L'homo economicus a mauvaise réputation. Selon la théorie classique, ce serait un être rationnel, insensible à ses émotions, agissant en connaissances de toutes les informations disponibles et ne changeant jamais ses préférences. L'être humain est-il vraiment cet homo economicus. Le prix Nobel Daniel Kahneman, père de l'économie comportementale, fait une analyse complètement différente qu'il présente dans un ouvrage qui promet d'être une référence [1]. C'est en effet le premier livre de ce chercheur israélo-américain qui ne soit pas destiné à des spécialistes.
Le "roi de l'erreur humaine", pour reprendre l'image du magazine "Vanity Fair", estime que le système de pensée de l'homme l'amène à commettre quantité d'erreurs. Un exemple? Deux objets coûtent au total 1,10 franc. L'un coûte 1 franc de moins que l'autre. Que coûte ce dernier? A cette question, la moitié des étudiants de Harvard répondent 10 centimes. Ils répondent en se fiant à leur intuition, mais ils ont tort. S'ils se concentraient et réfléchissaient davantage, ils verraient qu'il s'agit de 5 centimes. La réponse immédiate vient du héros du livre de Kahnemann, l'agent "système 1".
Même s'il agit sans effort, le "système 1" a généralement raison et nous aide fréquemment à résoudre les problèmes de la vie quotidienne. Mais il est souvent mis en difficultés, soumis à ses impressions premières et ses sentiments. Il a alors besoin de l'agent "système 2", lequel agit en système de contrôle et en vertu de son effort d'attention. Les deux coopèrent pour le bienfait d'un homme qui apparaît plus raisonnable que rationnel.
Daniel Kahneman ne cherche pas à dénigrer l'intelligence humaine, mais il expose en détail et de façon très structurée les innombrables biais de notre intuition, de notre système de pensée et de nos choix.
Le livre de Daniel Kahneman distingue non seulement les systèmes 1 et 2 mais aussi entre deux "moi", celui de l'expérience et de la mémoire -ce dernier ignore la notion de durée et privilégie à la fois le moment le plus fort d'une expérience et le dernier instant- et entre l'économie classique et l'économie comportementale (behavioral economics).
Le livre est agrémenté d'innombrables jeux et de présentations d'expériences que l'auteur a réalisées avec son compère Amos Tversky. L'auteur déclare, dans l'introduction, ne chercher qu'à "enrichir le vocabulaire des gens lorsqu'ils parlent des jugements et des choix des autres". Mais il dépasse largement son objectif. Il présente l'essentiel de ses théories et décrypte dans le détail la façon de penser et d'effectuer des choix.
Il critique non seulement la théorie classique, mais aussi celle de l'école de Chicago et de Milton Friedman. Il plaide, dans sa conclusion, pour une approche paternaliste du rôle de l'Etat, afin d'aider l'individu dans ses choix. A son avis, il faut faire accepter une perte à court terme pour bénéficier d'un gain à long terme. Sans ce soutien, l'individu est susceptible de devoir supporter les coûts de ses erreurs, lui même ou la société. La crise financière, et la question de l'aléa moral, semblent appuyer ce jugement.
[1] Thinking fast and slow, Daniel Kahneman, Allen Lane, 498 pages, 2011.
Voici quelques liens supplémentaires sur le sujet de l’économie comportementale:
- The King of Human Error (Vanity Fair, 14 novembre 2011)
- Economie et psychologie: une longue histoire (Rationalité Limité, janvier 2010)
- Eco Psycho, site internet consacré à la psychologique économique (Emmanuel Petit, Université de Bordeaux)
- Articles de blog d’iconomix sur le thème de l’économie comportementale


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