iconomix

Banque National Suisse

Lundi, 28 juin 2010,
09:31

Ghana: pas à pas vers le succès

Avec leurs capacités athlétiques, techniques et tactiques, les équipes africaines sont proches du sommet de la hiérarchie, selon Otto Rehagel, entraîneur de la Grèce. La performance de l’équipe du Ghana et de ses «Blacks Stars», qualifié pour les quarts de final de la coupe du monde, lui donne raison.

Le football n’est bien évidemment pas le seul domaine dans lequel les pays d’Afrique s’améliorent. Dans le domaine financier, la population possède aujourd’hui un meilleur accès aux services financiers qu’auparavant, notamment grâce à l’apparition de la microfinance.

Microfinance? Revenons en arrière.

Depuis longtemps, la population du Ghana utilise les systèmes financiers informels comme celui des collecteurs «susu». Ces «banquiers mobiles», qui opèrent souvent depuis des kiosques, connaissent leurs clients personnellement et leur rendent visite chaque jour pour collecter de petits montants d’épargne. A la fin du mois, les clients récupèrent leur épargne, après déduction d’une commission. A tour de rôle, les clients peuvent obtenir l’ensemble des montants collectés sous la forme d’un crédit à rembourser par leurs contributions lors des prochains tours*.

Les systèmes financiers informels atteignent 1,2 million de personnes au Ghana – mais ils offrent peu de flexibilité, sont limités localement et n’introduisent pas de moyens financiers externes dans la communauté.

Mais les banques d’affaires ne réussissent pas non plus.

Pour les banques à la recherche d’un profit, les services aux petits clients ne valent guère la peine. La vérification de la solvabilité de ces clients entraîne des frais administratifs élevés et réduit la marge bénéficiaire. Dans une situation où les petits clients ne peuvent pas offrir de garanties, un taux d’intérêt élevé ne constitue pas une mesure de protection suffisante. Il peut même se révéler contre-productif, car il exclut du marché les emprunteurs solvables, alors que leurs projets génèrent pourtant un rendement suffisant**.

Au Ghana, seulement 5% des foyers ont accès au système bancaire ordinaire – les services financiers formels sont inaccessibles pour la majorité des personnes.

La microfinance essaie de pallier ce manque.

Opérée par des institutions qui ont accès au marché financier formel, la microfinance utilise des méthodes orientées vers la communauté. L’une de ces méthodes est l’octroi de crédits à des groupes: par exemple, les emprunteurs d’un même village sont solidairement responsables pour le remboursement de leurs crédits individuels. Cela permet d’augmenter le taux de remboursement. Grâce au contrôle social et à la coopération, 95% des emprunteurs parviennent à rembourser leurs crédits – ce qui permet en retour à l’institution financière de baisser les taux d’intérêt.

Filiale de la banque de microfinance Sinapi Aba à Accra

Au début, les institutions de microfinance ne prêtent que de petites sommes à un emprunteur. La relation évolue ensuite pas à pas. Les institutions attendent de voir qu’un bon usage est fait de l’argent emprunté avant d’envisager une planification des investissements et une augmentation des crédits octroyés. Les crédits permettent de rénover des maisons, d’investir dans l’agriculture ou de développer des micro-entreprises. Dans ce contexte, la coopération entre les institutions de microfinance et les femmes s’est révélée particulièrement efficace.

Entre 300'000 et 500'000 clients profitent aujourd’hui des services de la microfinance au Ghana. De nombreuses institutions survivent cependant grâce aux subventions de l’Etat et des organisations d’aide au développement.

Pour l’équipe iconomix
Simon Schmid et Jean-Marc Huguenin

* ASIAMA J.P. (2007), Microfinance in Ghana: an Overviewwww.economicswebinstitute.org/..., Bank of Ghana.

** ARMENDARIZ DE AGHION B. & MORDUCH J. (2005), The Economics of Microfinancebooks.google.ch/..., Massachusetts Institute of Technology Press.

Jeudi, 24 juin 2010,
09:38

Côte d’Ivoire : investissements directs, effets incertains

Stable, cosmopolite et prospère: pendant longtemps, la Côte d’Ivoire a eu la réputation de l’économie modèle de l’Afrique de l’Ouest. L’ancien président Félix Houphouët-Boigny a mené un gouvernement autocrate ne tolérant pas d’opposition. La démocratie a été sacrifiée à l’ombre des gratte-ciel d’Abidjan et des plantations qui entourent la ville, symboles du succès économique. Entre 1960 et 1980, la Côte d’Ivoire a connu l’un des taux de croissance les plus élevés du monde*.

Durant cette période, les investissements directs étrangers ont joué un rôle déterminant. Des entreprises étrangères ont été encouragées à ouvrir des filiales ou à s’engager dans des joint-ventures en Côte d’Ivoire. Le capital et le savoir-faire étrangers ont contribué à la modernisation de l’agriculture et de l’industrie.

Dans la littérature, les investissements directs sont souvent considérés comme des mécanismes de transfert de technologie et de savoir-faire managérial. Les effets de débordement font profiter les entreprises domestiques – concurrents, fournisseurs, usineurs – des connaissances des investisseurs étrangers**.

Dans la pratique, les pays en développement n’ont pas toujours profité de ce genre d’avantages. Les investissements étrangers ont souvent été réalisés dans des branches comme l’industrie minière où ils ont peu contribué au progrès technologique. L’état des infrastructures et le degré d’éducation n’ont en outre que peu permis le transfert technologique auprès des entreprises locales***.

Dans les années 1980, la Côte d’Ivoire a connu les revers de la médaille des investissements directs. Suite à l’effondrement des prix du cacao et du café, les investisseurs étrangers ont quitté le pays; le savoir-faire et les emplois qu’ils avaient créés ont disparu; le volume des investissements s’est réduit de 94,7 à 21,7 millions de dollars entre 1980 et 1984.

Depuis les années 1990, les investissements directs ont repris. Cette fois-ci, ils sont effectués également dans des branches orientés vers les nouvelles technologies comme la télécommunication. Parmi les dix plus grandes sociétés étrangères apparaissent des entreprises comme Côte d’Ivoire Telecom (qui est détenu à 51% par France Télécom) ou Orange Côte d’Ivoire (qui appartient entièrement à Orange).

Et ils produisent les effets de débordement attendus: comme partout en Afrique, d’innombrables stands de marché se trouvent dans les rues d’Abidjan, où les passants peuvent téléphoner ou recharger le crédit de leur portable. Comme peu de foyers sont raccordés à un réseau téléphonique, la demande de services mobiles est forte – même des transactions financières sont parfois effectuées par téléphone mobile.

Pour l’équipe d’iconomix,
Simon Schmid et Jean-Marc Huguenin

* MEREDITH M. (2005), The Fate of Africawww.publicaffairsbooks.com/..., PublicAffairs, Perseus Books Group.

** ZIMMERMANN T.A. (2008), Les investissements directs: évolution actuelle en théorie, pratique et politiquewww.dievolkswirtschaft.ch/..., La Vie Economique, Berne.

*** UNITED NATIONS CONFERENCE ON TRADE AND DEVELOPMENT – UNCTAD – (2004), Country Profile: Côte d‘Ivoirewww.unctad.org/....

Mardi, 22 juin 2010,
11:54

La future détérioration de la dette publique

Le terme de faillite des Etats est, depuis la crise grecque, largement répandu dans les médias. La dette publique s'est fortement accrue à la suite de la crise financière et de l'intervention des Etats. En pourcentage du PIB, elle devrait dépasser 100% dans les pays industrialisés l'année prochaine. Pourtant, le pire est à venir selon un travail de recherchewww.bis.org/... de la BRIwww.bis.org*. Or cette haute autorité monétaire n'a pas coutume de dramatiser la situation. Pourtant les auteurs affirment que le vieillissement de la population, par ses effets sur les finances publiques, «crée encore un plus grand danger» que les implications de crise financière.

La détérioration résulte en partie des plans de relance massifs et coûteux réalisés pendant la crise financière. Ils représentent 13,2% du PIB des pays industrialisés, y compris l'injection de capitaux dans les banques et les achats de titres, mais sans les garanties de dettes. L'impact a été considérable sur les finances publiques: une détérioration de 20 à 30% du PIB en trois ans, selon la BRI. Sans une réaction énergique des pouvoir publics, la tendance ne s'améliorera pas de sitôt. Or la croissance économique est moindre dès que la dette publique s'approche de 100% du PIB.

Il est encore plus important de cerner la nature du problème, selon les auteurs. Elle n'est pas cyclique. Elle ne s'évaporera pas donc avec le retour de la croissance économique. Elle est structurelle. D'ailleurs ni l'emploi ni la croissance ne devraient rapidement retrouver leur niveau d'avant la crise, selon les auteurs de l'étude. Le déficit public est en effet de plus en plus lié au vieillissement démographique et à ses coûts en termes de santé et de retraite. Or le rapport entre la population active et les personnes à la retraite va progressivement se détériorer, spécialement au Japon, en Espagne, en Italie et en Grèce. Nous remarquerons que nous retrouvons les pays les plus visés actuellement.

Les prévisions à long terme sont très pessimistes si l'on intègre les promesses de financement liées au vieillissement, même si les auteurs prennent volontairement des hypothèses favorables telles que le maintien des taux d'intérêt actuels et une croissance économique revenant au niveau d'avant la grande récession.

D'ici 2020, le déficit budgétaire augmenterait de 13% du PIB en Irlande, 8 à 10% aux Etats-Unis, Royaume-Uni, Japon, Espagne et 3 à 7% en Allemagne, Grèce et au Portugal. Cette détérioration augmenterait encore le fardeau de la dette et le ferait  grimper à 300% du PIB au Japon, 200% au Royaume-Uni et 150% aux Etats-Unis, France, Italie et Grèce. Ce n'est naturellement pas durable.

Les efforts exigés sont importants. Mais pour que les mesures sur les engagements de l'Etat liés au vieillissement ne pénalisent pas la conjoncture, mieux vaut un relèvement de l'âge de la retraite qu'une hausse des impôts.

* CECCHETTI S.G., MOHANTY M.S. & ZAMPOLI F. (2010), The future of public debt: prospects ans implicationswww.bis.org/..., Bank for International Settlements, Working Paper No 300.

Jeudi, 17 juin 2010,
07:45

Shopping le dimanche?

Ce qui va de soi dans de nombreux pays industrialisés demeure controversé en Suisse : les magasins doivent-ils être autorisés à ouvrir le dimanche? Plusieurs cantons offrent déjà la possibilité aux commerces d’ouvrir quatre dimanches par année, comme Neuchâtel par exemple. Les votations du 13 juin 2010 dans deux cantons ne permettent pas de trancher la question : si Soleure accepte à 54% d’augmenter de deux à quatre dimanches d’ouverture par année, le canton d’Argovie le refuse à 53,6%.

Les partisans de l’ouverture dominicale avancent l’accroissement des besoins des consommateurs. Au lieu d’avoir à subir le stress des achats en fin de journée à la sortie des bureaux, les clients pourraient tranquillement effectuer leurs courses le dimanche. Le shopping redeviendrait un plaisir, et l’envie d’acheter serait stimulée. Une augmentation des ventes et la création de places de travail en seraient les conséquences.

Les opposants à l’ouverture dominicale souhaitent défendre les intérêts des employés. Dans le canton de Lucerne, l’introduction de deux dimanches d’ouverture supplémentaires a été refusée sous prétexte que la paix du dimanche ne doit pas être entravée par le travail d’un jour ouvrable. Les parents dépendent particulièrement des dimanches et des jours fériés pour passer du temps avec leur famille*. Même s’ils étaient compensés par un autre jour ouvrable de congé pour le travail supplémentaire effectué le dimanche, la vie de famille en souffrirait.

L’effet positif ou négatif d’une ouverture dominicale dépend donc d’une combinaison de différents facteurs. Par exemple, il serait nécessaire de savoir si les consommateurs du dimanche conserveraient leurs habitudes d’achat durant le reste de la semaine. Autrement dit, la demande augmenterait-elle réellement? Et s’il y avait augmentation, serait-elle durable? En outre, et pour que cela vaille la peine d’ouvrir le dimanche, l’accroissement du chiffre d’affaires devrait être suffisant pour couvrir l’augmentation des coûts de personnel.

Pour beaucoup de Suisses, le dimanche demeure un jour de repos, comme le montre le résultat de la votation fédérale de novembre 2005 sur l’heure d’ouverture des commerces dans les centres de transport public. Le peuple acceptait alors à 50,6%www.bfs.admin.ch/... l’ouverture des magasins dans les gares et les aéroports le dimanche**.

Pour l’équipe d’iconomix,
Carolin Straus et Jean-Marc Huguenin

La réflexion autour de ce blog se poursuit dans l’édition de Politics-Economics de juin 2010http://www.iconomix.ch/fr/alacarte/detail/a015/journal/politics-economics-de-juin-2010/. Consultez les questions qui y sont proposées!

* SECO (2005), Volkswirtschaftliche Auswirkungen flexibler Ladenöffnungszeitenwww.seco.admin.ch/..., Bern (uniquement en allemand)

** LE TEMPS, 28 novembre 2005, Magasins ouverts le dimanche: un oui étriqué à la libéralisationwww.letemps.ch/....

Lundi, 14 juin 2010,
09:34

Portugal: la valeur économique d’un travailleur

«Donne un poisson à un homme, il mangera un jour.
Apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie.»

Ce proverbe chinois est beaucoup plus ancien que les premières théories de la croissance que la science économique a produites au 18ème et 19ème siècle. Mais son assertion est toujours valable: une économie ne croît pas seulement par les nouvelles technologies, mais avant tout par ceux qui les inventent et les utilisent.

L’économie moderne capte ce concept avec le terme de «capital humain». Il comprend l'ensemble des capacités, des connaissances et des compétences qu’un travailleur possède. Le capital humain peut être augmenté par l’éducation et l’expérience. Durant sa formation, une personne acquiert des capacités spécifiques qu’elle appliquera et améliorera durant sa vie professionnelle. Plus le capital humain est élevé, plus le travail est productif. Ainsi, un employé qualifié et expérimenté fournira plus de prestations par heure de travail qu’un débutant.

La quantité moyenne d’années de scolarité est une bonne mesure du niveau de formation d’un pays. Dans les pays industrialisés, elle est typiquement plus élevée que dans les autres*.

Mais l’éducation, comme la plupart des biens et services dans la vie, n’est pas gratuite. Un pays doit investir pour maintenir et faire progresser son capital humain. Pour cela, il augmente l’offre d’éducation, construit des écoles et forme des professeurs.

Des pays qui n’investissent pas assez dans leur capital humain connaissent un ralentissement de leur développement. Le Portugal l’a reconnu il y a quelques années lorsqu’il a décidé d’augmenter son investissement dans l’éducation. Aujourd’hui, les dépenses d’éducation du Portugal sont dans la moyenne des pays de l’OCDE. Mais, ces moyens sont-ils pour autant utilisés de manière efficiente? Des pays comme la Finlande ou les Pays-Bas ont des dépenses d’éducation comparables à celles du Portugal, mais leurs élèves obtiennent de meilleures performances. Ces deux pays sont classés dans les premières places de l’étude PISA de 2006, tandis que le Portugal figure à la 25ème place sur les 30 pays OCDE examinés**.

Comment l’expliquer? Le Portugal connaît une pénurie d’enseignants qualifiés, et la qualité de l’enseignement est insuffisante. Un élève sur cinq quitte toujours l’école sans diplôme***.

Pour l’équipe iconomix,
Carolin Straus et Jean-Marc Huguenin

* WEIL D.N. (2008), Economic Growthwww.econ.brown.edu/..., Addison Wesley.

** OCDE (2007), PISA 2006 – Les compétences scientifiques: un atout pour l’avenirwww.pisa.oecd.org/..., Paris.

*** Neue Zürcher Zeitung, 8 février 2010, Schulabbruch – Zeugnis des Scheiternswww.nzz.ch/....

Vendredi, 11 juin 2010,
15:04

Le Roi est mort, vive …

Dans son nouveau livre, «Le secret bancaire est mort, vive l’évasion fiscalewww.editionsfavre.com/...», Myret Zaki, journaliste au magazine économique Bilan, défend la thèse que l’évasion fiscale se passe de secret bancaire. En complément à l’ouvrage, de nombreux liens Internet vers des statistiques ou des bases légales sont proposés depuis le site des Editions Favre.

Dans la première partie de son ouvrage, Myret Zaki revient sur les assauts des Etats-Unis, de l’OCDE et de l’Union européenne qui ont sonné le glas du secret bancaire. Elle relève que l’enjeu est de taille: un marché des fortunes non déclarées estimé à 13'700 milliards de dollars. «A quoi sert le secret bancaire, si son étanchéité fiscale s’est perdue et qu’il ne peut plus empêcher les données d’un client de banque suisse, non déclaré, de finir entre les mains d’un Etat étranger » s’interroge la journaliste?

Dans la seconde partie du livre, Myret Zaki évoque le trust comme nouveau vecteur de l’évasion fiscale, à la place du secret bancaire. Mais seuls les plus riches peuvent se l’offrir. «Etre dispensé d’impôts, cela s’achète», assène la journaliste. L’option de «défiscaliser» son capital, le revenu de son capital ou sa succession par le biais de schémas fiscaux «agressifs» demande un niveau élevé de richesse. Et l’échange d’informations ne viendra pas à bout des trusts, estime-t-elle.

Un glossaire complète l’ouvrage. Il définit notamment la fraude, l’évasion et la soustraction fiscale.

L’émission «Toutes taxes compriseswww.tsr.ch/...» du 7 juin 2010 est également consacrée au secret bancaire. Elle décrit notamment comment les banquiers se réinventent. Myret Zaki et le banquier privé Ivan Pictet y livrent leurs points de vue.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin

Mercredi, 09 juin 2010,
09:22

Nigeria: un rêve hollywoodien

Le big bang du film nigérien s’est produit en 1992: sorti de nulle part, un film amateur intitulé «Living in Bondage» se vendait à 750'000 copies. Depuis, la ville de Lagos est devenue la métropole du film africain. 1000 à 2000 films sont tournés chaque année au Nigeria, générant entre 100 et 500 millions de dollars de chiffre d’affaires.

Près d’un million de personnes sont actives dans l’industrie du film (producteurs, acteurs, techniciens, scénaristes, graphistes, livreurs de DVD, exploitants de cinémas, propriétaires d’échoppes de films, etc.)*.

Ce succès est dû à l’apparition des nouvelles technologies. Avant, les films devaient être tournés avec des caméras onéreuses, coupés et collés avec beaucoup de patience durant le montage et distribués en rouleaux peu maniables. Aujourd’hui, grâce à la technologie numérique, les films peuvent être produits en utilisant une fraction des heures de travail et des moyens financiers nécessaires autrefois.

La technologie numérique est rapide, maniable et bon marché: les caméras numériques, les logiciels de traitement d’images, les DVD et Internet permettent de tourner un film en quelques semaines avec un budget modeste situé entre 10’000 et 20'000 dollars. Des cinéastes comme Bond Emeruwawww.thisisnollywood.com/... peuvent ainsi réaliser cinq, dix ou quinze films par année – des films qui, commercialisés au prix d’un dollar, trouveront un demi-million d’acheteurs dans toute l’Afrique**.

Les économistes considèrent que le progrès technologique a un grand effet sur la croissance économique. La «technologie» influence la productivité des travailleurs et des machines. Quand la technologie s’améliore, la quantité de biens et de services produite par quantité fixe de capital se multiplie.

La coopération au développement s’interroge d’ailleurs sur la manière dont les pays les plus pauvres peuvent profiter des nouvelles technologies. L’une des thèses stipule que les nouvelles technologies rencontrent un succès particulier lorsqu’elles s’appuient de manière complémentaire sur une ressource existante***.

Au Nigeria, cette ressource se trouve dans les innombrables conteurs talentueux ainsi que dans leurs audiences enthousiastes. De la rencontre entre la technologie numérique et la tradition narrative africaine est surgie l’industrie du film nigérien. Une «success story» hollywoodienne, et pas seulement pour les économistes. Les «Super Eagles» vivront-ils également un rêve hollywoodien lors de la prochaine coupe du monde?

Pour l’équipe iconomix,
Simon Schmid et Jean-Marc Huguenin

* The Economist, Nollywood dreamswww.economist.com/..., 27 juillet 2006

** Franco Sacchi et Robert Caputo ont réalisé le portrait de Bond Emeruwa dans le film documentaire «This is Nollywoodwww.thisisnollywood.com/...»

*** EASTERLEY W. (2002), The Elusive Quest for Growthwww.nyu.edu/..., MIT Press.

Lundi, 07 juin 2010,
18:34

Le prix de l’air pur

Certaines activités produisent des effets sur des tiers. Lorsqu’elles ne sont pas complètement reflétées dans les prix, les économistes parlent d’externalités ou d’effets externes. Le mécanisme de marché ne parvient pas, en présence d’effets externes, à assurer une allocation optimale des facteurs de production. Les biens sont alors produits soit en trop petite soit en trop grande quantité. Deux types d’effets externes peuvent se produire:

  • Les externalités positives (ou bénéfices externes) procurent des bénéfices à des personnes qui n’en sont pas destinataires et auxquelles aucun paiement n’est réclamé. Un programme de recherche peut par exemple produire des résultats qui profiteront à de nombreuses personnes tierces – et pas seulement aux scientifiques eux-mêmes. La recherche revêt ainsi les caractéristiques d’un bien publichttp://www.iconomix.ch/fr/modules/detail/m05/. Le marché a tendance à attribuer trop peu de ressources aux activités qui engendrent un bénéfice externe.
  • Les externalités négatives (ou coûts externes) imposent une nuisance à des personnes sans les en dédommager d’une quelconque façon. Un exemple actuel est celui de la fumée. Si les fumeurs devaient systématiquement dédommager les personnes présentes dans la même salle qu’eux (pour cause de dommage provoqué par la fumée passive), moins de cigarettes seraient certainement fumées! Le marché a tendance à attribuer trop de ressources aux activités qui engendrent un coût externe.

Pour permettre au marché d’être efficace, il est important que les effets externes soient intégrés dans le prix. On peut y parvenir en internalisant les coûts externes. Mais avec quelles mesures?

Une possibilité consiste en la mise en place d’une taxe d’incitation sur un bien. Elle se traduira par une augmentation de son prix, ce qui aura pour conséquence d’en réduire la consommation. Un exemple actuel est celui de la taxe sur le CO2www.bafu.admin.ch/.... Une autre possibilité est l’introduction de marchés de droits à polluer (par exemple le marché des certificats d’émission CO2www.bafu.admin.ch/...). De tels marchés permettent aux biens d’être consommés là où ils ont le plus de valeur. Tant les taxes d’incitation que les droits à polluer nécessitent une intervention étatique.

Il y a 50 ans, l’économiste Ronald Coase proposa une autre solution pour résoudre le problème des effets externes sans intervention de l’Etat*. Elle repose sur la définition de droits de propriété, qui doivent cependant être définis préalablement. Par exemple, l’air d’une salle pourrait être la propriété des personnes non-fumeurs. Les non-fumeurs seraient ensuite libres d’admettre une certaine quantité de fumée contre paiement, ou de renoncer totalement à la fumée (si pour eux l’air pur a une valeur inestimable). Cette solution présente un inconvénient: elle nécessite de nombreuses négociations. Les fumeurs et les non-fumeurs doivent sans cesse se remettre d’accord sur le prix d’une cigarette – ce qui, vous en conviendrez, est une entreprise délicate dans un bar bondé un samedi soir.

Une interdiction de fumer sur le plan national dans les espaces publics est entrée en vigueur le 1er mai dernier. D’un point de vue économique, une telle interdiction, à défaut d’être élégante, est pratique et réalisable.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Simon Schmid

La réflexion autour de ce blog se poursuit dans l’édition de Politics-Economics de mai 2010http://www.iconomix.ch/fr/alacarte/detail/a015/. Consultez les questions qui y sont proposées!

* COASE R. (1960), The Problem of Social Costwww.econ.washington.edu/..., Journal of Law and Economics, University of Chicago Press.

En savoir plus:
– Jeu de stratégie iconomix: «Biens publics – Score morehttp://www.iconomix.ch/fr/modules/detail/m05/»
– Ressource pédagogique «A la carte»: Tarification routièrehttp://www.iconomix.ch/fr/alacarte/detail/a017/

Vendredi, 04 juin 2010,
08:51

Espagne : l’investissement dans la «Roja»

La relation entre le capital et la performance économique apparaît clairement durant l’industrialisation de l’Europe au 18 et 19ème siècles. Avant cela, on pensait plutôt que la richesse d’un pays dépendait de ses réserves d’or ou de ses terres fertiles. Mais grâce aux machines à vapeur et aux métiers à tisser mécaniques, nous savons aujourd’hui que plus le capital par travailleur est élevé, plus la performance économique est forte*.

Qui entend «capital» a tendance à penser au capital financier, autrement dit à l’argent. Mais en économie politique, le terme de capital ne correspond justement pas à l’argent. Il désigne les biens de production qui ont été financés avec cet argent : les tracteurs, les imprimantes ou les caméras par exemple. Tous ces biens sont productifs, dans le sens qu’ils sont utilisés à la production d’autres biens de consommation ou de production. Mais ils ont aussi été produits eux-mêmes à partir de matières premières.

Quand une entreprise investit en achetant une ponceuse, un camion ou un four industriel supplémentaire, elle augmente sa dotation en capital. Plus de capital est dorénavant disponible par travailleur. Le travail devient plus productif : avec une ponceuse additionnelle, une équipe de menuisiers peut produire plus de tables en un jour qu’avant. Cela permet d’augmenter le profit et de rendre possible de nouveaux investissements au cours du temps.

Les investissements des entreprises augmentent peu à peu la dotation en capital et la performance d’une économie. En Espagne, cette relation se vérifie lorsque l’on observe ses différentes régions. Depuis leur industrialisation, les régions de Madrid, de la Catalogne et du pays Basque se sont dotées de plus de capital que le reste de l’Espagne. Cela explique notamment pourquoi les meilleurs footballeurs sont formés au Real de Madrid et au FC Barcelone et pourquoi ces régions connaissent un PIB par habitant supérieur au reste du pays. Gageons que la «Roja» saura capitaliser ces avantages lors de la prochaine coupe du monde.

Plus de capital signifie plus de performance économique. Jusqu’au milieu du 20ème siècle, on croyait ainsi avoir trouvé la solution au «mystère du bien-être». Dans ce contexte, la découverte de l’économiste Robert Solow en 1957 est stupéfiante: lorsqu’une économie atteint la quantité optimale de capital en fonction d’un nombre donné de travailleurs, elle cesse de croître. Une croissance à long terme de l’économie n’est alors possible que suite à un saut qualitatif généré par le progrès technologique.

Pour l’équipe d’iconomix,
Simon Schmid et Jean-Marc Huguenin

* WEIL D.N.www.econ.brown.edu/... (2008), Economic Growthwww.aw-bc.com/..., Addison Wesley.

Mardi, 01 juin 2010,
13:25

Cameroun: lions indomptables, logique inverse

En 1990, l’équipe nationale de football du Cameroun a écrit l’histoire en atteignant les quarts de finale de la coupe du monde en Italie, une première pour une nation africaine. Face à l’Angleterre, les «lions indomptables» de Roger Millawww.youtube.com/... se sont même retrouvés à un cheveu de la demi-finale.

La réalité du football ne correspond pas toujours à celle de l’économie – comme le montre le timing de l’exploit camerounais. En 1990, le Cameroun était en pleine crise structurelle. Il sortait pourtant de plusieurs années de croissance annuelle à 10% du produit intérieur brut (PIB). Mais à la suite de la chute des prix du pétrole et des produits agricoles en 1986, l’économie camerounaise a perdu son équilibre. Le pays fut contraint de freiner ses importations, de réduire ses dépenses publiques, de restructurer ses entreprises étatiques et de dévaluer sa monnaie, le franc CFA. Durant sept ans, la croissance du PIB s’éleva à zéro*.

En considérant le PIB par habitant au lieu du PIB total (soit en divisant la performance économique annuelle par le nombre d’habitants), l’image apparaît plus dramatique encore. Après 1987, le PIB par habitant diminua de 3,2% par année. En 1994, il avait fondu de 20% par rapport à 1987.

Les courbes du PIB et du PIB par habitant montrent visuellement que la croissance de la population joue un rôle crucial pour le bien-être d’un pays. Les revenus augmentent à long terme seulement si la croissance du PIB dépasse celle de la population.

Cette perspective explique le «handicap» dont souffrent les pays africains. Caractérisés par des taux de natalité élevés et de mortalité en baisse, ils connaissent une forte croissance de leur population depuis plusieurs décennies (2,5% par année au Cameroun depuis 1960 par exemple). La pyramide des âges qui en résulte ne pourra être modifiée qu’à long terme, comme le montre le graphique ci-dessous**.

La croissance élevée de la population constitue l’une des raisons qui expliquent que les pays africains ont de la peine à rattraper le développement économique des pays industrialisés. Si nous devions classer les pays qualifiés à la prochaine coupe du monde en fonction du PIB par habitant, le Cameroun occuperaient aujourd’hui les dernières positions***.

Est-ce bon signe? Les lions blessés sont les plus dangereux…

Pour l’équipe d’iconomix,
Simon Schmid et Jean-Marc Huguenin

* CENTER FOR INTERNATIONAL COMPARISONS, Penn World Tablespwt.econ.upenn.edu, University of Pennsylvania.

** UNITED NATIONS (2002), World Population Ageing 1950-2050www.un.org/..., New York.
Exemple de lecture du graphique représentant la pyramide des âges: En 2000, environ 8% de la population avait entre 0 et 5 ans (barre tout en bas; à gauche les hommes, à droite les femmes) ; environ 7,5% de la population avait entre 5 et 10 ans (deuxième barre depuis le bas) ; etc.

*** Index mundiwww.indexmundi.com/... (site Internet sur le profil des pays, basés sur les données du CIA World Factbook)

 

Derniers articles

Ghana: pas à pas vers le succès

Avec leurs capacités athlétiques, techniques et tactiques, les équipes africaines sont proches...

Côte d’Ivoire : investissements directs, effets...

Stable, cosmopolite et prospère: pendant longtemps, la Côte d’Ivoire a eu la réputation de...

La future détérioration de la dette publique

Le terme de faillite des Etats est, depuis la crise grecque, largement répandu dans les...

Shopping le dimanche?

Ce qui va de soi dans de nombreux pays industrialisés demeure controversé en Suisse : les...

Portugal: la valeur économique d’un travailleur

«Donne un poisson à un homme, il mangera un jour.Apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa...

 

Archives

  • [-]2010(36)
  • [-]2009(53)
  • [-]2008(33)
    • [-]Décembre(4)
    • [-]Novembre(4)
    • [-]Octobre(3)
    • [-]Septembre(4)
    • [-]Août(1)
    • [-]Juillet(5)
    • [-]Juin(4)
    • [-]Mai(5)
    • [-]Avril(2)
    • [-]Mars(1)
  • [-]2007(0)