Un journaliste de The Economist a accompagné un transport de bière à travers le Cameroun. Au cours du voyage, le camion fut stoppé 47 fois, essentiellement par des policiers. Un pot-de-vin sous forme d’argent ou de bière était alors souvent le seul moyen de continuer le trajet sur des routes en grande partie sans revêtement. Ainsi se déroula, pendant quatre jours, le trajet de 500 kilomètres. Au final, deux tiers des bouteilles de bière seulement atteignirent leur destination.
Cette histoire met en évidence deux raisons qui expliquent pourquoi beaucoup de pays ne parviennent pas à sortir de la pauvreté. Premièrement, le transport par route exige beaucoup de temps. Cela aboutit non seulement à un renchérissement du prix de la bière, mais cela limite généralement aussi les possibilités d’un pays à prendre part au commerce international et à profiter de la croissance générée par la spécialisation. Deuxièmement, les pays en voie de développement sont souvent confrontés à la corruption et au népotisme, ce qui entrave le développement d’activités économiques. Les entrepreneurs qui perdent leurs biens et leurs gains au profit de fonctionnaires corrompus investissent moins. Les pots-de-vin renchérissent la production et grippent la productivité des services publics.
Des voies de transport déficientes et une corruption rampante constituent des pièges de la pauvreté. Les pays pris dans ces pièges ne parviennent pas à allouer des ressources à l’investissement: les enfants y souffrent de la faim et ne vont pas à l’école; les outils défectueux ne sont pas réparés; de la récolte ne reste que peu de semences pour le semis à venir.
Dans son livre «The Bottom Billion», l’économiste anglais spécialisé dans le développement Paul Collier décrit deux pièges de la pauvreté supplémentaires: les bas revenus d’une part et une croissance économique anémique d’autre part. Les pays qui présentent ces caractéristiques sont particulièrement exposés aux guerres civiles. Dans cette situation, il est facile de recruter des hommes jeunes et sans travail en tant que rebelles. L’éclatement d’une guerre civile ne fait qu’accélérer davantage le déclin d’un pays.
Et dans les pays qui disposent d’abondantes ressources naturelles comme le pétrole, les régimes au pouvoir peuvent se passer d’impôts. Ils ne sont par conséquent pas incités à développer l’activité économique.
Selon Paul Collier, 58 pays représentant en tout un milliard de personnes sont pris dans au moins un des pièges de la pauvreté. Leurs performances économiques sont aujourd’hui identiques à celles d’il y a 40 ans.
Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Jörg Schläpfer


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