L’inégalité des sexes dans l’éducation des pays en développement
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L’inégalité des sexes dans l’éducation des pays en développement
Friday 27 June 2014

«Si tu enseignes à un garçon, tu éduques un individu. Par contre, si tu enseignes à une fille, tu éduques une nation entière.» Ce proverbe africain a particulièrement de sens pour les pays en développement, où le manque d’éducation des femmes limite profondément la croissance de ces pays.

Source:Wikimedia

L’enlèvement de 233 jeunes écolières à Chibok au Nigéria le 14 avril dernier a levé le voile sur un triste phénomène: le manque de protection des femmes et les faibles incitations à l’éducation de celles-ci en Afrique.

L’organisation terroriste salafiste ayant revendiqué ces actes mène déjà depuis de nombreuses années de violentes campagnes afin d’imposer la loi islamique dans la région. Cette organisation terroriste s’oppose violemment à l’éducation des femmes, détruisant ainsi un fort potentiel en termes de capital humain.

L’éducation, facteur clé de développement

L’éducation joue un rôle clé dans la promotion du développement, notamment en Afrique.  Même si le nombre moyen d’années d’études a plus que doublé entre 1960 et 2000 pour les pays en développement (en passant de 2 à 5 ans), environ un tiers de la population de ces pays ne bénéficie d’aucune scolarité. Ce déficit d’éducation concerne particulièrement les femmes. L’élimination des inégalités des sexes dans l’éducation fait d’ailleurs partie des objectifs du millénaire pour le développement des Nations Unies.

Gary Becker, l’un des pionniers de la théorie du capital humain, avait notamment déjà expliqué les différences de traitement des enfants, en fonction de leur sexe, dans son livre «A Treatise on the Family» (un traité sur la famille). Selon lui, le fait que les femmes soient moins actives que leurs homologues masculins leur donne moins d’incitations à investir dans l’éducation. Ces différences d’accumulation de capital humain impliquent que les femmes disposent d’un avantage comparatif dans les activités familiales, alors que celui des hommes suggère un travail à l’extérieur de la maison.

Pourquoi y a-t-il une telle inégalité des sexes?

Une récente étude de Martina Björkman-Nyqvist a mis en avant les possibles causes de cette disparité dans l’éducation. En mettant en parallèle le niveau des précipitations et le taux d’absentéisme à l’école primaire, durant 24 années en Ouganda, l’auteur a trouvé des différences entre les filles et les garçons. En effet, une réduction de 15% des précipitations provoque une diminution de 5 points de pourcentage du taux de présence des filles âgées de 12-13 ans, alors qu’aucun effet significatif n’est observé chez les garçons. Ces disparités se ressentent dans les résultats des examens, où les jeunes filles obtiennent de moins bons résultats que leurs collègues masculins.

Etant donné la forte proportion de la population employée dans des secteurs sensibles aux conditions météorologiques, une sécheresse affecte profondément les revenus des ménages. En conséquence, lors d’une période de sécheresse, les filles restent à la maison afin de travailler pour compenser la perte de revenu, alors que les jeunes garçons continuent à aller à l’école. La raison? Dans la hiérarchie familiale, les garçons  sont traditionnellement privilégiés par rapport aux filles.

On aboutit ainsi à une prophétie auto-réalisatrice: comme les jeunes filles sont moins présentes à l’école, cela affecte négativement leurs résultats scolaires et diminue leurs chances d’obtenir un bon travail, comparativement à un jeune homme ayant assisté à tous les cours. Ce qui confirme le choix initial d’avoir favorisé le garçon au détriment de la fille.

Les solutions?

Les résultats de l’étude faite en Ouganda démontrent que les programmes ayant pour but unique la diminution des coûts de l’éducation des femmes sont insuffisants. Afin de soutenir l’éducation des femmes et réduire davantage les disparités entre les hommes et les femmes dans l’éducation, il serait également nécessaire de prendre des mesures permettant de compenser les baisses de revenu d’un ménage (ce qui affecte indirectement l’éducation des femmes, comme évoqué ci-dessus).

Selon le département de développement international britannique, une hausse de 1% du nombre de filles à l’école secondaire boosterait la croissance du revenu annuel par tête de 0.3% et aurait également des conséquences positives sur la santé. En plus d’être un droit humain fondamental, l’élimination des inégalités des sexes améliorerait également l’efficience et le bien-être général.  

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