iconomix

Banque National Suisse

Vendredi, 05 mars 2010,
10:29

Leçons de la crise – partie III: le modèle d’affaires des banques

Les deux plus grandes banques de Suisse disposent actuellement d’un taux de fonds propres (= fonds propres / total du bilan) de respectivement 4.1% et 3.5%. Ces valeurs correspondent à moins d’un cinquième du taux moyen d’autres secteurs économiques. Comment les banques peuvent-elles apparaître comme des acteurs financièrement sains et des débiteurs solvables avec si peu de fonds propres?

La réponse se trouve dans les modèle d’affaires des banques. Traditionnellement, les banques commerciales reçoivent des capitaux sous la forme de dépôts et accorde des crédits. Elles assurent également le trafic des paiements. Leurs propres prestations consistent à utiliser de manière productive le capital étranger accumulé. Par définition, leur modèle d’affaires repose donc sur le capital étranger – une banque avec 100% de fonds propres n’est pas une banque.

Le bénéfice d’une banque provient du rendement des capitaux étrangers «réinvestis» et des commissions. La marge réalisée est souvent faible, mais la banque dispose d’un avantage lié au volume de ses affaires: en gérant un grand nombres de dépôts et de crédits, elle profite d’économies d’échelle et peut ainsi réaliser un bénéfice.

Le besoin de croissance des banques est donc compréhensible. D’un point de vue économique, il est d’ailleurs rationnel de rechercher les investissements les plus rentables pour les capitaux disponibles. Ainsi, de nombreuses banques commerciales sont également actives sur les marchés financiers, et développent ainsi des activités de banques d’investissement – avec les conséquences dramatiques observées dans le cadre de la crise financière. Les affaires liées aux titres, regroupées dans la banque d’investissement, sont certes plus lucratives mais aussi plus risquées.

Pour que le rôle conservateur des activités de dépôts et de crédits – vital pour une économie – ne soit plus menacé à l’avenir par les activités risquées liées aux marchés financiers, les deux domaines devraient être légalement séparés: c’est du moins ce que recommande Paul Volcker, ancien président de la banque centrale des États-Unis (Federal reserve)*. Cette mesure était d’ailleurs en vigueur aux États-Unis entre 1933 et 1999. Pour la Suisse, une pratique aussi radicale représenterait une nouveauté. Dans le cas d’une crise, l’État pourrait ainsi sauver les banques commerciales tandis que les banques d’investissement seraient laissées aux lois du marché.

Le gouverneur de la banque centrale de la Grande-Bretagne, Mervin King, image cette proposition à l’aide de l’exemple suivant**: «Les banques commerciales sont semblables aux fournisseurs d’électricité. Leur mission est de fournir du courant – le capital – à l’économie de manière fiable. En cas d’urgence, elles peuvent demander l’aide de l’État. En contrepartie, elles doivent se contenter d’une marge de profit à un chiffre, tout comme les fournisseurs d’électricité. Les banques d’investissement sont par contre comme des casinos. Elles gagnent beaucoup dans un bon jour. Mais dans un mauvais jour, elles doivent pouvoir faire faillite.»

Cet exemple démontre le paradoxe de la problématique du «too big to failhttp://www.iconomix.ch/Blog». Parce qu’elles assurent une fonction essentielle dans l’économie nationale, les grandes banques peuvent compter sur une garantie implicite de l’État. Tout en bénéficiant ainsi d’une réputation financière excellente, elles peuvent en même temps s’engager dans des investissements risqués pour réaliser d’importants bénéfices qui seront distribués à leurs actionnaires.

Il est dès lors aisément compréhensible que les banques ne renonceront pas sans résistance à cette confortable situation.

Pour l’équipe d‘iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann

 

* UCHITELLE L. (2009), «Volcker Fails to Sell a Bank Strategywww.nytimes.com/...», The New York Times.
** KING M. (2009), «Speech to Scottish Business Organisationsfbkfinanzwirtschaft.files.wordpress.com/...», Edinburgh.

Pour en savoir plus:
– iconomix-Blog du 01.03.10: «Pourquoi sauve-t-on les banques et pas les opérateurs de téléphonie mobile?http://www.iconomix.ch/Blog»

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