Le taux d’intérêt est la rémunération (prime de risque) pour le prêt d’un capital. Si l’on renonce à un capital pendant un certain temps en le prêtant à une autre personne, il semble logique que l’on reçoive un dédommagement, qui est en fait le taux d’intérêt. De manière inverse quand l’on emprunte de l’argent (crédit à la consommation, carte de crédit,…) on doit payer un taux d’intérêt à l’institut qui nous l’a prêté.
Cela peut sembler donc bizarre, à priori, mais un taux d’intérêt négatif peut bel et bien exister. [1] C'est-à-dire que quand l’on emprunte de l’argent, non seulement le taux d’intérêt à payer est nul mais en plus on peut garder une partie de l’emprunt. [2]
Concentrons nous quelque peu sur l’exemple des obligations de la Confédération d’il y a environ un mois (28.08.2011) qui est assez emblématique en la matière. S’il on regarde dans le tableau ci-dessus, les investisseur payent un prix à l’unité de 100,508 francs et la Confédération doit leur reverser que 100 francs, 6 mois plus tard. La Confédération suisse, en émanent ces obligations sur un semestre (entre le 23.08.2011 et le 23.02.2012), tout calcul fait, reçoit une rémunération de 0.58%: en tant qu’emprunteur elle gagne de l’argent, ce qui est «une première en Suisse» (Philipp Rohr, Tribune de Genève, 30.08.2011).
Encore plus étonnant, malgré des investissements peut attrayants, le 23 août 2011, le gouvernement fédéral a emprunté «seulement» près de 599.80 millions de francs («montant total adjugé»), toutefois, les investisseurs étaient disposés à mettre à disposition plus de quatorze fois ce montant soit 8'829.00 millions de francs («montant total des soumissions»).
À cause de l’incertitude sur les marchés, dû essentiellement à la crise de l’euro, le comportement des investisseurs est tel qu’ils sont même disposés à payer un taux d’intérêt négatif pour investir auprès d’un emprunteur apparemment aussi fiable que la Confédération suisse.
Informations supplémentaires sur le thème:
Créances comptables à court terme sur la Confédération suisse: Résultats de l'émission (BNS, 20.09.2011)
Les dettes de la Confédération lui font gagner de l'argent: Pour la première fois de son histoire, la Suisse gagne de l’argent avec ses dettes (Tribune de Genève, 30.08.2011)
La fausse bonne idée du taux d’intérêt négatif: Pour contrer la cherté du franc, la mesure proposée par certains provoquerait plus de déconvenues qu’autre chose (Pierre-Yves Frei, le 06.07.2011)
L'histoire du taux l'intérêt négatif: une synthèse d’un phénomène économique plus étrange que rare (Alternatives Economiques n° 169, Christian Chavagneux, avril 1999)
Pour l'équipe d'iconomix
Alexandre Mondoux
[1] On pourrait penser qu’il serait plus profitable de garder notre argent en espèces (thésaurisation) dans un coffre, pour ne rien perdre. Mais le taux d’intérêt négatif peut être aussi vu comme un frais bancaire qui baisse le risque notamment de tout perdre par un vol, une catastrophe ou un incendie.
[2] Cela n’est pourtant pas nouveaux: la BNS avait déjà du intervenir en sont temps (1979) sur le marché des changes pour contrecarrer la force du franc. Vu que le taux d’intérêt était déjà approximativement zéro, celui-ci est devenu négatif pendant quelques jours.


Derniers commentaires