Les résultats des enquêtes PISA suscitent toujours de multiples commentaires dans la presse. Un journal romand n’hésitait d’ailleurs pas à titrer récemment : « Ecole : les plus dépensiers sont les moins bons » ! Ces résultats ont évidemment suscité l’émoi des enseignants comme des parents genevois et vaudois qui ont appris que les scores obtenus par leurs élèves et enfants étaient parmi les moins bons de Suisse. Et ils veulent légitimement en comprendre la raison.
Des différences dues à de multiples facteurs
Ces différences cantonales ne sont pas imputables uniquement au seul système scolaire. Elles s’expliquent aussi par les caractéristiques des élèves et de leur famille ainsi que par le contexte socio-économique propre à chaque canton. Ainsi, la langue parlée à la maison, la structure familiale, le nombre de frères et de sœurs ou l’éducation des parents constituent autant de paramètres susceptibles d’influencer les scores obtenus. De même, le nombre d’élèves par classe ou la formation des enseignants peuvent eux aussi influencer les performances en lecture, en mathématiques ou en sciences. Malheureusement, les moyennes publiées ne permettent pas de connaître l’impact de chacune de ces variables prises isolément.
C’est précisément sur ce point que la recherche universitaire peut apporter l’éclairage nécessaire au politique pour interpréter ces résultats et en faire bon usage…en utilisant des méthodes aussi complexes que les problèmes étudiés. Pour y parvenir, il faut avoir recours à une analyse qui permet d’examiner l’impact d’une variable particulière sur les résultats obtenus en contrôlant simultanément pour toutes les autres variables susceptibles d’influencer ces scores. Seule une telle approche peut permettre de déterminer l’effet du système éducatif sur les résultats obtenus par les élèves.
L'influence des facteurs personnels
Ce type d’analyse démontre, par exemple, que si la langue parlée à la maison correspond à celle du test PISA, l’élève obtient un score nettement plus élevé en lecture (+6%). Elle met aussi en exergue que les filles obtiennent, toutes choses égales par ailleurs, des scores plus élevés que les garçons en lecture mais plus faibles en mathématique ou en sciences. En ce qui concerne les variables socio-démographiques, cette analyse indique que les enfants issus de familles monoparentales obtiennent des scores inférieurs à ceux vivant dans une famille nucléaire. De plus, les élèves dont les parents ont atteint un niveau d’éducation supérieur à la scolarité obligatoire obtiennent des scores supérieurs aux autres enfants.
L'importance des maîtres ... et de l'école
Si l’on se concentre sur les variables qui caractérisent l’école, on constate que le niveau de qualification des professeurs a un impact positif très substantiel sur les scores obtenus en lecture (+11,4%), confirmant l’importance de la formation des enseignants. Et ce qui est vrai pour la lecture l’est aussi pour les autres branches. Enfin, la localisation de l’école a un effet significatif sur le score. Ainsi, les élèves qui habitent les régions du Nord-Ouest de la Suisse (+6,5%), la région centrale (+5,7%) et orientale (+4,5%) réussissent mieux en lecture que les écoliers romands. Ce résultat est intéressant car il contredit les résultats énoncés par le rapport national PISA qui conclut, sur la base des seules moyennes, que les romands sont meilleurs en lecture que les alémaniques et les Suisses italiens !
L'école doit aussi préparer les élèves aux transitions futures !
Si l’analyse des données PISA est extrêmement utile pour comprendre les disparités cantonales, il faut reconnaître que la mission de l’école ne se limite pas à faire en sorte que les élèves atteignent des scores élevés à la fin de leur scolarité obligatoire dans trois branches, certes importantes, mais qui ne déterminent pas tout le devenir des élèves. Il est tout aussi important que l’école puisse faciliter la transition des élèves vers d’autres formations ou vers le marché du travail. L’efficacité du système scolaire doit donc être appréciée plus globalement, en fonction aussi de la réussite des transitions futures. Cette analyse reste à faire. Elle nécessite des données longitudinales qui permettent de suivre l’élève au-delà de sa scolarité obligatoire. De telles informations seraient bien utiles pour élaborer les politiques éducatives dans notre pays et juger de leur réelle efficacité.


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