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L’effet vacances, ce père Noël des marchés
Economie comportementale
Les hommes et l’économie
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L’effet vacances, ce père Noël des marchés
mercredi 12 décembre 2018

Les marchés financiers connaissent certaines anomalies, dont une à Noël. Explications.

Source: Pixabay

L’hypothèse d’efficience des marchés financiers est centrale en finance moderne. Elle affirme que les prix des titres financiers incorporent en tout temps et correctement toute l’information pertinente disponible. En d’autres termes, nul ne devrait être en mesure de battre systématiquement les marchés boursiers.

Anomalies de calendrier

Pourtant, des phénomènes bien connus à Wall Street constituent certaines anomalies. Le mois de septembre, par exemple, est un mois traditionnellement peu rentable. Le mois de janvier, quant à lui, est réputé lucratif. Tandis que «l’effet septembre» reste largement inexpliqué, «l’effet janvier» serait dû à des raisons fiscales. Les investisseurs américains ont en effet tendance à liquider leurs titres à perte en décembre pour bénéficier de réductions d’impôts, puis à réinvestir leur argent en janvier, boostant ainsi le prix des actions.

Comme le montre le tableau ci-dessus, un dollar investi dans l’indice américain S&P 500 entre 1950 et 2018 aurait rapporté 160.48 dollars. Ce même dollar, investi toute l’année sauf les mois de septembre, en aurait rapporté 237.09! Aussi, le malchanceux qui n’aurait placé son dollar que les mois de septembre en aurait tiré 68 cents… Il semblerait donc que le mois de l’année est un prédicteur du rendement, mettant partiellement en échec l’hypothèses d’efficience des marchés.

D’ailleurs, un adage à Wall Street dit «Sell in May and Go Away!», faisant référence à la performance relative des mois froids par rapport aux mois chauds. Ainsi, comme le montre le tableau ci-dessus, un dollar investi dès 1950 dans le S&P 500 uniquement les mois de novembre à avril en valait 79.88 en 2018, contre 2 malheureux dollars pour les mois de mai à octobre. Comme on peut le constater sur le graphique suivant, cette différence est due au fait que les mois de mai à octobre, hormis juillet, ont été les moins rentables sur cette période: 

L’effet vacances

Une autre anomalie de calendrier a été observée: l’effet vacances. Ce dernier stipule que la veille d’un jour de congé est relativement plus profitable sur les marchés financiers que d’ordinaire.

Comme le montre le tableau ci-dessus, entre 1950 et 2018, le rendement journalier moyen du S&P 500 a été de 0.035%. Si l’on ne considère que les jours précédant un jour de congé fédéral aux USA (huit au total), alors ce rendement passe à 0.16%. Cela signifie qu’un investissement réalisé la veille d’un jour férié rapporte entre 4 à 5 fois plus, en moyenne, que le reste de l’année! Et la veille de Noël n’y échappe pas, affichant un rendement moyen de 0.14%.

Des phénomènes peu expliqués

Les raisons pour lesquelles les marchés financiers dévient ci et là de l’hypothèse d’efficience ne sont pas toujours claires. En règle générale, de telles déviations représentent des opportunités d’investissement, qui, une fois connues du public, sont saisies par les investisseurs jusqu’à leur épuisement. Le marché est alors «réparé».

Dès lors, comment expliquer la présence répétée de telles anomalies de calendrier, malgré qu’elle soient connues des investisseurs? Une explication est la prophétie auto-réalisatrice: la croyance (initialement infondée) que le mois de septembre est risqué aurait pour effet d’inciter les investisseurs à liquider leurs actifs à ce moment-là, causant une baisse générale des rendements et confirmant ainsi leur «prophétie».

Qu’en est-il alors des vacances et jours fériés? Certains économistes avancent qu’un phénomène d’inattention limiterait la capacité des marchés financiers à incorporer les nouvelles aussi rapidement qu’en temps normal. Lorsqu’ils sont en vacances, les traders liraient moins le journal, suivraient moins la politique, ou simplement se refuseraient à travailler.

Il est en outre plausible que l’euphorie présente chez les investisseurs la veille de congés (et en particulier de Noël) ait pour effet de stimuler leur optimise à l’égard des marchés, causant une hausse générale du prix des actions.

Un cadeau de Noël pas comme les autres

La finance comportementale est la discipline des sciences économiques qui s’intéresse à ce genre de phénomènes. À l’heure actuelle, il demeure encore extrêmement difficile d’expliquer toutes les anomalies qui gouvernement les marchés.

Quoi qu’il en soit, la veille de Noël est un jour traditionnellement rentable, et il est probable que l’histoire se répète en 2018. Aviez-vous déjà pensé offrir à vos proches des actions comme cadeau de Noël? Osez le pas cette année afin que, peut-être, ils puissent s’en acheter de plus beaux.

Pour en savoir plus

Cet article est une contribution d’un invité. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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