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Mardi, 02 mars 2010,
10:08

Comment le FMI évite la faillite aux Etats

Jusqu’au printemps 200, l’Islande était considérée comme un Etat financièrement solide à l’économie florissante. Lorsque le système bancaire islandais commença à ressentir les effets de la crise financière, cela changea dramatiquement: l’Etat dut porter secours à plusieurs banques, l’économie partit en vrille et l’Islande fut menacée de faillite.

Une faillite de l’Etat aurait signifiée une incapacité du pays à assurer le service de sa dette. L’Islande ne serait que difficilement parvenue à se procurer de nouveaux capitaux. Elle n’aurait pas pu respecter ses obligations. Une fuite généralisée des capitaux hors du pays se serait produite.

Le Fonds monétaire international (FMI) vola au secours de l’Islande dans ce contexte délicat. Il lui accorda un crédit de 2,1 milliards de dollars sur deux ans pour permettre au gouvernement de surmonter les plus graves urgences financières. Cela permit à l’Islande de gagner du temps pour définir, en collaboration avec les experts du FMI, une stratégie pour assainir le budget de l’Etat, stabiliser le système bancaire et remettre l’économie sur les rails de la croissance.

Cet exemple démontre que le FMI constitue une importante source de financement pour les gouvernements en temps de crise. Durant les derniers mois, le FMI a apporté son soutien d’une manière similaire à de nombreux pays. En Europe de l’Est, une région considérée il y a peu comme le fer de lance de la prospérité, le FMI est actuellement actif dans neuf pays.

Sur la base de cette situation, les pays membres du FMI ont décidé de tripler ses moyens à 750 milliards de dollars. Les faillites d’Etats ne peuvent être combattues que par une action coordonnée de la communauté internationale.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Boris Kaiser

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Lundi, 01 mars 2010,
09:51

Pourquoi sauve-t-on les banques et pas les opérateurs de téléphonie mobile?

Durant la crise financière, les autorités américaines – tout comme plusieurs gouvernements européens – ont octroyé des crédits et des garanties d’Etat se chiffrant en milliards de francs aux instituts financiers dans le besoin. Ces interventions étatiques montrent le prix que les gouvernements sont prêts à payer pour éviter la faillite de certaines banques et assurances.

Ces interventions étatiques coûteuses sont-elles justifiées? Et pourquoi sauve-t-on des instituts financiers plutôt que des fabricants de voitures ou des opérateurs de téléphonie mobile?

D’une part, cette intervention extraordinaire s’explique par le rôle économique crucial du système bancaire. De par leurs activités, les banques remplissent trois fonctions centrales pour l’économie.

Tout d’abord, elles octroient des crédits aux entreprises et aux ménages (= opération de crédit active). Ces crédits permettent aux entreprises de réaliser des investissements et aux ménages d’acquérir des biens et services (par exemple l’achat d’une maison individuelle) qu’ils ne seraient pas parvenus à réaliser par leurs propres moyens. Par conséquent, l’ampleur des investissements et de la consommation dans une économie dépend de manière significative de l’argent que les entreprises et les ménages peuvent emprunter auprès des instituts financiers.

Ensuite, les banques sont également des gestionnaires de fortune (= opération de crédit passive) et assument une grande responsabilité économique. Enfin, les banques assurent le trafic des paiements, ce qui facilite grandement les transactions financières des entreprises et des ménages.

En raison de ces trois fonctions, la branche financière occupe un rôle clé dans l’économie. Dans de telles conditions, l’effondrement d’une banque peut provoquer des dommages considérables pour l’ensemble de l’économie.

D’autre part, l’intervention extraordinaire des gouvernements pour sauver les instituts financiers s’explique par la structure et la nature du système bancaire. Premièrement, certains instituts financiers sont, en raison de leur grande taille, «too big to fail». Deuxièmement, une interdépendance forte lie les banques les unes aux autres.

En comparaison avec d’autres branches économiques, les instituts financiers dépendent fortement les uns des autres. Ils doivent se procurer des liquidités auprès d’autres instituts financiers sur le marché interbancaire. L’effondrement d’une banque peut ainsi déclencher un effet domino («financial contagion») et compromettre la stabilité du système financier dans son ensemble.

De manière générale, plus une banque est grande et interconnectée, plus le risque sera grand que son effondrement affecte d’autres banques, et plus une intervention étatique sera probable.

Ce «risque systémique» n’existe pas pour un fabricant de voitures ou un opérateur de téléphonie mobile. A titre d’hypothèse, si Sunrise devait faire faillite, l’existence de son concurrent Swisscom ne serait pas menacée. Cela ne causerait pas non plus de dommages comparables aux autres branches de l’économie. Seule une consolidation de la branche se produirait. Les autres acteurs actifs dans la téléphonie mobile occuperaient de nouvelles positions et augmenteraient leurs parts de marché.

En conclusion, la réponse à la question posée dans le titre de ce blog peut être résumée ainsi: l’importance des banques pour l’économie et le risque systémique élevé expliquent pourquoi les gouvernements sont prêts à intervenir dans le secteur financier plutôt que dans d’autres branches économiques.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Boris Kaiser

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Vendredi, 19 février 2010,
18:23

Les vainqueurs de la prochaine décennie

La Chine est le grand vainqueur des dix dernières années si l'on en juge par la valeur de PIB que l'Empire du Milieu a accumulé: 3700 milliards de dollars. La Chine a créé l'équivalent de dix Suède, ou dix Australie, cinq Canada ou encore deux fois la France. En termes de richesse, celle des Chinois a quadruplé à 4000 dollars de PIB par habitant. Un montant considérable si on le met en rapport aux 20’000 milliards créés dans l'ensemble du monde. Jim O'Neill, le chef économiste de Goldman Sachs et auteur du terme de BRIC, le démontre au sein d'une récente étude*.

Les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) sont les grands gagnants de la décennie en parvenant à tripler leur PIB, à 9000 milliards de dollars fin 2009.

Les surprises ne manquent pas à la lecture des gagnants et perdants. En termes relatifs, la Russie est parvenue à augmenter de 4,8 fois sa taille de l'an 2000, l'Indonésie 3,5 fois et le Vietnam 3 fois. La croissance annuelle a en effet été de 4,5%, contre 8,2% à la Chine et 1,9% la France.

La décennie a été moins décevante pour les Etats-Unis que ne le laisse supposer les effets de l'éclatement de la bulle immobilière. Le pays a ajouté 4500 milliards de PIB en dix ans. Cela dépasse de peu ce que la Chine a créé.

Et l'Europe? Le bilan est rassurant puisque l'eurozone a ajouté 6000 milliards, soit davantage que la Chine ou les Etats-Unis. Par contre, le Japon est le grand perdant, n'ajoutant que 300 millions de dollars. Au classement des plus grandes économies mondiales, l'Empire du Soleil Levant cède sa place de second à la Chine.

En se projetant en 2019 et en poursuivant les lignes – un exercice toujours très audacieux –, la Chine atteindrait dans dix ans l'équivalent de trois fois sa taille actuelle, soit une économie de 12’000 milliards de dollars, ou encore les deux tiers de la taille actuelle des Etats-Unis.

D'où pourraient venir les surprises ces dix prochaines années? L'Allemagne pourrait étonner, ayant enfin digéré le coût de la réunification. Le Japon pourrait à nouveau décevoir et ajouter une troisième «décennie perdue». Mais la grande inconnue, ce sera la Russie. Impossible à prévoir, selon les auteurs de l'étude.

Goldman Sachs n'est de loin pas la seule banque à imaginer l'avenir en 2019. Les économistes d'une autre banque, Bank of America, se penchent sur l'Europe et le Moyen Orient et promettent le meilleur avenir à la Hongrie. Budapest pourrait entrer dans l'eurozone en 2014. La Tchéquie, la Pologne et la Roumanie doivent d'abord assainir leurs finances publiques.

 

* O’NEILL JIM (2010), Global Economics: The decade past and the decade ahead, Goldman Sachs.

En savoir plus:

- iconomix-Blog (10.02.2010): «Le yin et le yanghttp://www.iconomix.ch/»

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Mercredi, 10 février 2010,
14:00

Le yin et le yang

Tout autour du monde, les programmes conjoncturels et une politique monétaire expansive ont contribué à mettre un terme à la récession. Si le sommet des interventions est atteint, la descente – autrement dit la normalisation de la politique monétaire et fiscale – peut, comme en alpinisme, se révéler tout aussi dangereuse que l’ascension.

Les avis des experts diffèrent sur les plus grands dangers qui jalonnent la route du retour à la normalisation. Deux scénarios pessimistes émergent cependant des médias de ces derniers mois:

- Le tournant initié par les banques centrales vers une politique monétaire plus restrictive est trop précoce et étouffe la reprise économique;

- La massive augmentation de l’endettement public conduit à la banqueroute de certains Etats, ce qui déclenche un nouvel effet domino sur l’ensemble du système financier.


Pour Richard C. Koo, auteur de «the Holy Grail of Macroeconomics: Lessons from Japan’s Great Recessioneu.wiley.com/...*», le souci vient au contraire de la peur d’une augmentation de l’endettement public. Dans son livre, il présente les résultats de sa recherche sur la décennie perdue de l’économie japonaise (dès 1991). Il analyse quelles mesures ont été efficaces contre la récession. Il aboutit à la conclusion que dans la situation actuelle comme dans le cas du Japon, seules les mesures de stimulation étatiques permettent d’éviter une dépression.

Richard C. Koo aboutit à ce résultat en comparant deux types très différents de récessions. La récession «normale», appelée «récession yangfr.wikipedia.org/...» par l’auteur, est celle qui apparaît dans le cadre d’un cycle conjoncturel normal**. Elle peut être combattue relativement facilement à l’aide d’une politique monétaire expansive. Dans ce type de récession, les programmes conjoncturels sont contre-productifs en raison de l’effet d’éviction (crowding out effect) et du mauvais timing.

La «récession yinfr.wikipedia.org/...», quant à elle, est plus dangereuse. Elle est provoquée par l’éclatement d’une bulle des valeurs générée par un excès de crédits. Elle ne se produit que rarement (dans les années 30 aux Etats-Unis, dans les années 90 au Japon et dans le cas de la crise actuelle). L’économiste japonais nomme ce type de crise une «récession du bilan»: les acteurs économiques privés sont confrontés à des bilans surendettés suite aux pertes considérables de valeurs de leurs actifs. La réduction des dettes par la vente d’actifs (deleveraging) constitue la seule solution rationnelle pour chacun des acteurs. Mais elle aggrave la baisse du prix des actifs et accentue la chute de l’économie.

Selon Richard C. Koo, ce processus ne peut pas être stoppé par une politique monétaire expansive car les acteurs veulent réduire leurs dettes et non pas en contracter de nouvelles. Au lieu de cela et pour éviter une implosion de l’économie, l’Etat doit occuper le terrain de la demande, laissé vacant, pendant le processus de désendettement.

Concrètement, l’économiste japonais recommande que les programmes de stimulation étatiques se poursuivent à grande échelle dans les trois à cinq prochaines années. Autrement, le monde court le risque de remplacer le Japon au premier rang des décennies perdues.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann

* KOO R.C. (2008), The Holy Grail of Macroeconomics: Lessons from Japan’s Great Recession, Wiley.
** Dans la philosophie chinoise, le «Yangfr.wikipedia.org/...» représente le soleil ou la lumière, tandis que le «Yinfr.wikipedia.org/...» symbolise la lune ou l’ombre.

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