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Les finances publiques sont-elles bien gérées en Suisse?
L’année dernière, l’actualité économique a été dominée par la
mauvaise gestion des budgets publicsfr.wikipedia.org/... de la majeure partie des pays de la zone euro, avec toutes les conséquences néfastes que cela implique pour leurs habitants. On l’a encore constaté récemment avec la perte de
la note AAAfr.wikipedia.org/... de certains pays comme la France.
Mais qu’en est-il en Suisse? On sait qu’il est un des derniers à bénéficier du AAA. Un
classementwww.idheap.ch/... publié en fin d’année dernière par
l’IDHEAPwww.idheap.ch de Lausanne (une sorte d’Université qui forme les fonctionnaires suisses) confirme que nos finances publiques s’avèrent très bien gérées, y compris au niveau cantonal.
En effet, pressentant la crise, les responsables cantonaux des finances ont été très prudents et ils ont signé, en 2010 (les chiffres les plus récents à notre disposition), une performance globale assez exceptionnelle. Mieux : «une performance jamais atteinte depuis les 11 ans que le Comparatif de l'Idheap est publié» affirme même le journaliste Pierre Ballay.
En effet, en 2010, les sept meilleurs réalisent une moyenne supérieure à 5,5 (sur 6) et il faut aller jusqu' au 17e rang pour trouver une note inférieure à 5. Seuls deux cantons n'atteignent pas le cap du 4 fatidique: Bâle-Campagne (3,7) et Schwyz (3,5). Quant à la Confédération, elle obtient elle aussi une très bonne note (5,4).
En tête de ce classement, Lucerne précède Zurich et Genève. Parmi les cantons romands les moins bien classés, on trouve Vaud, à la 21ème place, avec quand même 4,6 de moyenne.
Précisons que ce classement
ne tient pas seulement compte de la santé financière des cantonswww.idheap.ch/..., mais aussi de leur capacité à établir puis à respecter leur budget. «Il importe de rappeler que cette analyse n'est pas un rating, explique Pierre Ballay. Dans leurs appréciations, les agences de notation jugent si une collectivité sera capable de rembourser ses dettes. L'ambition du Comparatif de l'Idheap est différente: il s'agit de mettre en lumière les développements de la situation financière de cette collectivité au cours du dernier exercice. Il permet de dégager l'évolution de la dette par rapport à l'année précédente mais dit rien de l'histoire de l'endettement et, notamment, du stock de la dette accumulée».
Quand la dette s'avère profitable
Le taux d’intérêt est la rémunération (prime de risque) pour le prêt d’un capital. Si l’on renonce à un capital pendant un certain temps en le prêtant à une autre personne, il semble logique que l’on reçoive un dédommagement, qui est en fait le taux d’intérêt. De manière inverse quand l’on emprunte de l’argent (crédit à la consommation, carte de crédit,…) on doit payer un taux d’intérêt à l’institut qui nous l’a prêté.
Cela peut sembler donc bizarre, à priori, mais un taux d’intérêt négatif peut bel et bien exister. [1] C'est-à-dire que quand l’on emprunte de l’argent, non seulement le taux d’intérêt à payer est nul mais en plus on peut garder une partie de l’emprunt. [2]
Concentrons nous quelque peu sur l’exemple des obligations de la Confédération d’il y a environ un mois (28.08.2011) qui est assez emblématique en la matière. S’il on regarde dans le tableau ci-dessus, les investisseur payent un prix à l’unité de 100,508 francs et la Confédération doit leur reverser que 100 francs, 6 mois plus tard. La Confédération suisse, en émanent ces obligations sur un semestre (entre le 23.08.2011 et le 23.02.2012), tout calcul fait, reçoit une rémunération de 0.58%: en tant qu’emprunteur elle gagne de l’argent, ce qui est «une première en Suisse» (Philipp Rohr, Tribune de Genève, 30.08.2011).
Encore plus étonnant, malgré des investissements peut attrayants, le 23 août 2011, le gouvernement fédéral a emprunté «seulement» près de 599.80 millions de francs («montant total adjugé»), toutefois, les investisseurs étaient disposés à mettre à disposition plus de quatorze fois ce montant soit 8'829.00 millions de francs («montant total des soumissions»).
À cause de l’incertitude sur les marchés, dû essentiellement à la crise de l’euro, le comportement des investisseurs est tel qu’ils sont même disposés à payer un taux d’intérêt négatif pour investir auprès d’un emprunteur apparemment aussi fiable que la Confédération suisse.
Informations supplémentaires sur le thème:
Créances comptables à court terme sur la Confédération suissewww.snb.ch/...: Résultats de l'émission (BNS, 20.09.2011)
Les dettes de la Confédération lui font gagner de l'argentwww.tdg.ch/...: Pour la première fois de son histoire, la Suisse gagne de l’argent avec ses dettes (Tribune de Genève, 30.08.2011)
La fausse bonne idée du taux d’intérêt négatifwww.bilan.ch/...: Pour contrer la cherté du franc, la mesure proposée par certains provoquerait plus de déconvenues qu’autre chose (Pierre-Yves Frei, le 06.07.2011)
L'histoire du taux l'intérêt négatifwww.alternatives-economiques.fr/...: une synthèse d’un phénomène économique plus étrange que rare (Alternatives Economiques n° 169, Christian Chavagneux, avril 1999)
Pour l'équipe d'iconomix
Alexandre Mondoux
[1] On pourrait penser qu’il serait plus profitable de garder notre argent en espèces (thésaurisation) dans un coffre, pour ne rien perdre. Mais le taux d’intérêt négatif peut être aussi vu comme un frais bancaire qui baisse le risque notamment de tout perdre par un vol, une catastrophe ou un incendie.
[2] Cela n’est pourtant pas nouveaux: la BNS avait déjà du intervenir en sont temps (1979) sur le marché des changes pour contrecarrer la force du franc. Vu que le taux d’intérêt était déjà approximativement zéro, celui-ci est devenu négatif pendant quelques jours.
L'histoire de la politique commence en Chine
Au moment où les interventions politiques se multiplient dans un nombre croissant de domaines et où, parallèlement, certains Etats surendettés ne peuvent plus financer leurs prestations, le nouveau livre de Francis Fukuyama [1], l'auteur de "La fin de l'histoire", arrive fort à propos.
Son histoire de l'Etat en 586 pages n'est que le premier tome, le second devant traiter des perspectives futures et notamment répondre à la question de la durabilité du modèle chinois. Car si l'Empire du Milieu s'apprête à dépasser le PIB américain, son modèle politique souffre de l'absence de deux des trois caractéristiques d'un modèle durable. Ces trois conditions, leur émergence et leur évolution dans l'histoire et au sein des différentes civilisations, qu'elles soient chinoise, indienne, ottomane ou occidentale, correspondent à l'ossature de l'ouvrage.
La Chine dispose de la première des trois conditions d'un système politique moderne: Il a un Etat central fort. Mais l'Etat de droit n'est pas garanti et la responsabilité de son gouvernement à l'égard de ses citoyens n'est pas encore réalisée. Francis Fukuyama analyse leur évolution.
Il commence son histoire de la politique par la Chine et s'écarte ainsi de l'eurocentrisme habituel. Il est vrai que l'Etat moderne, avec une administration centralisée et efficiente, organisée en fonction du mérite au sein d'un pays unifié et vaste, y existe dès 221 avant notre ère (dynastie Qin). Soit dix-huit siècles avant l'Occident. Au début de notre ère, l'administration chinoise comptait par exemple 130 000 personnes pour 60 millions d'âmes.
L'auteur explique, en détail, l'émergence de l'Etat de droit, un exposé qui part d'Europe cette fois. Francis Fukuyama montre ici que l'Etat de droit ne peut exister sans Etat fort, et s'oppose ainsi aux théories libérales de Friedrich von Hayek. Intéressant également est le chapitre qui souligne l'importance de l'église catholique dans l'établissement de la loi et de la propriété privée. Contrairement à d'autres historiens, il estime que la possibilité d'acheter et vendre librement sa propriété existait déjà au 13ème siècle en Angleterre.
Les chapitres centrés sur l'émergence de la responsabilité politique et de la légitimité du gouvernement débute aussi par l'Europe, mais le processus a été très différent entre les pays.
Aujourd'hui, l'intégration des sociétés a accru le niveau de concurrence entre elles et produit un rapide changement politique ainsi qu'une convergence des formes de politique. Les questions soulevées par l'auteur sont nombreuses, et concernent aussi bien l'avenir de la Chine que de celles des démocraties libérales. Il soutient que les formes de gouvernement responsables et légitimes ont un meilleur avenir et promet de livrer son scénario dans le tome deux à paraître ces prochains mois.
[1]
Francis Fukuyama, The origins of political orderwww.amazon.fr/..., Farrar, Straus and Giroux, 586 pages, 2011.
Dans deux ans, la Chine pourra s’acheter toute la Suisse
C’est le genre de nouvelles qui n’intéresse en général que les économistes. Pourtant, quand on y regarde de plus près, et si l’on change un peu de perspective, ça donne un peu froid dans le dos. En effet, dans deux ans, le gouvernement chinois aura assez de réserves monétaires pour acheter toutes entreprises suisses.
Une plaisanterie? Pas vraiment.
Les réserves en devises de la banque centrale chinoisewww.tribuforex.fr/... s’élèvent, selon les dernières statistiques officielles, à près de 3000 milliards de francs! Et elles ne cessent de grimper, à une vitesse faramineuse.
Ces réserves, pour faire simple, ce sont comme les économies d’un ménage, mais au niveau d’un Etat. Autrement dit, l’argent que la Chine pourra dépenser en cas de coup dur, sans s’endetter.
En attendant, le gouvernement chinois ne garde bien entendu pas une telle somme dans ses coffres. Il cherche à l’investir de la manière la plus judicieuse possible. Une grande partie est destinée à acquérir des bons du trésor américain. Une autre est investie dans des entreprises occidentales, via un
fonds souverainfr.wikipedia.org/.... Y compris des entreprises suisses? On ne le sait pas, le fonds souverain chinois n’étant pas vraiment transparent. Mais ce n’est pas impossible. On se souvient qu’un autre fonds souverain, celui de Singapour, avait
acquis une bonne partie des actions de la banque UBSwww.romandie.com/..., un investissement de 11 milliards de francs, lors de la crise qui avait ébranlé la banque, fin 2007.
Mais revenons à la Chine. Il faut savoir que la valeur de toutes les entreprises cotées à la Bourse suisse,
tourne autour des 1000 milliards de francswww.wikinvest.com/.... Autrement dit, avec ses réserves, la banque centrale chinoise pourrait déjà sans problème acquérir
toutes les entreprises cotées de notre payswww.six-swiss-exchange.com/..., c'est-à-dire UBS, Roche, Novartis, Credit Suisse, Swatch Group et autres.
Bon, d’accord, ces entreprises ne représentent pas toute l’économie suisse, mais quand même une bonne partie:
selon une récente étude d’économie suissewww.economiesuisse.ch/..., les presque 300 entreprises cotées en bourse représentent près de 20% de tous les emplois du pays et une part quasi équivalente de la valeur ajoutée créée par l’économie. Sur cette base, on peut estimer, très grossièrement, que la valeur de toutes les entreprises suisses tourne autour des 5000 milliards de francs.
Sachant que les réserves de la banque centrale chinoises ont augmenté de manière quasi linéaire ces dix dernières années, grosso modo +30% par an, le calcul est simple: à ce rythme là, dans un peu plus de deux ans, les réserves chinoises dépasseront les 5000 milliards de francs. Et la Chine pourra acheter toute l’économie suisse.
Bien entendu, ce scénario n’est qu’une fiction, très, très simplificatrice. Il faut savoir qu’acheter toutes les entreprises d’un pays n’est pas possible: la plupart son en mains privées et leurs propriétaires n’ont pas le moins du monde envie de les vendre; d’autres, nombreuses en Suisse, sont en mains de fondations (comme le groupe horloger Rolex, par exemple) et elles ne peuvent légalement pas être vendues; d’autres encore sont en mains publiques (comme les CFF, par exemple) et ne peuvent pas non plus être vendues, à moins d’un changement de la loi.
Reste que cette fiction qui illustre assez bien, je crois, la taille gigantesque des réserves monétaires accumulées par le gouvernement chinois. Et l’on comprend mieux, vu sous cet angle, les craintes que ces réserves, que cette véritable force de frappe chinoise, suscitent dans les pays occidentaux.
La future détérioration de la dette publique
Le terme de faillite des Etats est, depuis la crise grecque, largement répandu dans les médias. La dette publique s'est fortement accrue à la suite de la crise financière et de l'intervention des Etats. En pourcentage du PIB, elle devrait dépasser 100% dans les pays industrialisés l'année prochaine. Pourtant, le pire est à venir selon un
travail de recherchewww.bis.org/... de la
BRIwww.bis.org*. Or cette haute autorité monétaire n'a pas coutume de dramatiser la situation. Pourtant les auteurs affirment que le vieillissement de la population, par ses effets sur les finances publiques, «crée encore un plus grand danger» que les implications de crise financière.
La détérioration résulte en partie des plans de relance massifs et coûteux réalisés pendant la crise financière. Ils représentent 13,2% du PIB des pays industrialisés, y compris l'injection de capitaux dans les banques et les achats de titres, mais sans les garanties de dettes. L'impact a été considérable sur les finances publiques: une détérioration de 20 à 30% du PIB en trois ans, selon la BRI. Sans une réaction énergique des pouvoir publics, la tendance ne s'améliorera pas de sitôt. Or la croissance économique est moindre dès que la dette publique s'approche de 100% du PIB.
Il est encore plus important de cerner la nature du problème, selon les auteurs. Elle n'est pas cyclique. Elle ne s'évaporera pas donc avec le retour de la croissance économique. Elle est structurelle. D'ailleurs ni l'emploi ni la croissance ne devraient rapidement retrouver leur niveau d'avant la crise, selon les auteurs de l'étude. Le déficit public est en effet de plus en plus lié au vieillissement démographique et à ses coûts en termes de santé et de retraite. Or le rapport entre la population active et les personnes à la retraite va progressivement se détériorer, spécialement au Japon, en Espagne, en Italie et en Grèce. Nous remarquerons que nous retrouvons les pays les plus visés actuellement.
Les prévisions à long terme sont très pessimistes si l'on intègre les promesses de financement liées au vieillissement, même si les auteurs prennent volontairement des hypothèses favorables telles que le maintien des taux d'intérêt actuels et une croissance économique revenant au niveau d'avant la grande récession.
D'ici 2020, le déficit budgétaire augmenterait de 13% du PIB en Irlande, 8 à 10% aux Etats-Unis, Royaume-Uni, Japon, Espagne et 3 à 7% en Allemagne, Grèce et au Portugal. Cette détérioration augmenterait encore le fardeau de la dette et le ferait grimper à 300% du PIB au Japon, 200% au Royaume-Uni et 150% aux Etats-Unis, France, Italie et Grèce. Ce n'est naturellement pas durable.
Les efforts exigés sont importants. Mais pour que les mesures sur les engagements de l'Etat liés au vieillissement ne pénalisent pas la conjoncture, mieux vaut un relèvement de l'âge de la retraite qu'une hausse des impôts.
* CECCHETTI S.G., MOHANTY M.S. & ZAMPOLI F. (2010),
The future of public debt: prospects ans implicationswww.bis.org/..., Bank for International Settlements, Working Paper No 300.
La crise financière décryptée – partie II
Une vidéo originale de quatre minutes présente les causes de la crise financière et sa propagation au niveau international (en allemand).
Pour l’équipe iconomix
Boris Kaiser
Leçons de la crise – partie IV: la Suisse, cette pionnière
Pendant que les États-Unis et l’Union européenne discutent du problème, la Suisse a déjà implémenté des prescriptions concrètes pour réguler les marchés financiers. En décembre 2008, de nouvelles exigences en matière de fonds propres et de ration d’endettement (leverage ration) à l’intention des grandes banques ont été introduites. En outre, une circulaire contraignante portant sur le système de rémunération des banques est entrée en vigueur le 1er janvier 2010.
Ces mesures visent à rendre les instituts financiers suisses plus résistants aux crises en réduisant le risque de manque de liquidité et de capital. Une sortie de secours pour les grandes banques en difficulté – et qui présentent par conséquent un risque systémique pour l’économie – doit cependant encore être définie. Tant qu’une banque est trop grande pour faire faillite («too big to fail»), elle bénéficie d’une garantie implicite de l’État. Elle dispose ainsi d’un avantage concurrentiel par rapport aux autres banques. Du point de vue de l’économie de marché, cette situation n’est pas tenable: une entreprise mal gérée doit pouvoir faire faillite.
L’établissement d’une procédure de redressement judiciaire pour les banques constitue une solution potentielle en discussion. Le Prof. Ernst Baltensperger a notamment expliqué, lors de la journée iconomix d’économie politique du 5 septembre 2009, qu’une telle procédure devait permettre des restructurations planifiées dans le temps. Les ventes forcées d’actifs pourraient ainsi être évitées. En parallèle, les fonctions traditionnelles des banques essentielles au système économique (réception de capitaux sous la forme de dépôts et octroi de crédits) seraient sauvegardées. Une contagion de la crise au reste de l’économie serait ainsi contenue.
Pour modifier le comportement des entreprises et revêtir un caractère préventif, Ernst Baltensperger relève que les conditions d’une telle procédure doivent être définies en amont et de manière crédible. Cette procédure pourrait être prévue dans un «living will», une sorte de testament dans lequel l’entreprise règle elle-même sa faillite pour éviter une contagion au reste de l’économie.
Une autre proposition demande aux banques internationales de s’organiser en holdings. Une structure en filiales indépendantes l’une de l’autre permet à une filiale de faire faillite sans entraîner avec elle la division chargée des dépôts et des crédits.
L’intensité du débat dans les sphères économique et politique démontre qu’il n’existe pas de formule magique pour résoudre le problème des banques «too big to fail». La Suisse, avec son secteur bancaire hypertrophié en comparaison internationale, semble cependant prête à assumer un rôle de pionnière en la matière et à faire cavalier seul au besoin.
Pour l’équipe iconomix
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann
Leçons de la crise – partie III: le modèle d’affaires des banques
Les deux plus grandes banques de Suisse disposent actuellement d’un taux de fonds propres (= fonds propres / total du bilan) de respectivement 4.1% et 3.5%. Ces valeurs correspondent à moins d’un cinquième du taux moyen d’autres secteurs économiques. Comment les banques peuvent-elles apparaître comme des acteurs financièrement sains et des débiteurs solvables avec si peu de fonds propres?
La réponse se trouve dans les modèle d’affaires des banques. Traditionnellement, les banques commerciales reçoivent des capitaux sous la forme de dépôts et accorde des crédits. Elles assurent également le trafic des paiements. Leurs propres prestations consistent à utiliser de manière productive le capital étranger accumulé. Par définition, leur modèle d’affaires repose donc sur le capital étranger – une banque avec 100% de fonds propres n’est pas une banque.
Le bénéfice d’une banque provient du rendement des capitaux étrangers «réinvestis» et des commissions. La marge réalisée est souvent faible, mais la banque dispose d’un avantage lié au volume de ses affaires: en gérant un grand nombres de dépôts et de crédits, elle profite d’économies d’échelle et peut ainsi réaliser un bénéfice.
Le besoin de croissance des banques est donc compréhensible. D’un point de vue économique, il est d’ailleurs rationnel de rechercher les investissements les plus rentables pour les capitaux disponibles. Ainsi, de nombreuses banques commerciales sont également actives sur les marchés financiers, et développent ainsi des activités de banques d’investissement – avec les conséquences dramatiques observées dans le cadre de la crise financière. Les affaires liées aux titres, regroupées dans la banque d’investissement, sont certes plus lucratives mais aussi plus risquées.
Pour que le rôle conservateur des activités de dépôts et de crédits – vital pour une économie – ne soit plus menacé à l’avenir par les activités risquées liées aux marchés financiers, les deux domaines devraient être légalement séparés: c’est du moins ce que recommande Paul Volcker, ancien président de la banque centrale des États-Unis (Federal reserve)*. Cette mesure était d’ailleurs en vigueur aux États-Unis entre 1933 et 1999. Pour la Suisse, une pratique aussi radicale représenterait une nouveauté. Dans le cas d’une crise, l’État pourrait ainsi sauver les banques commerciales tandis que les banques d’investissement seraient laissées aux lois du marché.
Le gouverneur de la banque centrale de la Grande-Bretagne, Mervin King, image cette proposition à l’aide de l’exemple suivant**: «Les banques commerciales sont semblables aux fournisseurs d’électricité. Leur mission est de fournir du courant – le capital – à l’économie de manière fiable. En cas d’urgence, elles peuvent demander l’aide de l’État. En contrepartie, elles doivent se contenter d’une marge de profit à un chiffre, tout comme les fournisseurs d’électricité. Les banques d’investissement sont par contre comme des casinos. Elles gagnent beaucoup dans un bon jour. Mais dans un mauvais jour, elles doivent pouvoir faire faillite.»
Cet exemple démontre le paradoxe de la problématique du «
too big to failhttp://www.iconomix.ch/». Parce qu’elles assurent une fonction essentielle dans l’économie nationale, les grandes banques peuvent compter sur une garantie implicite de l’État. Tout en bénéficiant ainsi d’une réputation financière excellente, elles peuvent en même temps s’engager dans des investissements risqués pour réaliser d’importants bénéfices qui seront distribués à leurs actionnaires.
Il est dès lors aisément compréhensible que les banques ne renonceront pas sans résistance à cette confortable situation.
Pour l’équipe d‘iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann
* UCHITELLE L. (2009), «
Volcker Fails to Sell a Bank Strategywww.nytimes.com/...», The New York Times.
** KING M. (2009), «
Speech to Scottish Business Organisationsfbkfinanzwirtschaft.files.wordpress.com/...», Edinburgh.
Pour en savoir plus:
– iconomix-Blog du 01.03.10: «
Pourquoi sauve-t-on les banques et pas les opérateurs de téléphonie mobile?http://www.iconomix.ch/»
Leçons de la crise – partie II: les Nations contre la garantie d’Etat
En Suisse également,
l’Etat a dû soutenir une grande banquehttp://www.iconomix.ch/ pour lui éviter un manque de liquidités. Avec du recul, il semble que cette opération de sauvetage menée par la Confédération et la Banque nationale se soit révélée un succès. Les experts et les politiciens sont toutefois unanimes pour estimer qu’un tel scénario ne doit pas se répéter.
Par son intervention, le gouvernement a accordé de fait une garantie d’Etat contre le
risque systémiquehttp://www.iconomix.ch/ que représente la grande banque. Cela crée une mauvaise incitation et constitue une entorse à la concurrence en faveur des grands instituts financiers. En période faste, ils dégagent des bénéfices considérables en prenant de grands risques. Mais lors d’une crise, ils ne craignent pas de faire faillite.
Tout autour du monde, les experts et les politiciens évaluent différentes pistes de régulation pour traiter le problème du risque systémique. Parmi elles, relevons:
- l’organisation des banques internationales en holdings pour permettre la séparation de certaines entités en cas d’urgence;
- une meilleure délimitation du trafic des paiements du reste du secteur financier, pour limiter l’impact d’une faillite bancaire;
- le retour de la séparation entre banques commerciales et banques d’investissement;
- l’introduction d’une restriction liée à la taille des instituts financiers;
- la progressivité dans les exigences en matière de fonds propres (plus une banque est grande et interconnectée, plus sa part de fonds propres par rapport au total du bilan doit être élevée);
- l’émission par les grandes banques d’obligations contenant une clause spéciale les obligeant à les convertir elles-mêmes en actions en cas de crise;
- la révision du système de rémunération (et notamment l’alignement de la part variable du salaire sur les résultats à long terme de l’entreprise);
- l’introduction d’un impôt spécial pour les banques qui représente un risque systémique.
Ces mesures ont pour objectif de modifier les incitations qui poussent les banques à adopter des stratégies de croissance du bilan et d’investissement – trop – risquées.
Toutes les propositions de régulation mentionnées ci-dessus ont une chose en commun: elles placent les solutions du débat au niveau international. Dégager un compromis à partir de ces propositions constituera un processus impondérable de longue haleine. Si la Suisse devait agir seule, son secteur bancaire international perdrait de sa capacité concurrentielle.
Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann
En savoir plus:
– iconomix-Blog du 01.03.10: «
Pourquoi sauve-t-on les banques et pas les opérateurs de téléphonie mobile?http://www.iconomix.ch/»
– iconomix-Blog du 15.12.08: «
FAQ sur le plan de sauvetage de l’UBShttp://www.iconomix.ch/»
Leçons de la crise – partie I: accepter la régulation
La crise économique actuelle est profonde. Les causes du quasi-effondrement du système financier sont partout recherchées. Pour certains, le «laissez-faire» de l’économie de marché est coupable; il doit par conséquent être bridé, autrement dit mieux régulé.
Pour ce faire, l’Etat dispose de mesures préventives (visant à limiter le risque) et curatives (visant à limiter les dommages). Les premières doivent réduire le risque que le problème ne survienne par des incitations et des prescriptions adéquates. Les secondes cherchent à régler le mieux possible une situation problématique.
Les systèmes financiers sont fondamentalement fragiles. Un risque d’effondrement existe. La régulation doit chercher à réduire ce risque autant que possible. L’éviter totalement relève de l’utopie.
Les dimensions de l’actuelle crise financière renvoient à une mauvaise régulation ou à une régulation insuffisante. Cette conclusion a le don d’irriter car les prescriptions visant à une forte régulation des banques et du secteur financier avaient été revues dans le cadre de Bâle II en 2004. Les experts étaient alors persuadés d’avoir conçu une meilleure régulation. Sur la base des développements du secteur financier que nous avons connus depuis lors, doivent-ils être considérés pour autant comme des incompétents?
Nous ne le pensons pas, car si le marché est faillible, les régulateurs le sont aussi, comme nous le démontre l’économie comportementale. Il est particulièrement délicat d’éviter les comportements partiaux, l’influence de lobbies ou les incitations politiques dans le cadre de travaux réalisés en commissions. Couplés à l’incertitude et au niveau imparfait des connaissances, il en résulte presque inévitablement une régulation sous-optimale.
Si les régulations sont de toute manière faillibles, pourquoi ne les laisse-t-on pas simplement de côté? Dans son
dernier livrewww.georgesoros.com/...*, George Soros, la légende des hedge-funds, contre cette argumentation. Pour lui, elle représente le pendant de l’intervention communiste pour supprimer les défaillances du marché. Ces deux positions antagonistes et extrêmes constituent de dangereuses idéologies.
Pour mieux comprendre la réalité, nous devons accepter l’idée que les marchés sont faillibles et qu’ils doivent être régulés. Sans surveillance, les marchés financiers se seraient effondrés. Avec surveillance, ce danger ne peut pas être totalement écarté. C’est pourquoi George Soros propose avant tout un nouveau paradigme – une nouvelle manière de penser – pour les marchés financiers: toutes les personnes impliquées dans la défaillance du marché doivent en être conscientes et intégrées dans le processus de décision.
Pour l’équipe iconomix
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann
* SOROS G. (2008),
The New Paradigm for Financial Markets: The Credit Crisis of 2008 and What it Meanswww.georgesoros.com/..., Open Society Institute.
En savoir plus:
Une leçon de 45 minutes de George Soros sur les marchés financierswww.georgesoros.com/... (en anglais)
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