«Multipolarité: la nouvelle économie mondiale»: tel est le titre d’un rapport, récemment publié par la Banque mondiale, cherchant à comprendre l’évolution globale de l’économie dans les quinze ans à venir.
Le rapport constate que la tendance des dernières années se poursuivra: l’importance des pays émergents continuera de croître par rapport à celle des pays industrialisés. Selon les prédictions de la Banque mondiale, les pays émergents auront franchi la marque de 40% du PIB mondial en 2025. Environ dans vingt ans, ils auront donc dépassé les pays industrialisés comme producteurs de biens et services au niveau mondial.

Plusieurs forces économiques sont à la base de cette tendance. Par exemple, l’innovation technologique et l’accumulation de capital humain seront particulièrement prononcées dans les pays émergents. Mais aussi leur intégration croissante dans l’économie mondiale – c’est-à-dire la progression des investissements internationaux et l’amélioration de l’accès aux marchés financiers – aidera les pays émergents à atteindre une croissance élevée.
L’évolution économique au niveau de la production réelle semble donc assez certaine. Par contre, les caractéristiques du système financier à venir sont beaucoup moins claires. Aujourd’hui, le monde se trouve plus ou moins dans un système unipolaire, le dollar américain étant la monnaie de réserve la plus importante et la banque centrale des Etats-Unis jouant de fait le rôle de banque centrale du monde.

Selon la Banque mondiale, le dollar a pu fonctionner comme monnaie de réserve durant le 20e siècle pour trois raisons: l’importance de l’économie américaine par rapport à l’économie mondiale (1), la valeur stable du dollar américain (2) et les marchés financiers ouverts et larges des Etats-Unis (3).
Au 21e siècle, les Etats-Unis ne seront plus la seule zone économique à remplir ces conditions. En termes de production économique, l’Europe et la Chine pourront bientôt être considérés comme équivalents aux Etats-Unis. La Banque centrale européenne est reconnue pour son aversion à l’inflation, et la banque centrale chinoise est elle aussi à la hauteur de sa tâche – bien qu’actuellement les prix de biens élémentaires en Chine montent assez rapidement en raison de la forte croissance économique.
Ce sera donc la troisième condition qui déterminera l’apparition du système monétaire à venir. La zone euro possède déjà aujourd’hui un marché financier large et ouvert, mais le système de gouvernance économique n’est pas encore accompli, comme le montre la crise actuelle de la dette en Grèce et ailleurs. Pour que l’euro devienne une vraie monnaie de réserve mondiale, il faudra que les emprunts d’Etat des pays européens deviennent des investissements absolument fiables. Pour sa part, la Chine possède actuellement un marché financier relativement petit et isolé du monde extérieur.
Il est donc probable que le dollar américain restera la monnaie principale pour quelques années – mais, aux yeux de la Banque mondiale, pas pour le reste du siècle.


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