d’autres mots, si Wigan l’emporte, David paiera à Sara sa mise de départ plus un profit de 7x10 = 70 francs. Par contre, si Manchester City gagne, alors David garde les 10 francs de Sara. Les cotes sont inversement reliées à la probabilité de l’événement: Wigan (relégué en 2ème division en fin de saison) aurait une probabilité de (1/(7+1)) = 12.5 % de l’emporter face à Manchester City (2ème en fin de saison). Dans cet exemple, David tient le rôle du bookmaker. Pour l’anecdote, Wigan remporta la finale!

Le test

Grâce aux nouvelles technologies, les parieurs peuvent parier à tout moment du match sur des plateformes en ligne. Il est ainsi possible de miser sur une équipe, seconde après seconde, même pendant un match. Analyser l’évolution de la cote après un but marqué juste avant la mi-temps permet ainsi de tester la théorie d’efficience des marchés.

Tottenham Hotspur vs Manchester United, 04.02.2007 à 16h, victoire 4-0 de Manchester United

Source: I. Palacios-Huerta, Beautiful Game Theory: How Soccer Can Help Economics, (2014)

Le match entre Tottenham Hotspur et Manchester United offre une bonne illustration. Sur le graphique de gauche, on voit la probabilité que Manchester United remporte le match (la cote inversée). Au début du match, cette probabilité était de 56 %. À la 44ème minute, cette probabilité n’était plus que de 50 % (Manchester n’ayant toujours pas inscrit de but). Cependant, juste avant le coup de sifflet annonçant la mi-temps, Manchester United marque un but. L’effet sur les marchés est alors instantané: la probabilité sous-entendue par la cote indique une chance de victoire de 77 % pour Manchester. Alors que le volume des paris augmente significativement durant la mi-temps (graphique de droite), la cote reste inchangée. Les auteurs trouvent des résultats similaires pour d’autres rencontres, ce qui leur permet d’affirmer que le marché des paris sportif est économiquement efficient.

Conclusion

L’analyse de données liées au football permet également d’apporter des réponses aux questions liées à la discrimination, la peur, la pression sociale, la corruption ou encore le côté obscur des incitations dans les organisations. On y trouve des réponses à des questions telles que: y a-t-il un avantage à tirer le premier lors d’une séance de penalties? Est-ce que les arbitres sont biaisés par les préférences des spectateurs présents? Y a-t-il de la discrimination au sein du football? Les footballeurs ont-ils des incitations à réduire la performance de leur adversaire?

Rempli d’histoires et d’anecdotes, le livre d’Ignacio Palacios-Huerta offre une excellente illustration de comment le football peut être utilisé pour apporter des réponses à certaines énigmes économiques.

Pour en savoir plus:

Maude Lavanchy,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.          

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