La pauvreté et la crise agricole font débat, dans un contexte de hausse des prix alimentaires. Un sentiment de déprime se mêle à un désarroi bien compréhensible. Comment comprendre que l'Union européenne accorde 2,5 francs de subvention par vache et par jour alors que plus d'un milliard de gens vit avec moins d'un franc par jour? Comment sortir de la pauvreté? C'est précisément le titre d'un ouvrage qui sort ces jours 1.
L'auteur, Paul Polak, vit depuis 25 ans dans les pays en développement. Longtemps à l'écoute des paysans, il a compris qu'une aide financière est appréciée, mais ne résoud rien. La quasi totalité des agriculteurs locaux ne disposent que de minuscules lopins de terre et de moyens dérisoires. Pour s'en sortir, ces paysans ont besoin d'investir leur temps et leur argent, selon l'auteur.
Investir? Eux qui ont moins d'un dollar par jour? Polak en est convaincu. Avec la société qu'il a créée, International Development Enterprise (IDE), il est parvenu à développer et vendre des pompes et des systèmes d'irrigation à très faible coût. Son système d'irrigation très bon marché change le sort de ses clients paysans et améliore leurs récoltes.
Des clients? Précisément en adoptant une approche de «business», il leur permet d'entrer dans une économie dont ils étaient exclus. L'agriculteur du Bangladesh et d'ailleurs peut ainsi accroître ses récoltes, diversifier ses recettes, produire des fruits et légumes hors saison, gagner un peu plus d'argent. Et même espérer se construire une maison en dur. Au total 17 millions de gens sont ainsi sortis de l'extrême pauvreté avec IDE.
Pourtant, ce n'est pas aisé: les plus pauvres sont prêts à investir dans des outils, mais leur investissement doit être rentable dès la première année. Cette exigence contraste avec bien des programmes d'aide au développement. Polak se dit choqué par une ONG venant en aide à des femmes réfugiées en leur faisant fabriquer des savons. Personne ne voulait estimer le coût de production. Il est apparu que l'achat de savons de luxe à Paris et leur envoi en Somalie par avion aurait coûté moins cher. Ce genre de projets n'accroît la satisfaction que des initiateurs du projet. Il n'apporte pas de réponse aux populations concernées. Les seuls projets viables ont un coût mesurable, un impact positif sur l'activité économique et le potentiel d'être repris ailleurs.
Certains craignent que le marché ne soit inondé de produits alimentaires issus des pays pauvres. Les récents événements constittuent un formidable démenti à ce discours.


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