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Mardi, 26 octobre 2010,
11:54

Pourquoi des bonus?

Les employeurs disposent de différents moyens pour inciter leurs collaborateurs à fournir des prestations de premier ordre: ils peuvent par exemple verser un salaire élevé, optimiser les conditions de travail ou offrir des possibilités attrayantes de formation continue. Une autre option consiste à introduire un système de rémunération variable prévoyant le versement de bonus.

Les bonus salariaux liés à la performance visent à renforcer l’engagement des employés. Ceux qui fournissent des efforts notables et obtiennent de bons résultats reçoivent un bonus élevé, et les autres se contentent du salaire de base ou d’un bonus modeste.

Les systèmes de rémunération variable sont devenus fréquents dans de nombreuses branches, où ils s’appliquent en particulier aux cadres. Leur efficacité est généralement bien attestée, même si certaines réserves s’imposent: ainsi, les bonus liés à la performance tendent à l’emporter sur à la motivation initiale et n’encouragent que dans certaines conditions la qualité d’activités intellectuellement exigeantes, comme le montrent par exemple les études du psychologue du comportement Dan Arielyweb.mit.edu/....

Pour qu’un bonus influe sur les prestations, il faut que ces dernières soient mesurées à l’aide de critères objectifs et représentatifs. Il convient aussi de doser avec soin l’incidence de cette évaluation sur le salaire: un système de bonus trop dominant et privilégiant excessivement certains aspects peut canaliser les efforts des employés dans une direction dommageable à long terme à l’entreprise.

La crise financière de 2008, dans laquelle de nombreuses banques ont frôlé la faillite, a illustré ce phénomène. Quelques établissements financiers versaient en effet des bonus élevés à leurs collaborateurs chargés des opérations de banque d’investissement lorsqu’ils réalisaient des gains importants à court terme. Cette politique salariale erronée les encourageait à prendre des risques qui ne laissaient pas de traces dans les bilans, mais qui se sont montrés dévastateurs à long terme.[1]

Aujourd’hui, la plupart des banques attendent quelques années avant de verser la totalité des bonus pour un exercice déterminé. Cette pratique sera bientôt obligatoire dans l’UE. Dès 2011, les établissements financiers pourront y verser au maximum 60% des bonus immédiatement. De plus, la moitié au moins de cette tranche devra consister en titres – par exemple en actions – qui ne pourront être vendus qu’après une période de blocage de plusieurs années. Ce système a cependant ses failles. Ainsi, le cours des actions d’une entreprise dépend d’un grand nombre de facteurs non influençables et ne reflète donc que de façon limitée les prestations d’un employé.

Pour évaluer équitablement la contribution d’un négociant ou d’un manager, il faut développer des critères permettant de mesurer les prestations de façon relative, c'est-à-dire en les comparant à celles d’autres négociants ou managers dans d’autres entreprises. De nombreux conseillers d’entreprise se sont attelés à cette tâche. Mais même les systèmes de bonus les plus perfectionnés ne permettront pas de résoudre les problèmes fondamentaux: les entreprises qui versent des bonus excessivement élevés soulèvent les critiques du public, et attirent toujours les personnes intéressées davantage aux bonus qu’à une culture d’entreprise axée sur le long terme.

Pour l’équipe iconomix
Simon Schmid

Voir la section consacrée à ce sujet dans l’édition d’octobre 2010 de Politics-Economics.

[1] Voir le dossier iconomix consacré à la crise financière.

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Lundi, 18 janvier 2010,
10:01

Ostrom et la tragédie des biens communs

L’attribution du prix Nobel d’économie 2009 à la politologue Elinor Ostrom peut apparaître comme politiquement orienté aux yeux de certains. Ses nombreuses études sur l’utilisation des ressources naturelles librement accessibles à tous – autrement dit les biens communs – forment cependant, et sans aucun doute, une contribution d’une valeur significative.

Aujourd’hui encore, de nombreux manuels d’économie prédisent (souvent comme un réflexe) la surexploitation des ressources librement accessibles à tous lorsqu’elles sont disponibles en quantité limitée. L’argumentation intuitive est présentée dans l’exemple de la surpêche ci-dessous.

Chaque pêcheur, pris individuellement, a une incitation à pêcher le plus de poissons possibles dans un plan d’eau utilisé de manière conjointe par d’autres pêcheurs. Si les prises filent directement dans la poche des pêcheurs, les coûts, sous la forme d’une diminution du stock de poissons, sont quant à eux répartis sur tous les pêcheurs. Sans une régulation étatique (établissement de quotas de pêche par exemple) ou une privatisation du bien commun, cette incitation conduit à une surexploitation de la ressource et aboutit à un effondrement du stock de poissons.

Dans ce cadre, Elinor Ostrom argumente que l’existence de ressources librement accessibles à tous ne conduit pas obligatoirement à une surexploitation. Son livre «Governing the Commons» présente en particulier des études de cas détaillés qui débouchent sur l’efficacité de la gestion collective des biens communs.

L’idée sous-jacente est simple: une association d’usagers a un intérêt commun à gérer une ressource de manière durable, car elle représente une condition pour ses revenus futurs. Il existe ainsi une raison valable pour faire cesser la surexploitation.

Une gestion collective couronnée de succès ne pourra toutefois pas être élaborée dans chaque cas. Plus une association d’usagers sera grande et plus les intérêts de ses membres seront divergents, plus il sera difficile d’atteindre une unification. Des interventions étatiques peuvent alors entrer en vigueur. Elinor Ostrom ne s’y opposent d’ailleurs pas. Elle remet toutefois en question leur utilité illimitée.

Indépendamment de la solution retenue – intervention étatique, privatisation ou gestion collective –, une meilleure acceptation des règles convenues est observée lorsque la population concernée est intégrée dans le processus de décision. Un aspect sur lequel insiste d’ailleurs Elinor Ostrom.

Les recherches d’Elinor Ostrom présentent également le mérite d’apporter un éclairage sur les systèmes d’incitation dans le cadre de cas concrets. Chaque forme d’intervention dans un système existant conduit à une modification des conditions-cadres et, finalement, à une adaptation du comportement des groupes d’intérêts.

Une seule certitude: les solutions simples proposées pour résoudre la tragédie des biens communs sont toujours accueillies avec scepticisme.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Pascal Sulser

 

En savoir plus:

- Jeu de stratégie iconomix: «Biens communs – Jeu du Vivier»

- Le Monde (12.10.2009): «Le Nobel d’économie récompense deux Américains pour des travaux sur la gouvernance économique»

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Lundi, 23 novembre 2009,
08:31

Penalty et théorie des jeux -Partie 2

La première partie de cette série a clairement démontré que le succès d’un tireur de penalty ne dépendait pas uniquement de lui mais également du comportement simultané adopté par le gardien. L’écrivain Peter Handke décrit cette double contingence dans son récit «La peur du gardien de but lors d’un penalty»:

«Le gardien réfléchit au coin du but dans lequel l’adversaire va tirer. (…) Lorsqu’il connaît le tireur, il connaît aussi le coin qu’il choisit généralement. Mais le tireur tient probablement compte du fait que le gardien réfléchit là-dessus. Le gardien poursuit donc sa réflexion et envisage que la balle pourrait, pour une fois, aller dans l’autre coin. Si le tireur continue de réfléchir en fonction du gardien, il décidera alors de tirer tout de même dans le coin habituel. Et ainsi de suite, et ainsi de suite.»

Les situations dans lesquelles le succès ne dépend pas seulement de sa propre action mais également des actions des autres peuvent être systématiquement analysées à l’aide de la théorie des jeux. Les tirs de penalty constituent un exemple typique. Comme la joie du vainqueur est compensée en même temps par la peine du perdant, il s’agit d’un jeu à somme nulle.

Le théoricien des jeux Ignacio Palacios-Huerta a analysé 1417 penalties entre septembre 1995 et juin 2000. Tout d’abord, il a calculé la probabilité de succès des tirs selon que le tireur choisit son coin «naturel» ou non. Pour un droitier, et du point de vue du gardien, le coin naturel est le droit. Pour un gaucher, il s’agit du coin gauche. A l’aide de cette distinction, Palacios-Huerta a développé cette matrice de jeu:

Elle indique la probabilité de succès d’un tir selon que le tireur choisit son coin naturel ou non (lignes de la matrice) et selon que le gardien anticipe le coin naturel du tireur ou non (colonnes de la matrice).

Ainsi, si le tireur choisit son coin naturel et que le gardien anticipe ce coin naturel, il a une probabilité de marquer de 70%. Si, au contraire, le gardien anticipe l’autre coin, le tireur a une probabilité de succès de 95%. Le 5% restant se perd en lattes, poteaux ou tirs hors du cadre.

Aucune stratégie d’équilibre n’apparaît pour les tirs de penalty. Cela signifie qu’il n’y a pas de sens pour un joueur de tirer toujours dans le même coin. Un constat analogue vaut pour le gardien. Ils doivent par conséquent varier leur stratégie, autrement dit alterner les côtés, pour que chacun demeure imprévisible pour l’adversaire.

Mais cette alternance dans le choix du côté ne doit pas devenir prévisible non plus. Un joueur qui tirerait une fois à droite, une fois à gauche, et ainsi de suite de manière répétée deviendrait prévisible dans tous les cas. Le changement doit intervenir au hasard pour demeurer imprévisible.

Dans ce contexte, Palacios-Huerta évalue les stratégies optimales et arrive aux résultats suivants. Le tireur doit choisir son coin naturel dans le 61% des cas et l’autre coin dans le 39% des cas. Le gardien, quant à lui, doit opter pour le coin naturel du tireur dans le 58% des cas et pour l’autre coin dans le 42% des cas.

Dans la réalité, les tireurs et les gardiens s’approchent de très près de ces valeurs. La théorie des jeux parvient ainsi à expliquer étonnamment bien le comportement réel des acteurs lors des tirs de penalty.

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Mercredi, 14 octobre 2009,
14:43

Pénaliser les familles qui ne s'assurent pas

Les propositions d'assurance-maladie du gouvernement Obama ont relancé le débat sur la définition de l'impôt.

La question n'est de loin pas théorique. Le président américain a promis de ne pas augmenter les impôts auprès des Américains gagnant moins de 250’000 dollars par an. Mais le budget est déficitaire et toute recette est donc bienvenue.

Le gouvernement a ainsi augmenté les taxes sur les cigarettes. Or elle frappe aussi les fumeurs gagnant moins de 250’000 dollars. Il est vrai que ce n'est pas un impôt sur le revenu mais sur la consommation.

Plus intéressant toutefois, le gouvernement a proposé de frapper d'une pénalité de 3800 dollars les familles qui pourraient prendre une assurance-maladie mais ne le font pas. Est-ce que cette contrainte est un impôt?

L'impôt se définit par tout argent récolté par le gouvernement dans l'exercice de son pouvoir souverain, donc sous un effet de contrainte. L'achat d'un souvenir dans un parc national accroît les recettes de l'Etat, mais ce n'est pas un impôt parce que c'est un acte volontaire, explique sur son blog Donald Marron, professeur à l'Univeristé de Washington et ancien responsable des conseillers de George Bush.

Mais une pénalité pour ne pas avoir acheté une assurance obligatoire est traitée comme un impôt par l'administration américaine. C'est un impôt aux yeux de Donald Marron également.

Pour lui une différence doit être opérée en fonction de l'objectif de l'impôt. Soit il vise à financer les activités du gouvernement (défense, justice, formation). Soit il exerce un effet incitatif sur les comportements. C'est le cas d'une taxe sur le CO2 ou de toute taxe dite «pigouvienne» (du nom de l'économiste français Alfred Pigou). Un tel impôt cherche à réduire ce que les économistes nomment externalités. Une externalité (négative ou positive) est une conséquence liée à une activité économique qui n’est pas directement supportée par son producteur.

Le raisonnement peut être appliqué à l'assurance-maladie. Une taxe sur celui qui ne s'assure pas permet de prévenir le coût qu'il risque de créer auprès d'autres personnes, par exemple en cas d'accident de voiture. La pénalité envisagée par le gouvernement est donc une taxe, mais elle ne vise pas d'abord à augmenter les recettes fiscales. Les travaux académiques sur les prestations obligatoires sont peu nombreux. L'un des plus appréciés est celui de Lawrence Summers*, actuel Secrétaire au Trésor du gouvernement américain.

 

* SUMMERS L. (2001), What can Economics contribute to social policy, Harvard, MA 02138.

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Mardi, 06 octobre 2009,
11:26

Vaincre le dopage dans le sport

Plus il y a d’argent en jeu, plus la tentation de tricherie est grande. Ce constat n’épargne pas le sport, comme le confirment les innombrables scandales de dopage de ces dernières années en cyclisme, athlétisme, natation ou course à pied.

Le dopage se répand dans le sport lorsqu’il présente deux caractéristiques: d’une part, il doit se traduire par un avantage considérable au niveau des performances; d’autre part, le risque de se faire contrôler doit être compensé par la perspective d’une hausse des gains financiers. Ces deux caractéristiques se retrouvent typiquement dans les sports individuels.

D’une part, les différences de performance entre les concurrents sont minimes. La force et l’endurance peuvent être améliorées facilement et directement à l’aide de produits interdits. Michael Shermer explique dans un article publié dans le Scientific American Magazine que les médecins du sport sont parvenus à améliorer les performances des cyclistes de 10% à l’aide du dopage sanguin*. De telles avantages sont déterminants quand le résultat d’une course se joue à une différence de moins d’1%.

D’autre part, l’incitation à utiliser des substances interdites est renforcée par le système de rémunération, en particulier lorsque les primes de victoires sont structurées de manière hiérarchique, avec un écart important entre les sportifs classés. Les coureurs sont ainsi acculés à des performances de premier choix.

L’expression «winner-takes-all» est d’ailleurs utilisée dans les milieux spécialisés pour décrire la situation où le vainqueur remporte la mise en ne laissant que des miettes aux viennent ensuite. L’exposition médiatique et la popularité viennent en outre renforcer les gains du vainqueur.

Primes exorbitantes en cas de victoires, faible probabilité de se faire pincer, risque, en tant que coureur propre, de ne pas être compétitif et de ne pas générer de revenus constituent autant de raisons qui expliquent la prise de produits dopants. Michael Shermer estime par conséquent que le dopage dans le cyclisme constitue un comportement rationnel au vu de la théorie des jeux. Indépendamment du comportement adopté par ses concurrents, la stratégie dominante d’un cycliste consistera à se doper pour augmenter son espérance de gains.

Pour sauver le sport, l’incitation à la prise de produits dopants doit impérativement être modifiée. Le respect des règles doit valoir la peine par opposition aux comportements inadaptés. Pour y parvenir, des contrôles efficaces doivent être instaurés et des amendes drastiques infligées pour réduire l’espérance de gains liées à la prise de produits dopants.

Le blog «Freakonomics» du New York Times présente un système d’incitation créatif**. Chaque coureur verse 10% de son salaire sur un compte bloqué rapportant des intérêts. Si le sportif n’est jamais testé positif durant sa carrière, il reçoit la somme d’argent accumulée au moment de sa retraite – ce qui équivaut à une prévoyance à long terme. Mais s’il se fait pincer, il perd la totalité de ses versements, qui seront alloués à la lutte anti-dopage…

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann

 

* SHERMER M. (2008), The Doping Dilemma, Scientific American, April issue.

**DUBNER S. J. (2009), Hitting Sports Cheats in Their Wallets, Freakonomics Blog, The New York Times, 26. August.

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Lundi, 28 septembre 2009,
09:17

Le bien commun est au Brésil

Les forêts stockent de grandes quantités de gaz carbonique, tandis que la déforestation contribue à un cinquième des émissions de gaz à effet de serre (arbres brûlés et décomposition des dépouilles notamment). Qu’est-ce qui empêche donc la communauté internationale d’agir de manière coordonnée pour protéger les forêts existantes?

Dans le cas de l’Amazonie, l’absence de droits de propriété constitue l’explication prépondérante. Les surfaces boisées n’y sont que rarement en mains privées. En parallèle, l’Etat manque de mécanismes efficaces pour empêcher une exploitation non autorisée. La forêt primaire présente ainsi les caractéristiques typiques d’un bien commun.

L’Etat lui-même n’a souvent que peu d’intérêt à imposer ses droits de propriété, car l’activité économique en Amazonie génère des places de travail et des revenus. Les dégâts à l’environnement (externalités négatives) peuvent le plus souvent être répartis sur la collectivité sans conséquence négative pour le pouvoir en place.

Que reste-t-il à faire? Pour améliorer la situation, les droits de propriété doivent impérativement être redéfinis. En parallèle, des mécanismes d’exclusion efficaces doivent être mis en œuvre.

Fort heureusement, une tentative allant dans ce sens a été entreprise il y a peu par le gouvernement brésilien. D’une part, des directives légales, qui clarifient les droits d’exploitation de la forêt, ont été promulguées. D’autre part, un système de surveillance par satellite a été développé pour offrir de meilleures possibilités de contrôle.

Il reste à savoir comment les différents intérêts locaux, nationaux et internationaux pour l’exploitation de l’Amazonie pourront être conciliés. Faut-il instaurer des incitations financières pour que les surfaces boisées ne soient pas dévolues à l’élevage ou à l’extraction des richesses du sous-sol? C’est exactement la proposition faite par l’Equateur qui est prêt à renoncer à l’exploitation commerciale de gisements pétroliers si la communauté internationale peut, en contrepartie, se mettre d’accord sur le versement de paiements compensatoires correspondants.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Pascal Sulser

 

Pour aller plus loin:
- Module iconomix sur les biens communs (jeu du vivier)http://www.iconomix.ch/

- Article «Seeing REDD in the Amazon», The Economist

Source des images:
FreeDigitalPhotos.net

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Lundi, 21 septembre 2009,
07:40

Pas de prix sans marché -partie 1

Imaginez que les voies d’approche de l’aéroport de Genève soient modifiées. Des quartiers résidentiels, épargnés jusqu’ici par le bruit des avions, seraient dorénavant exposés aux nuisances sonores. Comment peut-on évaluer, en francs, les dommages subis par les habitants concernés?

Une méthode consiste à évaluer le prix des maisons avant et après la modification des voies d’approche. Une alternative serait de comparer le prix de ces maisons avec des objets immobiliers similaires non touchés par les nuisances sonores. L’idée sous-jacente est que les dommages subis se reflètent dans la baisse du prix des maisons. Le marché immobilier permet ainsi d’approximer le marché (inexistant) pour le bien non marchand «tranquillité».

Cette méthode, dite des prix hédonistes, a cependant ses limites. Le marché immobilier n’est que rarement en équilibre. De nombreuses prescriptions empêchent une libre formation des prix. De plus, les habitants investissement dans leur environnement social, par exemple dans leurs relations de voisinage. Ils sont par conséquent et jusqu’à un certain point enracinés localement. Si l’on s’en tient uniquement à la méthode des prix hédoniques, on risque de sous-estimer les dommages liés aux nuisances sonores.

Un moyen d’éviter cette sous-estimation est d’utiliser l’approche «Life Satisfaction» développée dans le cadre de l’économie du bien-être (ou du bonheur) (happiness economics). Les analyses de ce type se basent sur les données du panel suisse des ménages. Dans notre cas, la réponse à la question «de manière générale, dans quelle mesure êtes-vous satisfait de votre vie?» sera utilisée pour mesurer la perte individuelle de qualité de vie. Comme le revenu disponible mais également les nuisances sonores influencent le sentiment subjectif de bien-être, il est possible de convertir en unités monétaires le dommage subi.

Les biens non marchands comme la «tranquillité» ne sont pas échangés. Leurs prix ne sont donc pas directement mesurables. La valeur économique des dégâts causés à l’environnement ne peut ainsi être estimée que de manière approximative. Deux possibilités existent dans le cas concret des nuisances sonores suite à un changement des voies d’approche: la méthode des prix hédonistes et l’approche «Life Satisfaction». La première chiffre l’effet d’une augmentation du bruit de manière indirecte au moyen du changement du prix des maisons. La deuxième rend possible une évaluation des nuisances sonores qui ne se base pas sur le marché immobilier.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Pascal Sulser

 

En savoir plus:
FREY B. S., LUECHINGER S. & STUTZER A. (2004), Valuing Pubic Goods: The Life Satisfaction Approach, Institute of Empirical Research Working Paper No. 184, University of Zurich.

LUECHINGER S. (2009), Valuing Air Quality Using The Life Satisfaction Approach, The Economic Journal, 119, 482-515.

Source des images:
FreeDigitalPhotos.net

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Mercredi, 09 septembre 2009,
12:46

Le «Z» défie les «Galactiques»

L’équipe de football la plus chère du monde, le Real Madrid, affrontera le FC Zurich au Letzigrund le 15 septembre dans le cadre de la Champions league.

Cet été, le club espagnol a déboursé environ 380 millions de francs pour acheter de nouveaux joueurs. Ce montant représente la moitié de toutes les dépenses de transfert des équipes évoluant dans le championnat d’Espagne et presque quarante fois celles de l’ensemble des clubs de Super league en Suisse.

Le nouveau président du Real, Florentino Perez, est l’initiateur de cette politique d’achat massive. Lors de sa première période en fonction, entre 2000 et 2006, il avait déjà poursuivi la stratégie visant à transformer son club en une marque globale en attirant à Madrid les footballeurs les plus célèbres. Dans ce cadre, le talent footballistique ou l’esprit d’équipe passaient au second plan. De la densité de stars découla le surnom de l’équipe: les «Galactiques».

De manière étonnante, une étude de la Harvard Business School décrit ce «business model» comme exemplaire sur le marché du football*. Les stars permettent souvent de réaliser une telle recette marginale que les dépenses consenties pour leur engagement sont rapidement amorties. La recette marginale d’un joueur correspond à l’augmentation de chiffre d'affaires que le club réalise grâce à son engagement.

Une star permet d’augmenter les ventes de produits dérivés et de billets d’entrée au stade. Elle influence également la valeur de marché du club dont dépendent les contrats lucratifs liés à la publicité et aux retransmissions TV ainsi que les primes versées par les équipes accueillant le club en match amical. Le joueur star est également précieux pour la concurrence: les équipes qui reçoivent son club augmentent leur nombre de spectateurs et les matches auxquels il participe suscitent l’intérêt du public. Les stars génèrent ainsi des externalités positives qui profitent aux autres équipes sans que ces dernières n’aient à débourser un centime.

Le FC Zurich bénéficiera de ces externalités positives avec la venue du Real Madrid et de ses stars comme Cristiano Ronaldo, Kaká ou Raúl. Il disputera d’ailleurs ce match à guichets fermés (24'500 places vendues en 39 minutes). La demande était telle qu’il aurait pu remplir au moins deux fois son stade (voir le reportage en allemand sur FCZ TV).

Une demande aussi forte devrait pousser le prix des billets à la hausse. Ne souhaitant pas priver ses fidèles supporters de ce match, le FCZ a pris la décision de vendre les billets dans un paquet contenant deux autres matches à domicile à prix modéré. Le club renonce ainsi, pour des raisons morales, à une partie des externalités positives générées par les stars du Real.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann

 

* QUELCH J. A., NUENO J. L. & KNOOP C.-I. (2004), Real Madrid Club de Futbol, Harvard Business School.

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Lundi, 17 août 2009,
12:37

Penalty et théorie des jeux -Partie 1

Rendez-vous sur YouTube et regardez le dernier penalty de la finale dramatique de la ligue des Champions 2008. Observez très attentivement Edwin van der Sar, le gardien de Manchester United. Vous remarquerez qu’il pointe plusieurs fois son index gauche vers la lucarne droite du but (du point de vue du tireur). Anelka prend ensuite son élan et tire du côté gauche. Van der Sar anticipe du bon côté et arrête le penalty.

Que s’est-il passé? Lors d’une épreuve de tirs au but, chaque équipe doit tirer à tour de rôle cinq penalties. Le vainqueur est l’équipe qui marque le plus de buts sur ces cinq tirs. Si les deux équipes sont à égalité, on joue les «prolongations». Chaque équipe tire alors à tour de rôle un penalty jusqu’au moment où un vainqueur peut être désigné.

Le lien suivant permet de visionner l’ensemble de l’épreuve de tirs au but. Chelsea et Manchester ont chacun marqué quatre fois sur les cinq essais (Christiano Ronaldo et John Terry ont échoué). Durant la prolongation, Anderson (ManU) et Kalou (Chelsea) ont d’abord chacun marqué leur penalty. Giggs transforme ensuite son essai pour Manchester. Le prochain tireur de Chelsea est Anelka. Il doit marquer pour égaliser. S’il manque, Manchester remporte la coupe.

Pourquoi van der Sar montre-t-il du doigt le coté droit du but? Les six tireurs précédents de Chelsea avaient tous visé ce côté-là. Ils ont tous marqué, hormis Terry qui glissa sur la pelouse et toucha le poteau. Van der Sar essaie alors de signaler à Anelka qu’il sait de quel côté il s’apprête à tirer. Ce faisant, van der Sar cherche à influencer Anelka.

Le tir au but correspond presque idéalement à une situation de la théorie de jeux. Deux acteurs (le gardien et le tireur) doivent simultanément prendre une décision. De manière simplifiée, le gardien peut choisir entre trois options: plonger à gauche, à droite, ou rester au milieu du but. Le tireur peut, lui aussi, choisir de tirer à gauche, à droite ou au centre du but. Sa réussite dépend non seulement de sa décision mais également de l’action de son adversaire.

Anelka savait qu’il était risqué de tirer du côté droit si van der Sar plongeait de ce côté-là. Mais Anelka aurait dû en savoir plus. Il aurait dû penser que van der Sar savait qu’Anelka savait qu’il serait dangereux de tirer du côté droit si van der Sar plongeait de ce côté…

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Mardi, 02 juin 2009,
08:06

Education à l’économie -partie 6: former ou pousser du coude?

Il existe des alternatives à la formation économique lorsqu’il s’agit d’orienter le comportement des gens au quotidien. Cela ne doit pas être tu ici. L’une d’entre elles s’appelle Nudge. Elle est développée par les auteurs américains Richard Thaler (économiste) et Cass Sunstein (juriste)*. Nudge signifie «pousser du coude». Elle énonce l’idée que, instruits ou non, les hommes sont enclins à être paresseux et à commettre des erreurs. Par conséquent, des règles doivent être définies de telle sorte à ce que les hommes, bien que libres de choisir au quotidien, soient «gentiment poussés du coude» dans la bonne direction. Un exemple: la cafétéria d’une école devrait placer les produits sains au premier plan. Celui qui cherche trouvera cependant aussi des produits moins équilibrés.

Un autre exemple, issu d’une étude américaine et présenté dans une récente contribution au blog iconomix, relève que des employés ne saisissent pas l’opportunité d’obtenir de manière simple une augmentation de 6% de leurs revenus. Dans le cadre de cette étude, il a été signalé à plusieurs des personnes interrogées la somme qui leur échappait en ne participant pas à un programme de prévoyance professionnelle. Malgré cela, presque aucun changement de comportement n’a été constaté quelques mois plus tard. Les auteurs en déduisent que l’éducation à l’économie n’a que peu d’effet. Ils omettent toutefois un élément central: l’information n’est pas le savoir, sans parler de la compétence d’agir.

La thèse suivante semble en revanche plausible: si ces personnes ne devaient pas prendre une décision active pour bénéficier de la contribution de leur employeur, mais au contraire pour y renoncer, le problème serait écarté sans diminution de leur liberté de décision. Cet exemple illustre l’approche Nudge. En outre, l’employeur devrait offrir, comme variante au standard de prévoyance, un fonds de placement bien diversifié. Mais celui qui le souhaite pourrait aussi placer son argent de manière plus risquée ou dans son bas de laine. Jusque-là tout va bien. Pourtant, la «poussée du coude» soulève des questions:

  • Dans combien de situations complexes, où une prise de décision est demandée, les personnes sont-elles guidées de manière rationnelle?
  • Qui détermine quels sont les résultats rationnels? Les juristes? Les éthiciens? Les politiciens? Ou les économistes? Certaines de ces propositions devraient provoquer des frissons, peut-être les mêmes chez tous les lecteurs…
  • Les personnes qui définissent les règles ne défendent-elles pas généralement les intérêts de ceux qu’elles représentent?
  • Est-ce qu’un monde de «poussées du coude» ne se fait pas, en fin de compte, au détriment de la liberté et – lorsque tous se laissent poussés – au détriment de l’innovation?

A notre sens, la stratégie de la «poussée du coude» atteint ses limites dans de nombreuses situations économiques. L’hypothèse que des compétences définies, notamment dans le domaine économique, reste donc plausible. Et notamment dans le cadre d’une démocratie où de nombreuses règles doivent être définies en commun.

Pour l’équipe d’iconomix,
Michael Manz et Jean-Marc Huguenin

 

* THALER R. H. & SUNSTEIN C. R. (2009), Nudge: Improving Decisions About Health, Wealth and Happiness, Penguin Books.

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