L’attribution du prix Nobel d’économie 2009 à la politologue Elinor Ostrom peut apparaître comme politiquement orienté aux yeux de certains. Ses nombreuses études sur l’utilisation des ressources naturelles librement accessibles à tous – autrement dit les biens communs – forment cependant, et sans aucun doute, une contribution d’une valeur significative.
Aujourd’hui encore, de nombreux manuels d’économie prédisent (souvent comme un réflexe) la surexploitation des ressources librement accessibles à tous lorsqu’elles sont disponibles en quantité limitée. L’argumentation intuitive est présentée dans l’exemple de la surpêche ci-dessous.
Chaque pêcheur, pris individuellement, a une incitation à pêcher le plus de poissons possibles dans un plan d’eau utilisé de manière conjointe par d’autres pêcheurs. Si les prises filent directement dans la poche des pêcheurs, les coûts, sous la forme d’une diminution du stock de poissons, sont quant à eux répartis sur tous les pêcheurs. Sans une régulation étatique (établissement de quotas de pêche par exemple) ou une privatisation du bien commun, cette incitation conduit à une surexploitation de la ressource et aboutit à un effondrement du stock de poissons.
Dans ce cadre, Elinor Ostrom argumente que l’existence de ressources librement accessibles à tous ne conduit pas obligatoirement à une surexploitation. Son livre «Governing the Commons» présente en particulier des études de cas détaillés qui débouchent sur l’efficacité de la gestion collective des biens communs.
L’idée sous-jacente est simple: une association d’usagers a un intérêt commun à gérer une ressource de manière durable, car elle représente une condition pour ses revenus futurs. Il existe ainsi une raison valable pour faire cesser la surexploitation.
Une gestion collective couronnée de succès ne pourra toutefois pas être élaborée dans chaque cas. Plus une association d’usagers sera grande et plus les intérêts de ses membres seront divergents, plus il sera difficile d’atteindre une unification. Des interventions étatiques peuvent alors entrer en vigueur. Elinor Ostrom ne s’y opposent d’ailleurs pas. Elle remet toutefois en question leur utilité illimitée.
Indépendamment de la solution retenue – intervention étatique, privatisation ou gestion collective –, une meilleure acceptation des règles convenues est observée lorsque la population concernée est intégrée dans le processus de décision. Un aspect sur lequel insiste d’ailleurs Elinor Ostrom.
Les recherches d’Elinor Ostrom présentent également le mérite d’apporter un éclairage sur les systèmes d’incitation dans le cadre de cas concrets. Chaque forme d’intervention dans un système existant conduit à une modification des conditions-cadres et, finalement, à une adaptation du comportement des groupes d’intérêts.
Une seule certitude: les solutions simples proposées pour résoudre la tragédie des biens communs sont toujours accueillies avec scepticisme.
Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Pascal Sulser
En savoir plus:
- Jeu de stratégie iconomix: «Biens communs – Jeu du Vivier»
- Le Monde (12.10.2009): «Le Nobel d’économie récompense deux Américains pour des travaux sur la gouvernance économique»


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