Dans une étude qui a fait grand bruit dans l’académie des économistes, les deux auteurs américains Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart montrent comment et pourquoi les crises financières et les bulles spéculatives viennent régulièrement perturber l'économie. A l’époque, le blog iconomix avait déjà discuté les thèses de leur livre écrit en anglais à l'origine. Entre-temps, la traduction française est sortie; elle porte le titre «Cette fois, c'est différent: Huit siècles de folie financière».
Pourtant, les fans de bandes dessinées le savent: la folie financière n’est pas limitée aux derniers huis siècles, mais elle existait déjà au monde antique – par exemple durant l’empire de Jules César, comme l’ont montré René Goscinny et Albert Uderzo dans le 23ème album de la série Astérix, «Obélix et Compagnie».
Dans cette histoire, les romains essaient de domestiquer les coutumes martiales du village gaulois par le doux commerce (un thème qui sera repris un peu plus tard par l’historien économique Albert Hirschmann), en achetant au prix fort tout les menhirs qu’Obélix et ses compagnons peuvent produire. Ils instituent ainsi une production de masse au village gaulois, qui est dès lors occupé à livrer des menhirs et laisse tranquille le camp des romains.
Il est clair que ce plan ne peut pas marcher à la longue. Pourquoi? Pour un certain temps, le calcul des romains semble tomber juste: incité par les prix élevés et par la soudaine richesse d’Obélix, les habitants du village gaulois laissent tomber leurs anciens métiers et se lancent dans la production de menhirs – même s’ils ne comprennent pas à fond la logique commerciale que leur explique Obélix: «les prix volent avec les marchés, et j’offre la demande, c’est drôlement compliqué».
Le programme économique des romains crée ainsi des emplois dans le village, et même en dehors: tout à coup, des producteurs apparaissent dans tout l’empire romain voulant vendre leurs menhirs à l’Etat de Jules César. Pour garder la paix civile, celui-ci poursuit le programme d’achat jusqu’au bout – c’est-à-dire, jusqu’à ce que ses caisses soient vides et les dettes d’Etat deviennent insupportables.
Après l’arrêt du programme, même les tactiques de marketing les plus raffinées ne peuvent plus stopper la chute des prix du menhir. Les Gaulois retournent donc à leur vie ordinaire, après avoir démoli le camp romain; tandis que l’empire romain est frappé par une crise financière qui force l’empereur de dévaluer sa monnaie, le sesterce.
L’épisode «Obélix et Compagnie» se moque clairement des économistes et de leur jargon parfois incompréhensible. Mais elle sert aussi de leçon en matières financières, car elle démontre très clairement ce qui se passe quand un Etat s’endette pour financer des activités qui ne sont pas profitables en soi. Ecrit en 1976, cet épisode n’a pas perdu d’actualité. Pour en savoir plus, lisez l’article du blogueur vox thunae sur le même sujet.
A propos : Kenneth Rogoff a récemment été voté parmi les cinq économistes offrant les contributions les plus importantes à la compréhension des problèmes économiques contemporains par le magazine «The Economist». C’est un honneur qui ne reviendra certainement pas à la personne caricaturé dans le conseiller «néarque» de Jules César, Caius Saugrenus. De quel personnage réel s’agit-il ?



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