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Un Röstigraben des mauvais payeurs?
mercredi 29 avril 2015

Tel est le nouveau constat d’une étude récente du CRIF, mais est-ce vraiment le cas?

 

Source: NZZ

Une nouvelle illustration de la moralité des payeurs en Suisse…

Le CRIF, une société indépendante privée spécialisée dans le domaine du crédit, a analysé le taux de débiteurs en Suisse. L’étude porte sur certains cantons et grandes villes de Suisse. Un débiteur est défini comme un particulier présentant des faillites, des actes de défaut de biens ou des réquisitions en continuation. L’agence de crédit a évalué le taux de débiteurs suisses à 5.5%.

Selon cette étude, les citadins ont davantage recours au crédit que les gens vivant en campagne. Par exemple, le taux de débiteurs de la ville de Bienne s’élève à 10.3%, tandis que ce même taux pour le canton de Berne est de 4.8%. Le fossé ville-campagne n’est pas la seule différence illustrée, on constate également que la Suisse romande et tessinoise possède une plus grande proportion de débiteurs que la Suisse alémanique. Les plus mauvais payeurs sont les Neuchâtelois et les Genevois avec un taux de 9% chacun. A l’opposé, les meilleurs payeurs se situent dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures avec un taux de seulement 1.2%. Les cantons de Bâle-Ville et Soleure se trouvent néanmoins du «mauvais» côté de la barrière de rösti avec un taux situé entre 6 et 7%.

…mais les Romands sont-ils vraiment de plus mauvais payeurs?

La région linguistique est-elle vraiment déterminante? Peut-être pas. Comme l’étude ne fait état d’aucune marge d’erreur, il est difficile de comparer les moyennes entre elles car celles-ci peuvent simplement refléter des différences d’échantillonnage.

Toutefois, l’Office fédéral de la statistique (OFS) s’est également intéressé à la problématique de l’endettement, dans le cadre de son enquête annuelle sur les revenus et les conditions de vie des ménages en Suisse (SILC). On remarque alors, qu’en 2008, 18.2% des Suisses vivait dans un ménage avec des crédits (sans tenir compte des hypothèques sur le logement principal) dont le plus fréquent est le leasing pour véhicule. Ce taux est relativement bas en comparaison européenne (28.2% dans l’UE). Néanmoins, avoir un crédit n’est pas nécessairement synonyme de problèmes financiers et, pour se faire une idée plus précise, l’OFS s’est intéressé à la situation d’endettement par rapport aux crédits et arriérés de paiement. Le graphique ci-dessous indique les pourcentages relatifs en fonction de la région linguistique avec leur marge d’erreur (intervalle de confiance à 95%) pour une série de questions.

Source: Représentation personnelle à partir des données de l'OFS.

Le premier constat est que les Romands et Tessinois empruntent significativement plus que leurs compatriotes alémaniques (l’enquête évalue comme risque d’endettement sévère «la présence cumulée d’au moins un crédit et de découverts bancaires ou d’arriérés de paiement critiques»). En revanche, on ne peut pas conclure de façon significative qu’il existe une différence entre Romands et Alémaniques en ce qui concerne la proportion de comptes à découvert et les impayés ou retard sur carte de crédit. De plus, au niveau socio-démographique, l’enquête nous informe que l’endettement est un problème plus critique pour les personnes âgées de moins de 50 ans, les familles avec enfants et les étrangers. Concernant le type d’arriérés de paiements, les impayés d’impôts sont les plus fréquents, viennent ensuite les arriérés sur emprunt non-immobiliers et les factures courantes.

La problématique de l’endettement des ménages

Y a-t-il vraiment un lien causal entre la moralité des payeurs et la région linguistique? N’y a-t-il pas plutôt des différences démographiques et des inégalités? La question reste ouverte. Néanmoins, on remarque que la région linguistique est loin d’être la variable la plus pertinente pour évoquer l’endettement des ménages en Suisse. Intrum Justitia, le principal prestataire d’informations économiques et de recouvrement en Suisse et en Europe, propose d’ailleurs un examen annuel de l’endettement en Suisse. Cette étude constate également la différence entre les citadins et les personnes vivant à la campagne en termes de risque d’endettement, mais ne fait pas état de l’existence d’une barrière de rösti. L’étude met surtout en lumière l’endettement des jeunes, qui représente la catégorie de personnes la plus exposée à ce risque. Et quel est le principal coupable de cet endettement? Les factures de mobile!

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Pour en savoir plus:

Maude Lavanchy,
Doctorante en sciences économiques et assistante à l’Université de Lausanne.

Cet article est une contribution d’une invitée. Son contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur. 

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