Les robots au travail, les humains au chômage?
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Les robots au travail, les humains au chômage?
Friday 28 February 2014

La technologie évolue à une vitesse folle. Si folle que certains spécialistes craignent pour nos places de travail. Mais cette crainte est-elle vraiment fondée?

Un travail qui n'est pas prêt de disparaître: créateur de robots. (Photo: Wikipédia)

Le chômage technologique, c’est-à-dire la disparition de certains postes de travail ou de certains métiers à cause du progrès technique, est de plus en plus considéré par certains économistes comme un des plus grands défis de ces prochaines décennies. La peur de voir les robots prendre nos places de travail n’est pas nouvelle. Pure science-fiction ou réel danger?

La vision de Keynes

Nous sommes en 1930. Un certain John Maynard Keynes, célèbre économiste britannique, évoque une «nouvelle maladie»: le chômage technologique. Il résume le problème de cette manière: suite à la découverte de nouveaux moyens de production, il devient parfois possible d’économiser de la main d’œuvre. S’il n’est pas possible de trouver une affectation à cette main d’œuvre économisée, alors du chômage apparaît… il s’agit du chômage technologique. Il précise néanmoins que cette phase ne devrait être que temporaire et qu’elle devrait nous permettre, à moyen/long terme, d’améliorer drastiquement nos conditions de vie.

Keynes a d’ailleurs une vision très optimiste du futur: selon lui, en 2030, tout le monde sera beaucoup plus riche tout en ne travaillant que 15 heures par semaine.

Que nous dit l’Histoire?

Abstraction faite du temps de travail prédit en 2030, il semble que Keynes soit un bon visionnaire. Son point de vue reflète d’ailleurs en grande partie la vision traditionnelle que les économistes se font du progrès technologique: l’innovation amène de la croissance, et donc une hausse du niveau de vie.

Le schéma est peut-être un peu simpliste, mais il semble être confirmé par l’Histoire: l’innovation (à l’époque principalement sous la forme de l’automatisation du travail) permet d’augmenter la productivité. S’en suit deux conséquences: une baisse du besoin en main d’œuvre (la phase de chômage technologique selon Keynes) et l’augmentation des revenus. Cette augmentation des revenus amène une hausse de la demande en nouveaux produits et services, qui à son tour entraîne une hausse du besoin en main d’œuvre: d’où l’aspect temporaire du chômage technologique.

Qu’est-ce que le futur nous réserve?

Pourquoi, alors, certains spécialistes sont-ils soudainement pessimistes en vue du futur? Deux livres extrêmement bien documentés expliquent les problèmes qui risquent de survenir: The Second Machine Age et Race Against the Machine, tous les deux coécrits par Erik Bynjolfsson et Andrew McAfee.

Si la révolution industrielle a eu pour conséquence de remplacer nos muscles et notre sueur par des machines, elle a permis de transférer les humains (grâce à d’énormes efforts effectués dans le domaine éducatif) vers des emplois plus «intellectuels». Mais la révolution actuelle, digitale cette fois, semble beaucoup plus difficile à garder sous contrôle. Les ordinateurs et les programmes informatiques deviennent tellement puissants que des métiers jusqu’alors à l’abri de l’automatisation se retrouvent également sur la sellette. Qui aurait cru, il y a 10 ans, qu’un ordinateur pourrait conduire une voiture? Personne, ou presque. Pourtant les premiers prototypes Google roulent déjà en Californie.

Les conducteurs et autres pilotes ont donc du souci à se faire. La majorité des emplois réalisés par les «cols blancs», comme les juristes ou les comptables, deviennent également des jobs à la portée des machines.

Le plus grand risque pour le futur est une polarisation extrême de la société. Les récentes recherches démontrent que la substitution du travail par le capital devient de plus en plus attractive. Les détenteurs de capital captureront bientôt l’entier des revenus! Ces inégalités sont-elles temporaires? Il est bien entendu difficile de se prononcer sur cette question. Mais les inégalités déjà croissantes dans une partie des pays industrialisés laissent craindre le pire.

Les défis à surmonter

Comment faire pour limiter les conséquences du chômage technologique? On a vu par le passé que l’éducation tenait un rôle majeur pour cela. Il est important de retenir de la révolution industrielle qu’une course entre la technologie et l’éducation a été lancée dans laquelle, pour la majeure partie du 20ème siècle, les humains sont sortis vainqueurs.

Il paraît important de ne pas se résigner à une ère d’abondant chômage mais de donner les outils nécessaires aux travailleurs pour ne pas rester des substituts aux nouvelles technologies, mais les aider à en devenir des compléments.

Certains emplois semblent encore hors de portée des avancées technologiques. On peut penser principalement aux emplois nécessitant un aspect émotionnel, compassionnel. Il paraît peu probable (pour le moment?) de voir un robot remplacer un aide-soignant. C’est pourtant un secteur qui tend à être en pénurie…

Il est donc primordial pour les politiques de prendre les bonnes décisions et de bien inclure dans leurs réflexions les avancées technologiques qui risquent d’engendrer un énorme changement structurel sur le marché du travail.

Une autre façon de voir les choses est avancée par Andrew McCafee: au final, si les robots nous remplacent au travail, n’est-ce pas une bonne nouvelle? Cela signifie plus de temps pour nos loisirs ou pour des activités altruistes tout en touchant de l’argent grâce au travail effectué par les robots (McCaffee va jusqu’à préconiser l’instauration du revenu universel).

Malheureusement, les études effectuées jusqu’ici sur les personnes sans emploi sont plutôt catégoriques: les individus deviennent désœuvrés et ont tendance à être plus violents, plus souvent en prison et divorcer davantage… Le travail représente également une partie importante de la vie sociale d’une personne, ne l’oublions pas!

L’avenir nous le dira

Une certitude: pour savoir quelles conséquences la dite révolution technologique aura réellement, il faudra attendre quelques décennies et faire les comptes par la suite. Pour le moment, nous ne pouvons faire que d’incertains pronostics. Malheureusement (ou heureusement?) pour les humains, le robot pouvant prédire le futur n’a toujours pas été inventé...

Pour en savoir plus:

Pour l'équipe d'iconomix,
Bertrand Bise

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Commentaires

Nicolas Brügger - Pour en savoir (encore) plus

Sur le même sujet : l'émission de France 3 "ce soir ou jamais" du vendredi 28.02.2014 (http://www.france2.fr/emissions/ce-soir-ou-jamais). Le Professeur Alexandre Delaigue nous invite à imaginer un monde dans lequel les robots sauraient tout faire (même réparer les autres robots) et les êtres humains ne pourraient pas rivaliser avec eux dans le monde du travail.

04.03.2014