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Éducation et salaire: étudier, ça rapporte?
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Éducation et salaire: étudier, ça rapporte?
lundi 03 septembre 2018

Quels sont les gains liés à l’éducation? Comment les mesure-t-on?

Source: StockSnap - Pixabay

L’éducation est un investissement intéressant. En effet, l’individu en retire un profit (accroissement de sa liberté individuelle, réduction de la pénibilité de l’emploi et augmentation des revenus). Mais la société également (accroissement de la mobilité sociale, de la productivité et stimulation de la croissance économique).

Un investissement pas comme les autres

Deux théories coexistent quant aux mécanismes selon lesquels l’éducation provoquerait une augmentation du revenu:

  1. La théorie du capital humain (Gary Becker, prix Nobel d’économie en 1992)
  2. La théorie du signal (Michael Spence)

Selon la première, l’éducation fournit des compétences et savoirs qui augmentent la productivité de celui qui la reçoit. La deuxième, en revanche, avance que l’école n’a aucun impact sur ses capacités, mais qu’elle permet de certifier ses aptitudes auprès des employeurs.

Dans les deux cas, s’éduquer constitue un choix de renoncer à des ressources aujourd’hui (salaire de base, argent dépensé en frais scolaires, loisirs) dans l’espoir d’en retirer davantage demain (salaire plus élevé, épanouissement au travail, flexibilité): c’est la définition même d’un investissement. Bien qu’il se déprécie, car il souffre d’obsolescence en présence de progrès technologique, cet investissement est unique en ce qu’il ne se vend pas – il se loue!

Ainsi, comme tout investissement, il convient d’en mesurer la profitabilité. Mais comment s’y prendre?

Une mesure délicate

Idéalement, les économistes souhaiteraient pouvoir cloner un individu et le faire étudier une année supplémentaire. En comparant les deux salaires à l’arrivée, ils seraient capables d’identifier avec certitude l’effet d’une année d’école en plus sur la rémunération. En répétant l’expérience sur une population plus grande, ils produiraient une mesure fiable des rendements liés à l’éducation en fonction de la discipline, du diplôme suivi et des caractéristiques individuelles (sexe, capacités cognitives, background socioéconomique).

En l’absence de clones, les économistes ont développé des techniques statistiques sophistiquées. En comparant des individus aux caractéristiques aussi similaires que possible (à l’exception de leur éducation), ils parviennent à fournir des estimations fiables des bénéfices privés liés à l’éducation.

Mais qu’en est-il des bénéfices publics? Parmi une multitude de canaux de transmission des gains privés de l’éducation à la société toute entière, les plus notables sont le progrès technologique, la réduction de la criminalité, l’amélioration de la santé et l’augmentation de la participation à la vie politique. En outre, l’éducation provoquerait une hausse de la croissance (jusqu’à 25% selon certaines études).

De fortes différences entre pays

De manière générale, on estime à 10% le taux de rendement moyen d’une année d’éducation supplémentaire dans le monde. Cela veut dire que l’on peut espérer une augmentation salariale de 10% pour chaque année de plus passée à étudier:

Mais comme le montre le tableau ci-dessus, il existe une forte variabilité entre les régions du monde. Tandis que les pays de l’OCDE affichent un nombre d’années d’études élevé (9 ans en moyenne), ils ont le taux de rendement le plus bas (7.5%). À l’inverse, c’est en Amérique latine et en Afrique subsaharienne, où le niveau d’éducation moyen est le plus bas (8.2 et 7.3 ans respectivement), que l’on gagne le plus à s’éduquer (11.7% et 12% respectivement).

Pas étonnant, si l’on considère que le capital humain répond au principe de rendements marginaux décroissants: les gains à l’éducation seront bien plus élevés là où peu de capital humain est disponible (rareté de la main d’œuvre qualifiée)! Dans la même logique, les femmes bénéficient d’un taux plus élevé que les hommes (9.8% respectivement 8.7%).

Coup d’œil sur les chiffres suisses

En Suisse, les rendements liés à l’éducation sont estimés à 7.5%. Cela se situe en dessous de la moyenne de l’OCDE, et reflète un niveau général d’éducation élevé. Il semblerait en revanche que le taux soit le même pour les hommes et les femmes.

L’Office fédéral de la statistique (OFS) a publié, l’année passée, les résultats d’une enquête menée auprès des diplômés de hautes écoles pour établir leur insertion sur le marché du travail un et cinq ans après l’obtention de leur diplôme.

Le graphique ci-dessus nous apprend que les titulaires d’un master et ceux d’un bachelor gagnent un salaire médian identique un an après l’obtention de leur diplôme. Mais lorsque l’on s’intéresse aux revenus cinq ans après l’obtention du diplôme, on s’aperçoit que la progression est plus forte pour les personnes ayant un master (22.5%) que pour celles ayant un bachelor (13%). Cumulés sur toute sa carrière, les revenus d’un bachelier s’élèveraient à 3.45 millions de francs, contre 3.71 millions pour le titulaire d’un master, soit 7.5% de plus. Bien sûr, ce calcul est simpliste: il ne tient pas compte de la progression salariale additionnelle, ni des gains liés à l’épargne. Il illustre toutefois bien comment de faibles différences a priori mènent à de fortes variations a posteriori, et témoigne de la difficulté liée à la production d’une mesure de rendement fiable.

Un investissement rentable

Il n’est guère facile de mesurer les gains liés à l’éducation, mais s’il y a un chiffre à retenir, c’est que chaque année d’études supplémentaire rapporte en moyenne 10% d’augmentation salariale. La Suisse est un pays relativement éduqué en comparaison internationale et soumet ainsi ses travailleurs à une concurrence plus rude. Les rendements résultants y sont donc plus bas.

Mais pas d’inquiétude, l’éducation restera toujours un investissement rentable, tant par l’importance des bénéfices sociaux qui en émane, que par ce qu’il rapporte de non monétaire. Car ce que les économistes mesurent mal, c’est le bonheur. Et il ne fait nul doute que l’épanouissement au travail issu d’une éducation bien choisie y contribue!

Pour en savoir plus

Cet article est une contribution d’un invité. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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