C’est le genre de nouvelles qui n’intéresse en général que les économistes. Pourtant, quand on y regarde de plus près, et si l’on change un peu de perspective, ça donne un peu froid dans le dos. En effet, dans deux ans, le gouvernement chinois aura assez de réserves monétaires pour acheter toutes entreprises suisses.
Une plaisanterie? Pas vraiment. Les réserves en devises de la banque centrale chinoise s’élèvent, selon les dernières statistiques officielles, à près de 3000 milliards de francs! Et elles ne cessent de grimper, à une vitesse faramineuse.
Ces réserves, pour faire simple, ce sont comme les économies d’un ménage, mais au niveau d’un Etat. Autrement dit, l’argent que la Chine pourra dépenser en cas de coup dur, sans s’endetter.
En attendant, le gouvernement chinois ne garde bien entendu pas une telle somme dans ses coffres. Il cherche à l’investir de la manière la plus judicieuse possible. Une grande partie est destinée à acquérir des bons du trésor américain. Une autre est investie dans des entreprises occidentales, via un fonds souverain. Y compris des entreprises suisses? On ne le sait pas, le fonds souverain chinois n’étant pas vraiment transparent. Mais ce n’est pas impossible. On se souvient qu’un autre fonds souverain, celui de Singapour, avait acquis une bonne partie des actions de la banque UBS, un investissement de 11 milliards de francs, lors de la crise qui avait ébranlé la banque, fin 2007.
Mais revenons à la Chine. Il faut savoir que la valeur de toutes les entreprises cotées à la Bourse suisse, tourne autour des 1000 milliards de francs. Autrement dit, avec ses réserves, la banque centrale chinoise pourrait déjà sans problème acquérir toutes les entreprises cotées de notre pays, c'est-à-dire UBS, Roche, Novartis, Credit Suisse, Swatch Group et autres.
Bon, d’accord, ces entreprises ne représentent pas toute l’économie suisse, mais quand même une bonne partie: selon une récente étude d’économie suisse, les presque 300 entreprises cotées en bourse représentent près de 20% de tous les emplois du pays et une part quasi équivalente de la valeur ajoutée créée par l’économie. Sur cette base, on peut estimer, très grossièrement, que la valeur de toutes les entreprises suisses tourne autour des 5000 milliards de francs.
Sachant que les réserves de la banque centrale chinoises ont augmenté de manière quasi linéaire ces dix dernières années, grosso modo +30% par an, le calcul est simple: à ce rythme là, dans un peu plus de deux ans, les réserves chinoises dépasseront les 5000 milliards de francs. Et la Chine pourra acheter toute l’économie suisse.
Bien entendu, ce scénario n’est qu’une fiction, très, très simplificatrice. Il faut savoir qu’acheter toutes les entreprises d’un pays n’est pas possible: la plupart son en mains privées et leurs propriétaires n’ont pas le moins du monde envie de les vendre; d’autres, nombreuses en Suisse, sont en mains de fondations (comme le groupe horloger Rolex, par exemple) et elles ne peuvent légalement pas être vendues; d’autres encore sont en mains publiques (comme les CFF, par exemple) et ne peuvent pas non plus être vendues, à moins d’un changement de la loi.
Reste que cette fiction qui illustre assez bien, je crois, la taille gigantesque des réserves monétaires accumulées par le gouvernement chinois. Et l’on comprend mieux, vu sous cet angle, les craintes que ces réserves, que cette véritable force de frappe chinoise, suscitent dans les pays occidentaux.


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