Attention: si vous ne répondez pas correctement à la question suivante, vous risquez d’être taxé d’«ignare en finances»:
Quand est-il conseillé d’épargner?
a. Dès que l’on a 18 ans.
b. Dès que l’on a un peu d'argent en plus.
c. A chaque fois que l’on reçoit de l’argent [1].
La «bonne réponse» est bien entendu c. Mais en réalité, c. n’est pas la bonne réponse. Il existe en effet des situations où il n’est pas absolument nécessaire d’épargner – c’est précisément pour ces moments-là que l’on épargne. Par exemple, lorsque l’on veut investir dans une formation qui sera payante plus tard. Ou encore si l'on désire inviter l’élu(e) de son cœur à un dîner romantique [2].
La question ci-dessus met deux éléments en lumière: premièrement, malgré toutes les études évoquées dans les diverses interventions sur le blog, on ne sait toujours pas précisément ce qu'il faut entendre par connaissances financières ou financial literacy. D’après un récapitulatif de l’économiste américaine Sandra Houston, plus de 70% des 72 enquêtes considérées n’ont pas pris la peine de définir les connaissances financières étudiées. Deuxièmement, les compétences financières ou, de manière plus générale, les compétences économiques sont difficilement mesurables.
Le premier problème – à savoir le manque d’une base commune et reconnue – a pour conséquence que bien souvent, une enquête porte sur des domaines spécifiques et que les résultats sont ensuite amalgamés aux connaissances financières. La question suivante sur les fonds de placement est tirée d’une étude menée actuellement en Suisse[3]:
Les fonds de placement peuvent généralement être vendus sur une base quotidienne, c’est-à-dire sans l’observation de délais. Vrai ou faux? La bonne réponse est «vrai». 36% des personnes interrogées pensaient que c’était faux. Et 21% n’ont pas pu répondre à la question. Les réponses apportées à de telles questions spécifiques donnent lieu à des gros titres tels que «Les Suisses surestiment largement leurs connaissances financières». Il serait plus approprié d’en tirer la conclusion qu’ils possèdent peu de connaissances sur les caractéristiques des fonds de placement.
Le deuxième problème lié à la mesurabilité tient au dilemme suivant: d’un côté, les enquêtes ne s’intéressent pas seulement aux connaissances, mais aussi aux compétences et aux comportements. De l’autre, en raison du manque de temps et de moyens ainsi que d’autres restrictions, la plupart des enquêtes reposent sur des questions «vrai ou faux» qui ne reflètent qu’en partie des situations réelles. C’est pourquoi les questions posées sont souvent simplistes et se résument à «épargner, c’est bien; dépenser, c’est mal». Ou, de manière plus radicale: celui qui coche une réponse amusante passe pour un âne en matière de finances.
Mais il est plus simple de souligner le problème de la mesurabilité que de trouver des solutions appropriées. N’y a-t-il vraiment pas d'enquêtes de référence sur les connaissances financières ou économiques? Nous tenterons de répondre à cette question dans une prochaine intervention…
Pour l’équipe d’iconomix
Michael Manz
[1] Traduction d’un questionnaire d’évaluation pour cours financiers de l'organisation Operation Hope, dont il ne s’agit ici en aucun cas de critiquer l’engagement ni les programmes.
[2] Parfois, il vaudrait même peut-être la peine de s’endetter. Mais, comme toujours, sans garantie…
[3] Etude menée pour le compte de la société AXA Investment Managers. Voir le communiqué de presse de juin 2009.


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