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Femmes et hommes – 100% égaux au travail?
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Femmes et hommes – 100% égaux au travail?
jeudi 25 juin 2015

Neuf indicateurs qui vous permettront de mieux cerner les enjeux liés à l’égalité des sexes dans le monde du travail aujourd’hui.

 

Source: Sergey Nivens, kozzi.com

Depuis l’instauration du suffrage féminin en Suisse en 1971, beaucoup de progrès ont été accomplis dans le domaine de l’égalité hommes-femmes. Le principe de l’égalité des droits entre femmes et hommes est ancré dans la Constitution depuis plus de 30 ans et il s’est vu concrétiser dans une loi fédérale sur l'égalité en 1996. Au niveau salarial, l’art. 8 (al.3) Cst. exige un salaire égal pour un travail de valeur égale. Un Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes (BFEG) a même été institué en 1988.

Pourtant, force est de constater que, dans les faits, l’égalité n’est toujours pas atteinte dans tous les domaines – en particulier dans le monde professionnel.

The Economist a choisi neuf indicateurs et les a combinés pour en tirer un index qui permet de comparer les pays entre eux par rapport à l'égalité des chances au travail que ces derniers offrent. Le score de chaque pays est une moyenne pondérée de leurs performances respectives sur ces neuf indicateurs. Le lecteur a la possibilité de modifier le poids de chaque facteur à sa guise, ce qui modifie sensiblement l’ordre du classement. Dans la configuration initiale, la Suisse est en queue de classement, après la République Tchèque et juste avant la Turquie, le Japon et la Corée du Sud.

État des lieux concernant la Suisse

  • Disparités entre les sexes en matière d’éducation tertiaire
    Le calcul: taux de femmes - taux d’hommes disposant d’une formation de degré tertiaire (tranche d’âge: 25-64 ans).
    L’écart: -12,5 points de pourcentage en Suisse en 2013.

    Les femmes âgées de 25 à 64 ans continuent donc à avoir un niveau de formation plus bas que celui des hommes. Cette différence tend néanmoins à s’amenuiser selon le BFEG et l’OFS. Une telle différence explique en partie les écarts salariaux entre hommes et femmes.

  • Candidatures au Graduate Management Admission Test (GMAT)
    La part des candidatures féminines au GMAT n’était que de 30,5% en Suisse sur la période 2013-2014. Ce test standardisé est très souvent requis pour poursuivre des études à l'étranger qui mènent à un MBA. Le fait que le taux soit si bas pour les femmes montre que celles-ci sont moins représentées dans ce type de filières.
  • Participation au marché du travail
    Le calcul: taux de participation des femmes - taux de participation des hommes.
    L’écart était de -10,6 points de pourcentage en 2013. Les femmes sont donc, en proportion, moins actives sur le marché du travail que les hommes.
  • Écart salarial
    Le calcul: (salaire médian masculin - salaire médian féminin)/salaire médian masculin.
    Cet écart était, selon The Economist, de 18,5% en Suisse en 2011. A noter que cette différence a encore augmenté pour se fixer à 18,9% en 2012 (date des dernières données mises à disposition par l’OFS).

    Il convient ici de ne pas confondre «inégalité salariale» avec «discrimination salariale». En effet, plus de 60% de l’écart salarial moyen entre hommes et femmes repose sur des facteurs «objectifs» (expérience, nombre d’années de services, niveau de formation, niveau d’exigences, secteur économique,…). Une fois ces facteurs objectifs pris en compte, la discrimination salariale, résultant de facteurs non expliqués, se monte à 8,7% en Suisse, ce qui représente, en moyenne, un manque à gagner de 677 CHF par mois pour les femmes selon l’OFS et le BFEG.
  • Frais de garde
    Les frais nets liés à la garde de son enfant se monteraient, selon The Economist, à 41,2% du salaire moyen en Suisse. De quoi se demander si cela vaut vraiment la peine de travailler!
  • Congé maternité payé
    L’Organisation mondiale du travail recommande un congé maternité d’au moins 14 semaines. Cela augmenterait le taux de participation des femmes au marché du travail. La Suisse n’en est pas si loin puisqu’elle octroie un congé de maternité de 14 semaines aux mamans durant lesquelles ces dernières sont rémunérées à 80% au moins, ce qui représente 11.2 semaines de salaire à 100% (chiffre utilisé par The Economist). Les entreprises peuvent, sur une base volontaire, octroyer plus de 80% du salaire à leurs employées, ce qui arrive assez souvent.

    Le congé paternité, par contre, n’est prévu dans aucune loi fédérale. Et pourtant ces congés amélioreraient l’égalité des chances au travail. En effet, si les deux sexes sont susceptibles de prendre des congés pour s’occuper de leurs enfants en bas âge, l’employeur sera moins tenté de discriminer les femmes.

    De nombreux pays ont déjà introduit des courtes périodes de congé paternité et un nombre croissant de femmes cèdent une partie de leur congé maternité à leur partenaire pour retourner travailler.
  • Présence des femmes dans les fonctions économiques dirigeantes
    La part des femmes exerçant une fonction dirigeante dans l’économie suisse s’élève à 33%. Selon un rapport de l’OFS, cette inégalité persiste même lorsque les hommes et les femmes ont un niveau de formation égal. Cela s’explique probablement par le fait que les femmes endossent souvent plus de responsabilités domestiques que leur conjoint. Cela limiterait la marge de manœuvre des femmes et la possibilité d’ac­cumuler une expérience professionnelle suffisante.
  • Représentation dans la politique
    Le constat est semblable à celui de l’indicateur précédent: les femmes restent, malheureusement, encore trop peu représentées au sein des autorités politiques. Le pourcentage de femmes au Conseil national était de 30,5% en janvier 2015 (indicateur utilisé par The Economist).

    La statistique concernant le Conseil des États est au demeurant encore plus faible puisque seules 9 femmes sur 46 députés y siègent actuellement, ce qui correspond à un pourcentage de 19,5%. L’OFS nous fournit des statistiques encore plus détaillées, à savoir le pourcentage de femmes dans les exécutifs cantonaux (24%, 10.05.2015) et dans les parlements cantonaux (25,7%, 10.05.2015). En scrutant le site du parlement, on y apprend même que 7 cantons n’ont aucune députée à Berne; quant au canton du Valais, une seule femme le représente au Conseil national (aucune au Conseil des États).

    Malgré la reconnaissance formelle de l’égalité des droits politiques entre hommes et femmes, les femmes semblent encore peiner à concilier les charges familiales avec un mandat politique, ce qui est en partie dû au calendrier et aux structures organisationnelles parfois trop contraignantes.
  • Représentation des femmes dans les Conseils d’administration
    13,9% en 2014 (chiffre sur lequel se base The Economist), 15% en 2015. Un chiffre beaucoup trop faible!

    À l’heure où certains parlent d’imposer des quotas aux entreprises, l’Union patronale suisse publie un catalogue de 400 femmes prêtes à siéger dans des Conseils d’administration dans le but d’y doubler leur présence d’ici à 2020.

En guise de conclusion…

Au vu de tous ces indicateurs indexés par The Economist, on peut constater que la Suisse a encore du chemin à parcourir en ce qui concerne l’égalité des chances au travail entre hommes et femmes!

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Pour en savoir plus:

Noémie Roten,
Diplômée en économie politique de l’Université de St-Gall.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

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