L’économie mondiale, à la merci des esprits animaux?
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L’économie mondiale, à la merci des esprits animaux?
Wednesday 20 August 2014

Souvent négligés dans la théorie économique, les esprits animaux permettent d'expliquer les fluctuations de l'économie. Que sont ces esprits animaux? Quelles réponses apportent-ils?

Source: Wikimedia / Cliff - Arlington, Virginia, USA

En 2009, alors que l'économie mondiale vivait l'un des reculs les plus importants depuis la Grande Dépression, de nombreux économistes et observateurs se sont posé les mêmes questions: que s'est-il passé? Pourquoi n'avons-nous pas été capables de prévenir une telle crise? Comment éviter que cela se reproduise?
Seul un petit nombre d'économistes avait prédit un tel désastre, et parmi eux figurent Robert Shiller et George Akerlof. Dans leur livre «Les esprits animaux - Comment les forces psychologiques mènent la finance et l'économie», ces deux économistes apportent un point de vue original sur les crises monétaires et financières de ces dernières années. Il est essentiel, selon eux, d'intégrer des facteurs psychologiques dans la modélisation économique du comportement humain afin de mieux comprendre les fluctuations économiques.

Les esprits animaux

La théorie économique traditionnelle considère chaque décision comme le fruit d'un calcul rationnel pesant le pour et le contre. Elle ignore ainsi toute action induite par les émotions. Ces dernières ont été surnommées les «esprits animaux» («animal spirits» en anglais) par le célèbre économiste John M. Keynes. En remettant sur le devant de la scène l'influence des sentiments et émotions dans les actions humaines, Robert Shiller et George Akerlof apportent une perspective différente de la théorie libérale. Grâce à de nombreuses anecdotes et exemples, ils permettent de comprendre facilement chacun de leurs arguments. Ils décrivent, par exemple, que toutes les décisions importantes qu'a dû prendre le PDG de la multinationale General Electric venaient «directement de l'estomac» (ce qui est bien éloigné du processus rationnel traditionnellement supposé).

Cet ouvrage est divisé en deux parties. La première caractérise les cinq éléments des «esprits des animaux», soit: la confiance, l'équité, la corruption et la mauvaise foi, l'illusion monétaire et les histoires. Tandis que la deuxième partie comprend huit questions/réponses, dévoilant ainsi le rôle de ces fameux «esprits». Au fil des chapitres, on apprend notamment pourquoi les économies connaissent des dépressions, la raison de la présence du chômage, ou encore des réponses sur le pouvoir des banques centrales et le caractère aléatoire de l'épargne.

Pourquoi les marchés immobiliers procèdent-ils par cycles?

La récente bulle immobilière américaine offre une parfaite illustration de la présence (et du déchaînement) de quatre des cinq «esprits animaux».
Tout commence par la forte hausse des prix des biens immobiliers (qui ont presque doublé en 10 ans). La population commence alors à penser que l'immobilier ne peut être qu'un bon investissement: après tout, une maison, c'est quelque chose de tangible. La croyance d'un marché immobilier en hausse continue est alors devenue une histoire acceptée par l'opinion, renforçant ainsi la demande de ces biens.
Une des explications de cette croyance erronée est l'illusion monétaire, soit la non-prise en compte de l'inflation dans les calculs. Les gens ont tendance à se rappeler du prix de leur maison, mais ne le comparent pas au prix des autres biens à la même époque. L'appréciation réelle du prix de la maison s'avère donc bien plus faible que l'augmentation nominale.
Le scandale d'Enron en 2001 (une affaire de corruption, où une comptabilité créative a permis de soutenir artificiellement les bénéfices) a également plongé Wall Street dans une crise de confiance, incitant ainsi les investisseurs à se rabattre sur «la pierre», alors considérée comme un investissement peu risqué. L'émergence des prêts «subprimes» a accentué (puis fait éclater) la bulle immobilière.
La confiance, la corruption, l'illusion monétaire et les histoires ont donc ainsi, irrationnellement, renforcé les fluctuations sur le marché immobilier.

La mort de l'homo œconomicus aurait-elle sonné?

Le futur étant par nature incertain, il semble tout à fait pertinent de considérer des facteurs non-rationnels afin de mieux comprendre les fluctuations. Cependant, même si l'argumentation tout au long des chapitres est convaincante, un doute persiste quant à son application globale. Les recommandations pratiques évoquées sont, en effet, plutôt vagues et peu concrètes.
De plus, les auteurs affirment que le rôle du gouvernement est d'agir comme des parents, imposant les limites nécessaires afin que leurs enfants n'abusent pas de leurs «esprits animaux». Ce qui s'impose comme un frein aux libertés individuelles. Mais nous sommes en droit de nous poser la question suivante: le gouvernement serait-il plus sage et moins sujet à ces «esprits animaux» que ses électeurs?

Chaque crise nous rappelant les limites de la rationalité, ce livre permet de mieux en comprendre les limites et apporte ainsi une vision plus humaine du monde.

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Pour en savoir plus:

Maude Lavanchy,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l'Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d'une invitée. Son contenu n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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