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Les marchés sont-ils vraiment rationnels?
En quelques jours, le
cours de l’action de la banque Unicreditwww.finanzen.ch/... a perdu presque 50% de sa valeur! Comment expliquer une telle chute?
Cette déroute est une bonne illustration de la manière dont fonctionnent actuellement les marchés. Ceux-ci se basent non plus sur une
valorisation «objective»fr.wikipedia.org/... des entreprises, dans un marché aux acteurs rationnels,
comme le voudrait la théorie financière traditionnellefr.wikipedia.org/..., mais essentiellement sur des réactions psychologiques de ces investisseurs, comme le soutient
la finance comportementalefr.wikipedia.org/....
Le cas d’
Unicreditfr.wikipedia.org/... confirme bien cette affirmation.
Le géant bancaire italien, qui emploie 160'000 personnes, n’a pas assez de fonds propres pour répondre aux nouvelles réglementations bancaires, il a donc lancé une augmentation de capital.
Comme les investisseurs sont devenus réticents à prêter actuellement aux banques, surtout dans des pays aux économies sinistrées comme l’Italie, Unicredit a dû proposer des conditions très attractives pour tenter de convaincre les investisseurs. Ce qui a eu un effet pervers.
En effet, quel est le message qu’a fait passer la banque? Que sa situation réelle était pire que supposé: si elle a dû proposer des conditions très attractives aux nouveaux investisseurs, c’est bien qu’elle estimait que personne ne voudrait investir à des conditions normales. Sans surprise, lesdits investisseurs ont pris peur et ont vendu en masse, faisant s’effondrer le cours de l’action.
Il est vrai que la banque italienne venait de publier une gigantesque perte de plus de 13 milliards de francs au troisième trimestre et qu’elle avait déjà procédé à deux augmentations de capital ces deux dernières années. Pas vraiment les signes d’une entreprise très saine.
Reste que les investisseurs savent depuis trois ans que l’entreprise va mal. Ce qui se reflète d’ailleurs dans le cours de son action.
Elle avait déjà perdu 90% de sa valeur depuis les sommets atteints en 2008www.cash.ch/.... Ce qui n’a pas empêché cette action de perdre encore 46% de sa valeur restante en à peine plus d’une semaine, à la suite de l’annonce des conditions de la dernière augmentation de capital.
Pourtant, objectivement, Unicredit ne valait pas moitié moins le 9 janvier 2012 que le 2 janvier 2012. En tant qu’entreprise, avec tous ses collaborateurs, ses bureaux, ses clients, ses affaires, la banque n’a pas changé tant que cela en une semaine.
Preuve donc que la réaction des investisseurs a été complètement émotive et que leur comportement, surtout en période d’incertitude, n’est pas rationnel, mais psychologique.
N.B. Il serait possible de faire exactement la même démonstration en période d’euphorie, ce qui explique l’apparition des fameuses
bulles financièresfr.wikipedia.org/....
La bible de l'économie comportementale
L'homo economicus a mauvaise réputation. Selon la théorie classique, ce serait un être rationnel, insensible à ses émotions, agissant en connaissances de toutes les informations disponibles et ne changeant jamais ses préférences. L'être humain est-il vraiment cet homo economicus. Le prix Nobel
Daniel Kahnemanecopsycho.gretha.u-bordeaux4.fr/..., père de l'économie comportementale, fait une analyse complètement différente qu'il présente dans un ouvrage qui promet d'être une référence [1]. C'est en effet le premier livre de ce chercheur israélo-américain qui ne soit pas destiné à des spécialistes.
Le "roi de l'erreur humaine", pour reprendre l'image du magazine "Vanity Fair", estime que le système de pensée de l'homme l'amène à commettre quantité d'erreurs. Un exemple? Deux objets coûtent au total 1,10 franc. L'un coûte 1 franc de moins que l'autre. Que coûte ce dernier? A cette question, la moitié des étudiants de Harvard répondent 10 centimes. Ils répondent en se fiant à leur intuition, mais ils ont tort. S'ils se concentraient et réfléchissaient davantage, ils verraient qu'il s'agit de 5 centimes. La réponse immédiate vient du héros du livre de Kahnemann, l'agent "système 1".
Même s'il agit sans effort, le "système 1" a généralement raison et nous aide fréquemment à résoudre les problèmes de la vie quotidienne. Mais il est souvent mis en difficultés, soumis à ses impressions premières et ses sentiments. Il a alors besoin de l'agent "système 2", lequel agit en système de contrôle et en vertu de son effort d'attention. Les deux coopèrent pour le bienfait d'un homme qui apparaît plus raisonnable que rationnel.
Daniel Kahneman ne cherche pas à dénigrer l'intelligence humaine, mais il expose en détail et de façon très structurée les innombrables biais de notre intuition, de notre système de pensée et de nos choix.
Le livre de Daniel Kahneman distingue non seulement les systèmes 1 et 2 mais aussi entre deux "moi", celui de l'expérience et de la mémoire -ce dernier ignore la notion de durée et privilégie à la fois le moment le plus fort d'une expérience et le dernier instant- et entre l'économie classique et l'économie comportementale (behavioral economics).
Le livre est agrémenté d'innombrables jeux et de présentations d'expériences que l'auteur a réalisées avec son compère Amos Tversky. L'auteur déclare, dans l'introduction, ne chercher qu'à "enrichir le vocabulaire des gens lorsqu'ils parlent des jugements et des choix des autres". Mais il dépasse largement son objectif. Il présente l'essentiel de ses théories et décrypte dans le détail la façon de penser et d'effectuer des choix.
Il critique non seulement la théorie classique, mais aussi celle de l'école de Chicago et de Milton Friedman. Il plaide, dans sa conclusion, pour une approche paternaliste du rôle de l'Etat, afin d'aider l'individu dans ses choix. A son avis, il faut faire accepter une perte à court terme pour bénéficier d'un gain à long terme. Sans ce soutien, l'individu est susceptible de devoir supporter les coûts de ses erreurs, lui même ou la société. La crise financière, et la question de l'aléa moral, semblent appuyer ce jugement.
[1]
Thinking fast and slow, Daniel Kahneman, Allen Lanewww.amazon.fr/..., 498 pages, 2011.
Voici quelques liens supplémentaires sur le sujet de l’économie comportementale:
The King of Human Errorwww.vanityfair.com/... (Vanity Fair, 14 novembre 2011)
Economie et psychologie: une longue histoirerationalitelimitee.wordpress.com/... (Rationalité Limité, janvier 2010)
Eco Psychoecopsycho.gretha.u-bordeaux4.fr/..., site internet consacré à la psychologique économique (Emmanuel Petit, Université de Bordeaux)
Articles de blog d’iconomixwww.iconomix.ch/... sur le thème de l’économie comportementale
L’économie vue sous l’œil de Picsou
Le célèbre canard de la bande dessiné de Walt Disney intéresse les économistes pour ses comportements et ses choix vis-à-vis de l’argent. L’article «
Economie des canards: Picsouswww.mafeco.fr» de Jean-Edouard Colliard, paru le 17 juin 2011 sur le Blog Mafeco, analyse des thématiques liées à la théorie économique que l’on retrouve souvent dans les histoires de Picsou.
Commençons par l’énorme quantité d’argent qui se trouve dans son coffre-fort. Elle semble à priori stockée sans qu’elle soit utilisée pour financer des investissements productifs. Une grande partie de la masse monétaire en circulation serait ainsi détournée par picsou qui la thésaurise dans son fameux coffre de Donaldville. [1]
Tournons-nous à présent sur son côté avare. Chaque centime gagné procure au célèbre canard une satisfaction démesurée avec une utilité marginale de l’argent quasiment constante. Picsou contredit la théorie de l’«homo oeconomicus» rationnel en dépensant beaucoup de temps pour essayer de gagner des petites sommes alors qu’il aurait la possibilité de placer son argent de manière plus rentable.
Si on le compare à deux autres canards de la bande dessinée, la chance peut être une «condition suffisante à l’enrichissement». Donald, bien connu pour sa malchance, est endetté jusqu’au coup, Gontran au contraire, avec sa chance extraordinaire, attend simplement que l’argent lui tombe sur la tête. Picsous est devenu riche en premier lieu en investissant et en travaillant dur mais toujours sous la bienveillance de son «sou fétiche», sans lequel il n’aurait pas amassé autant d’argent.
Voici quelques liens supplémentaires sur Picsou et l’économie:
Picsou et la morale du capitalismeuneheuredepeine.blogspot.com/..., une analyse économique et sociologique du monde de Picsou (Blog une heure de peine..., Denis Colombi, 15 juin 2011)
Picsou est presque aussi riche que Bill Gateswww.lefigaro.fr/..., cet article essaye d’estimer la fortune fictive de Picsou (Le Figaro, 14 avril 2011)
Picsou a inventé l'Eurowww.liberation.fr/..., une histoire de la bande dessinée, publiée en Italie, qui contient une première expérience d’union monétaire (Libération, Jozsef Eric, 7 novembre 1997)
Pour l’équipe d’iconomix
Alexandre Mondoux
[1] Une possibilité pour une hypothétique banque centrale, dans cette bande dessinée de Walt Disney, serait d’augmenter la masse monétaire en fonction de celle amassé par Picsou.
La psychologie économique arrive sur le net
Un nouveau site intéressant sur la psychologie économique a ouvert ses portes au mois de novembre. Ce site est sous la responsabilité d’Emmanuel Petit, Professeur auprès l’université de Bordeaux et membre du Groupe de recherche en économie théorique et appliquée (GRETHA).
Dans la page d’accueil l’on trouve tout de suite une définition de la psychologie économique: une science qui «étudie le comportement réel de l’individu. Elle regroupe tous les chercheurs, économistes, psychologues, psychologues sociaux, qui s’interrogent sur la façon dont le processus de décision s’opère.»
Ce nouveau site propose toute une panoplie d’outils didactiques théoriques, ludiques et des résumés de la matière. En prime on peut trouver un encadré avec toute l’actualité concernant ce thème passionnant comme de nouveaux livres, des études ou des séminaires.
Le premier novembre on découvrait «
Qu’est-ce que l’économie comportementale?www.iconomix.ch/...», nous vous laissons donc découvrir ce nouveau site d’«
Eco Psychoecopsycho.gretha.u-bordeaux4.fr».
Pour l’équipe d’iconomix
Alexandre Mondoux
Qu’est-ce que l’économie comportementale?
C’est une branche relativement récente des sciences économiques qui analyse les comportements des être humains dans des situations économiques particulières. Elle se pose notamment la question du: pourquoi il arrive que les gens ont des comportements non-rationnels qui contredisent les théories de l’homo oeconomicus? L’économie comportementale se base également sur l’économie expérimentale ainsi que sur la psychologie.
Cette discipline étudie les choix économiques des individus et des institutions ainsi que les conséquences de ceux-ci. Elle se centre ensuite sur «les anomalies économiques dues aux travers (biais) comportementaux individuels et collectifs, cognitifs et émotionnels.» (
Image Boursière et Finance/économie Comportementalepgreenfinch.pagesperso-orange.fr/...)
La TSR (TTC) dans «
Cent francs / L'ultimatumwww.tsr.ch/...» offre toute une série de brèves émissions où l’on donne un billet de 100 CHF à un passant dans la rue avec comme condition de le partager avec une autre personne, en une demie heure. Le professeur Sasha Gironde [1] donne ensuite pour chaque émission des explication théoriques ainsi qu’une analyse du comportement des joueurs qui ont accepté de participer à l’émission.
Aux liens suivants, concernant le Professeur Sacha Gironde, on trouve deux explications sur le jeux de la TSR, un livre ainsi qu’un article:
Interview Sacha Gironde 6 septembre 2010www.google.ch/... (TSR,TTC)
Interview Sacha Gironde 9 novembre 2009www.google.ch/... (TSR,TTC)- Le livre «
La Neuroéconomie - Comment mon cerveau gère mes intérêtwww.amazon.fr/...» (Edition Plon, avril 2008) - L’Article «
La neuroéconomie peut-elle changer l’économie?jeannicod.ccsd.cnrs.fr/...» (IDEES, n° 156)
Voici quelque liens supplémentaires sur l’économie comportementale:
- «
L'économie du fair-play, Découvrir comment nos sociétés fonctionnentwww.swissinfo.ch/...»: Une vidéo qui retrace les thèmes de recherches du professeur Ernst Fehr [2] : (Swissinfo, janvier 2009) - Le livre «
Neuroéconomie : Comment les neurosciences transforment l'analyse économiquelivre.fnac.com/...» de Christian Schmidt [3] (Edition Odile Jacob, mars 2010) - Un
article intéressantknol.google.com/... sur l'Economie comportementale et la finance comportementale (Peter Greenfinch, Knol, septembre 2011)
Pour l'équipe d'iconomix
Alexandre Mondoux
[1] Sacha Bourgeois-Gironde est chercheur auprès de l'Institut Jean Nicod (CNRS) et Professeur de l'Université de Provence. Il se penche sur la recherche en économie comportementale.
[2] Ernst Fehr est un économiste autrichien. Il est professeur en microéconomie et recherche expérimentales économiques auprès du département d’économie de l’université de Zurich.
[3] Christian Schmidt est professeur émérite à Paris-IX-Dauphine. Il a fondé récemment l’European Neuroecomics Association. Il a publié plusieurs ouvrages consacrés notamment à la théorie des jeux et aux relations de l’économie avec la guerre.
Leçons de la crise – partie I: accepter la régulation
La crise économique actuelle est profonde. Les causes du quasi-effondrement du système financier sont partout recherchées. Pour certains, le «laissez-faire» de l’économie de marché est coupable; il doit par conséquent être bridé, autrement dit mieux régulé.
Pour ce faire, l’Etat dispose de mesures préventives (visant à limiter le risque) et curatives (visant à limiter les dommages). Les premières doivent réduire le risque que le problème ne survienne par des incitations et des prescriptions adéquates. Les secondes cherchent à régler le mieux possible une situation problématique.
Les systèmes financiers sont fondamentalement fragiles. Un risque d’effondrement existe. La régulation doit chercher à réduire ce risque autant que possible. L’éviter totalement relève de l’utopie.
Les dimensions de l’actuelle crise financière renvoient à une mauvaise régulation ou à une régulation insuffisante. Cette conclusion a le don d’irriter car les prescriptions visant à une forte régulation des banques et du secteur financier avaient été revues dans le cadre de Bâle II en 2004. Les experts étaient alors persuadés d’avoir conçu une meilleure régulation. Sur la base des développements du secteur financier que nous avons connus depuis lors, doivent-ils être considérés pour autant comme des incompétents?
Nous ne le pensons pas, car si le marché est faillible, les régulateurs le sont aussi, comme nous le démontre l’économie comportementale. Il est particulièrement délicat d’éviter les comportements partiaux, l’influence de lobbies ou les incitations politiques dans le cadre de travaux réalisés en commissions. Couplés à l’incertitude et au niveau imparfait des connaissances, il en résulte presque inévitablement une régulation sous-optimale.
Si les régulations sont de toute manière faillibles, pourquoi ne les laisse-t-on pas simplement de côté? Dans son
dernier livrewww.georgesoros.com/...*, George Soros, la légende des hedge-funds, contre cette argumentation. Pour lui, elle représente le pendant de l’intervention communiste pour supprimer les défaillances du marché. Ces deux positions antagonistes et extrêmes constituent de dangereuses idéologies.
Pour mieux comprendre la réalité, nous devons accepter l’idée que les marchés sont faillibles et qu’ils doivent être régulés. Sans surveillance, les marchés financiers se seraient effondrés. Avec surveillance, ce danger ne peut pas être totalement écarté. C’est pourquoi George Soros propose avant tout un nouveau paradigme – une nouvelle manière de penser – pour les marchés financiers: toutes les personnes impliquées dans la défaillance du marché doivent en être conscientes et intégrées dans le processus de décision.
Pour l’équipe iconomix
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann
* SOROS G. (2008),
The New Paradigm for Financial Markets: The Credit Crisis of 2008 and What it Meanswww.georgesoros.com/..., Open Society Institute.
En savoir plus:
Une leçon de 45 minutes de George Soros sur les marchés financierswww.georgesoros.com/... (en anglais)
L’effondrement du commerce
Durant le second semestre 2008, le commerce mondial a connu une rupture soudaine, violente et simultanée – la plus rapide de l’histoire et la plus profonde depuis la deuxième guerre mondiale. Un
petit livre électronique destiné aux ministres du commercewww.voxeu.org/... et rédigé par des économistes de premier plan résume les causes et les conséquences de cet effondrement ainsi que les perspectives de reprise*.
Les auteurs sont unanimes à conclure que la cause de l’effondrement du commerce est à chercher du côté de la demande. L’achat de biens de consommation durables et de biens d’investissement a été repoussé à plus tard suite à la
crise de confiancehttp://www.iconomix.ch/ consécutive à la faillite de Lehman Brothers.
Cette faillite constitua le point culminant d’une suite d’événements liés à l’incertitude qui régnait sur le marché. Les recherches menées en économie comportementale démontrent d’ailleurs que les êtres humains développent une aversion extrême au risque lorsqu’ils font face à l’inconnu (par opposition à une situation où les risques sont évaluables – i.e. lorsque les probabilités sont connues comme par exemple au casino). Durant l’automne 2008, les consommateurs, les entreprises et les investisseurs du monde entier n’avaient aucune idée de ce qui allaient encore arriver. Ils demeurèrent ainsi sur la retenue jusqu’à ce que la dimension de la crise puisse être mieux délimitée.
Deux facteurs renforcèrent le choc de la demande et contribuèrent au fait que l’effondrement du commerce fut plus important que celui du PIB dans son ensemble.
- Effet de structure
Le choc de la demande était certes important, mais plutôt focalisé sur des activités à valeur ajoutée bien délimitées: celui des biens durables de consommation et des biens d’investissement. Ces activités représentent seulement une petite proportion du PIB mondial mais la part principale du commerce mondial. - Effet de synchronisation
La dimension de l’effondrement du commerce est ainsi due au fait que les importations et les exportations ont rapidement chuté de manière simultanée dans tous les pays. La mondialisation, avec l’internationalisation de la chaîne d’approvisionnement, est à l’origine de ce développement. Les comportements d’achat hésitants se sont répercutés sur toute la chaîne d’approvisionnement, d’où une réduction des activités commerciales.
Contrairement aux crises antérieures, les facteurs du côté de l’offre ont influencé moins fortement la rupture du commerce mondial. Même lorsque le marché global du crédit se figea, le ralentissement dans le financement du commerce demeura relativement modéré, grâce au soutien rapide et massif apporté par les banques centrales.
Les auteurs du livre électronique s’entendent sur les conclusions de l’effondrement du commerce. Pour empêcher un retour du protectionnisme, les déséquilibres commerciaux globaux doivent être combattus, les taux de change réalignés et les déficits publics réduits.
Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Marcel Stadelmann
* BALDWIN R. (2009),
The Great Trade Collapse: Causes, Consequences and Prospectswww.voxeu.org/..., VoxEU.org Publication.
En savoir plus:
– iconomix-Blog du 02.12.09: «
Banques: mesurer la méfiancehttp://www.iconomix.ch/»
De l'argent honnête
Jugez-vous immoral de prendre un stylo du bureau pour l’utiliser chez vous? Et comment considérez-vous le vol d’une somme d’argent équivalente de la caisse à cafés?
La théorie néoclassique est sans ambiguïté sur ce point: le bénéfice attendu d’un vol doit excéder son coût. Plus la valeur de l’objet sera élevée, plus le vol apparaîtra comme intéressant (bénéfice attendu). Mais votre disposition à commettre le vol diminuera s’il risque d’être découvert avec une forte probabilité ou d’être puni sévèrement (coût attendu). L’objet en lui-même ne devrait pas avoir d’influence sur votre comportement.
L’économie comportementale (Behavioral Economics), reposant sur la psychologie, aboutit cependant à une conclusion différente. Un exemple tiré de la recherche scientifique permet ici d’expliquer de manière claire le rôle de l’argent liquide*.
L’expérience a recours à des étudiants répartis dans trois groupes séparés. Chaque groupe doit résoudre autant de problèmes mathématiques que possible en l’espace de cinq minutes. Ils reçoivent une somme d’argent pour chaque bonne réponse.
Les étudiants du premier groupe résolvent les questions. A l’issue du temps imparti, un évaluateur externe dépouille les réponses. En moyenne, chaque étudiant est parvenu à répondre correctement à 3,5 questions.
Les étudiants du deuxième groupe résolvent les mêmes questions. A l’issue du temps imparti, ils doivent déchirer leurs questionnaires et communiquer oralement le nombre de bonnes réponses obtenues. Contrairement au premier groupe, ils bénéficient d’une grande opportunité pour tricher. Cela se confirme dans les résultats. En moyenne, chaque étudiant du deuxième groupe est parvenu à fournir 6,2 réponses «justes».
Les étudiants du troisième groupe doivent également déchirer leurs questionnaires et communiquer oralement leurs résultats. Ils reçoivent cependant un pion en échange de chaque bonne réponse. Ils peuvent ensuite échanger ces pions contre de l’argent. En moyenne, chaque étudiant a répondu «correctement» à 9,4 questions!
L’expérience démontre clairement que plus le rapport à l’argent est distant moins le sentiment de tort lors d’un délit est ressenti. Ainsi, le groupe 3 a un rapport à l’argent plus distant que le groupe 2. Il éprouve un sentiment de tort moindre, ce qui se traduit par une plus grande tricherie (9,4 réponses contre 6,2).
Ce constat trouve des applications dans la vie de tous les jours et aide à expliquer, par exemple, pourquoi aucune inhibition n’est ressentie par celles et ceux qui téléchargent illégalement des titres de musique.
Nous pouvons ainsi répondre à la question posée initialement. La théorie néoclassique prédit que notre disposition à voler est indépendante de l’objet convoité. Le fait qu’il s’agisse d’un stylo ou d'argent liquide dans la caisse à cafés ne joue aucun rôle. L’économie comportementale évalue par contre que le sentiment de tort sera plus élevé lors d’un vol d’argent. Il est donc probable que le stylo manquera plutôt que l’argent dans la caisse à cafés!
Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin et Pascal Sulser
* ARIELY D. (2008), Predictably Irrational: The Hidden Forces that Shape Our Decisions, Harper.
Liens complémentaires:
Une vidéo de Dan Ariely sous www.ted.com
Source de l’image:
www.FreeDigitalPhotos.net
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