Un récent article paru dans le Financial Times a fait grand bruit: il compare la situation actuelle de la Grèce à la grave crise monétaire traversée par l’Argentine à la fin des années 90*.
Tout a commencé avec le souhait de la Grèce d’importer la discipline économique des pays de la zone euro. Etat chroniquement dépensier, la Grèce ne satisfaisait pas aux critères de convergence pour une adhésion à l’Union économique et monétaire européenne lors du lancement de l’euro en 1999**. Elle atteignait cependant sa cible en 2001 grâce à l’application d’une comptabilité créative. L’euro succédait alors à la drachme.
L’incapacité de la Grèce d'appliquer une politique compatible avec les critères de stabilité de l’Union économique et monétaire constitua la deuxième étape vers sa ruine. Au lieu d’adopter la discipline économique des autres pays de la zone euro, le déficit public grec s’inscrivit de manière permanente au-dessus de 3%, y compris durant les périodes de haute conjoncture.
A-côté de l’endettement croissant des ménages, les taux d’intérêt trop bas et inadaptés, importés dans le cadre de l’Union économique et monétaire de l’eurozone, aggravèrent la situation de la Grèce. En raison d’un taux d’inflation toujours plus élevé, la compétitivité du pays diminua de manière continue, aboutissant à un déséquilibre de la balance commerciale.
La Grèce se retrouve ainsi comme le héro d’une tragédie grecque confronté au sens de la vie. Elle est face à une voie sans issue où chaque action entreprise la rendrait encore plus coupable: une réduction du déficit budgétaire pour satisfaire aux critères de stabilité précipiterait le pays plus profondément dans la récession; la tentative d’améliorer la compétitivité par une réduction des salaires se solderait par une longue et douloureuse période de déflation.
Pour l’auteur de l’article du Financial Times, la Grèce n’a qu’une issue possible: plutôt que de lutter encore quelques années contre l’inéluctable, elle devrait quitter la zone euro et entamer son redressement économique par une dévaluation. Mais comme tout le monde le sait, les tragédies grecques se déroulent autrement.
Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann
* LACHMANN D. (2010), Greece looks set to go the way of Argentina, Financial Times.
** Critères de convergence: taux d’inflation inférieur à 1,5 point du taux d’inflation des trois Etats membres présentant les meilleurs résultats en matière de stabilité des prix, déficit public max. 3% du PIB, dette publique max. 60% du PIB.


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