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Mercredi, 08 février 2012,
11:03

Éducation financière de base - Partie 11: Le rôle de l'impatience

Supposons que, dans le cadre d’un jeu de loterie, vous ayez le choix suivant: Si vous gagnez, préférez-vous recevoir 49 francs aujourd’hui ou 50 francs dans un mois? Probablement que vous hésiteriez. En effet, tout le monde n’est pas disposé à attendre un mois juste pour obtenir un franc de plus. Et si l’on disait 47 francs aujourd’hui ou 50 dans un mois? Ou encore 44 francs aujourd’hui et 50 dans un mois? A un moment donné, vous n’hésiterez plus et choisirez d’attendre un mois.

Ce sont précisément les questions qu’ont posées les économistes Stephan Meier et Charles Sprenger dans le cadre d’une étude [1]. Ils en ont tiré des conclusions intéressantes quant aux préférences des personnes interrogées et à l’éducation à l’économie: les personnes impatientes sont moins disposées à améliorer leurs connaissances financières. On entend ici par «impatientes» les personnes qui accordent une plus grande importance au présent qu’à l’avenir. Elles ne sont prêtes à attendre un mois que si le gain qu’elles peuvent réaliser aujourd’hui est nettement moindre que celui qu’elles pourraient réaliser dans un mois (par exemple 22 francs au lieu de 50).

Les quelque 800 personnes interrogées à Boston (Etats—Unis) ont non seulement dû répondre aux questions ci-dessus, mais elles ont aussi participé à une vraie loterie. En cas de gain, le prix était versé selon la variante choisie. Tous les participants pouvaient également bénéficier gratuitement d'informations utiles sur les crédits. Toutefois, seules 55% des personnes interrogées ont fait usage de cette offre. Il s’agissait essentiellement de personnes qui possédaient des connaissances préalables en la matière. Mais, même si l’on tient compte de cet aspect, il s’agissait essentiellement des personnes «plus patientes», c’est-à-dire celles qui étaient prêtes à attendre plus longtemps pour obtenir un gain plus élevé, même minime.

Il existe une interprétation toute naturelle de ce résultat: l’acquisition de connaissances financières est – à l’instar de la formation dans son ensemble – un investissement qui implique des sacrifices à court terme, mais qui s’avère payant à long terme. Les personnes qui accordent une plus grande importance à l’avenir se sentent donc davantage interpellées. Il faut certainement considérer avec circonspection les conclusions que l'on peut tirer de cette enquête. Il n’empêche que son résultat souligne un fait important: les mesures de formation volontaires attirent les personnes qui présentent certaines caractéristiques (par exemple celles qui sont plus patientes ou qui possèdent de meilleures connaissances financières). On peut en tirer les deux conclusions suivantes:

  • Si l’on veut qu’une mesure de formation attire les «autres» personnes, il faut soit veiller à ce que cette mesure ait un caractère subliminaire, soit la proposer dans un cadre obligatoire tel que l'école.
  • Si l'on compare les connaissances des participants à un programme avec celles d'autres individus, on surestime l'effet de ce programme. En effet, les participants possèdent généralement un avantage préalable. Ce biais de sélection n’est pas pris en considération dans toutes les évaluations.

Pour l’équipe d’iconomix
Michael Manz

[1] Meier S.& Sprenger C. (2008), Discounting Financial Literacy: Time Preferences and Participation in Financial Education Programs, Working Paper.

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Mercredi, 08 février 2012,
11:02

Éducation financière de base - Partie 10: De la mesurabilité

Attention: si vous ne répondez pas correctement à la question suivante, vous risquez d’être taxé d’«ignare en finances»:

Quand est-il conseillé d’épargner?
a. Dès que l’on a 18 ans.
b. Dès que l’on a un peu d'argent en plus.
c. A chaque fois que l’on reçoit de l’argent [1].

La «bonne réponse» est bien entendu c. Mais en réalité, c. n’est pas la bonne réponse. Il existe en effet des situations où il n’est pas absolument nécessaire d’épargner – c’est précisément pour ces moments-là que l’on épargne. Par exemple, lorsque l’on veut investir dans une formation qui sera payante plus tard. Ou encore si l'on désire inviter l’élu(e) de son cœur à un dîner romantique [2].

La question ci-dessus met deux éléments en lumière: premièrement, malgré toutes les études évoquées dans les diverses interventions sur le blog, on ne sait toujours pas précisément ce qu'il faut entendre par connaissances financières ou financial literacy. D’après un récapitulatif de l’économiste américaine Sandra Houston, plus de 70% des 72 enquêtes considérées n’ont pas pris la peine de définir les connaissances financières étudiées. Deuxièmement, les compétences financières ou, de manière plus générale, les compétences économiques sont difficilement mesurables.

Le premier problème – à savoir le manque d’une base commune et reconnue – a pour conséquence que bien souvent, une enquête porte sur des domaines spécifiques et que les résultats sont ensuite amalgamés aux connaissances financières. La question suivante sur les fonds de placement est tirée d’une étude menée actuellement en Suisse[3]:

Les fonds de placement peuvent généralement être vendus sur une base quotidienne, c’est-à-dire sans l’observation de délais. Vrai ou faux? La bonne réponse est «vrai». 36% des personnes interrogées pensaient que c’était faux. Et 21% n’ont pas pu répondre à la question. Les réponses apportées à de telles questions spécifiques donnent lieu à des gros titres tels que «Les Suisses surestiment largement leurs connaissances financières». Il serait plus approprié d’en tirer la conclusion qu’ils possèdent peu de connaissances sur les caractéristiques des fonds de placement.

Le deuxième problème lié à la mesurabilité tient au dilemme suivant: d’un côté, les enquêtes ne s’intéressent pas seulement aux connaissances, mais aussi aux compétences et aux comportements. De l’autre, en raison du manque de temps et de moyens ainsi que d’autres restrictions, la plupart des enquêtes reposent sur des questions «vrai ou faux» qui ne reflètent qu’en partie des situations réelles. C’est pourquoi les questions posées sont souvent simplistes et se résument à «épargner, c’est bien; dépenser, c’est mal». Ou, de manière plus radicale: celui qui coche une réponse amusante passe pour un âne en matière de finances.

Mais il est plus simple de souligner le problème de la mesurabilité que de trouver des solutions appropriées. N’y a-t-il vraiment pas d'enquêtes de référence sur les connaissances financières ou économiques? Nous tenterons de répondre à cette question dans une prochaine intervention…

Pour l’équipe d’iconomix
Michael Manz

[1] Traduction d’un questionnaire d’évaluation pour cours financiers de l'organisation Operation Hope, dont il ne s’agit ici en aucun cas de critiquer l’engagement ni les programmes.

[2] Parfois, il vaudrait même peut-être la peine de s’endetter. Mais, comme toujours, sans garantie…

[3] Etude menée pour le compte de la société AXA Investment Managers. Voir le communiqué de presse de juin 2009.

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Vendredi, 03 février 2012,
10:36

10 000 ans d’économie

Est-ce que l’histoire de l’économie vous intéresse? Si la réponse est «oui» vous avez frappé à la bonne porte. La Banque de Francewww.banque-france.fr/... avec son projet «Cité de l’économie et de la monnaiewww.citedeleconomie.fr/...» vous propose un voyage passionnant à travers l’histoire de l’économie.

Dans cette page Internet interactive vous trouverez une catégorisation de ces 10 000 ans d’histoire en 5 périodes:

  • De la préhistoire à la monnaie métallique
  • De l’économie antique aux grandes découvertes
  • Des grandes découvertes à la révolution industrielle
  • Les révolutions industrielles
  • Le monde contemporain

Chaque période propose plusieurs images avec des explications concises qui permettent de se familiariser rapidement avec ces notions ou simplement de rafraichir ses connaissances préalables en histoire de l’économie.

Pour l’équipe d’iconomix
Alexandre Mondoux

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Mercredi, 21 décembre 2011,
17:04

La politique monétaire en jeu

Certaines banques centrales offrent des concepts didactiques, sous forme de jeu, pour mieux faire comprendre à la population les rouages de la politique monétaire. Si les étudiants sont sensibilisés le plus tôt possible aux fondements de l’économie politique et plus particulièrement à ceux de la politique monétaire, il sera plus aisé pour une banque centrale de faire comprendre ses propres décisions à la population.

Pour la Banque nationale suissewww.snb.ch/... (BNS), iconomix offre l’unité d’enseignement «Politique monétairewww.iconomix.ch/...» où les étudiants, avec l’aide des professeurs, ont la possibilité de se confronter à une simulation de politique monétaire (MOPOSwww.iconomix.ch/...). Pour ce jeu ils sont amenés à prendre des décision en matière de politique monétaire, par le biais du taux d’intérêt directeur.

Le site de la Banque centrale européennewww.ecb.eu/... (BCE), dans la rubrique «en savoir pluswww.ecb.eu/...» propose des vidéos explicatives, des textes,… qui donnent un support didactique aux enseignants tout en permettant aux étudiants de se familiariser avec le sujet de la politique monétaire. Deux jeux particulièrement intéressants sont proposés:

  • «Economiawww.ecb.eu/...»: un jeu sur la politique monétaire où l’objectif est de «maintenir l'inflation à un niveau faible et stable, juste en dessous de 2 %» par le biais d’un instrument: le taux d'intérêt directeur.
  • «Inflation Islandwww.ecb.eu/...»: l’étudiant se retrouve sur l’ile de l’inflation et a la possibilité de tester les réactions des personnages du jeu et par la même occasion ses connaissances sur ce vaste sujet.

La Banque d’Angleterrewww.bankofengland.co.uk offre également le jeu «The Monetary Policy Balloonwww.bankofengland.co.uk/...» où le but est de maintenir une montgolfière dans un certain intervalle d’inflation pour éviter sa déroute et garder ainsi le contrôle de la banque centrale.

Pour l’équipe d’iconomix
Alexandre Mondoux

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Jeudi, 28 juillet 2011,
14:58

Dossier sur l'enseignement des bases de la finance

La Vie économique est une revue mensuelle de politique économique publiée par le SECOwww.seco.admin.ch/.... Elle propose des articles d'actualité portant sur des sujets de politique économique, rédigés par des experts issus des domaines de l'administration, de la politique, de l'économie et des sciences.

La revue comprend plusieurs rubriques, intitulées respectivement Thème du mois (le numéro de juin 2011 a pour thème le potentiel de croissance), Série (consacrée actuellement aux répercussions de la libre circulation des personnes sur le marché suisse du travail), Eclairage et Dossier.

Le dossier du numéro de juin 2011 comprend trois articles remarquables qui traitent de l'enseignement des bases de la finance.

  • Michael Manz, coresponsable d'iconomix jusqu'en octobre 2010 et aujourd'hui chef de section auprès du Secrétariat d'Etat aux questions financières internationales (SFIwww.sif.admin.ch), a signé l'article «Rôle et évolution internationale de l'éducation financièrewww.dievolkswirtschaft.ch/...». Selon Michael Manz, les efforts consentis jusqu'ici pour promouvoir l'éducation financière en Suisse sont relativement modestes. Certains y verront un manquement coupable, d'autres une modération de bon aloi. Poursuivre une voie moyenne constituerait sans doute la stratégie la plus avisée: accorder à l'éducation financière l'attention qu'elle mérite sans en attendre des résultats irréalistes. Les mesures envisagées dans le domaine éducatif compléteraient celles prises en matière de réglementation.
  • Bernhard Probst (LerNetz AG) et Stephan Wüthrich (runway.ch) sont les auteurs de l'article «Faut-il une stratégie nationale pour l'enseignement des questions financières dans les écoles?www.dievolkswirtschaft.ch/...». Ils se prononcent en faveur de l'élaboration d'une stratégie nationale complète à partir d'une définition commune de ce qu'on entend en Suisse par culture financière (au sens d'une norme nationale généralement reconnue) et de l'établissement de cette stratégie sur des données scientifiques, afin qu'on puisse choisir les bons angles d'attaque en connaissance de cause. La condition préalable est donc une saisie systématique des connaissances de la population, en particulier des jeunes, ce qui nécessite un outil de mesure reconnu (norme nationale).
  • Beat W. Zemp est président de l'Association faîtière des enseignantes et enseignants suisses (LCHlch.ch/...). Dans son article «La culture financière a sa place dans les programmes scolaireswww.dievolkswirtschaft.ch/...», il écrit qu'il faut apprendre aux enfants et aux jeunes adultes à entretenir un rapport raisonnable avec l'argent. Il constate que les connaissances financières de la population suisse accusent parfois d'importantes lacunes. Une partie du public ne comprend pas les liens élémentaires entre risque et sécurité et certains points relatifs à la prévoyance sont massivement ignorés. L'école peut fournir une importante contribution à l'éducation des enfants et des jeunes en matière financière. Les ressources nécessaires font, toutefois, défaut, tout comme les éléments qui devront figurer dans le programme, autant de questions qu’il s'agit de préciser et de régler.

Dans leur article, Bernhard Probst et Stephan Wüthrich dressent un portrait sommaire d'iconomix. Pour eux, iconomix est l'exemple d'une offre de formation bien ancrée en Suisse en ce qui concerne l'enseignement des bases de la finance.

Au nom de l'équipe d'iconomix
Manuel Wälti

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Vendredi, 11 juin 2010,
15:04

Le Roi est mort, vive …

Dans son nouveau livre, «Le secret bancaire est mort, vive l’évasion fiscalewww.editionsfavre.com/...», Myret Zaki, journaliste au magazine économique Bilan, défend la thèse que l’évasion fiscale se passe de secret bancaire. En complément à l’ouvrage, de nombreux liens Internet vers des statistiques ou des bases légales sont proposés depuis le site des Editions Favre.

Dans la première partie de son ouvrage, Myret Zaki revient sur les assauts des Etats-Unis, de l’OCDE et de l’Union européenne qui ont sonné le glas du secret bancaire. Elle relève que l’enjeu est de taille: un marché des fortunes non déclarées estimé à 13'700 milliards de dollars. «A quoi sert le secret bancaire, si son étanchéité fiscale s’est perdue et qu’il ne peut plus empêcher les données d’un client de banque suisse, non déclaré, de finir entre les mains d’un Etat étranger » s’interroge la journaliste?

Dans la seconde partie du livre, Myret Zaki évoque le trust comme nouveau vecteur de l’évasion fiscale, à la place du secret bancaire. Mais seuls les plus riches peuvent se l’offrir. «Etre dispensé d’impôts, cela s’achète», assène la journaliste. L’option de «défiscaliser» son capital, le revenu de son capital ou sa succession par le biais de schémas fiscaux «agressifs» demande un niveau élevé de richesse. Et l’échange d’informations ne viendra pas à bout des trusts, estime-t-elle.

Un glossaire complète l’ouvrage. Il définit notamment la fraude, l’évasion et la soustraction fiscale.

L’émission «Toutes taxes compriseswww.tsr.ch/...» du 7 juin 2010 est également consacrée au secret bancaire. Elle décrit notamment comment les banquiers se réinventent. Myret Zaki et le banquier privé Ivan Pictet y livrent leurs points de vue.

Pour l’équipe d’iconomix,
Jean-Marc Huguenin

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Mardi, 18 mai 2010,
11:53

Education à l’économie – partie 9: Harvard & Co.

Homme, blanc, étranger, provenant d’une famille aisée et dont les parents ont suivi l’université: voici les attributs typiques de l’étudiant d’économie dans les universités d’élite américaines. Sur l’échiquier politique, il se situe plutôt à gauche – un résultat moins attendu… C’est ce qui ressort des enquêtes menées en 1985 et 2002 par l’économiste David Colander à Harvard, Stanford, Columbia, Yale, Chicago et au MIT*.

16% des personnes interrogées dans l’enquête de 2002 se qualifient de «conservative» (autrement dit de droite), 24% de «moderate» (donc du centre) et 47% de «liberal» (i.e. de gauche). L’éducation à l’économiehttp://www.iconomix.ch/fr/services/blog/archive/2009/04/06/education-a-leconomie-partie-1-quels-outcomes/ a-t-elle une influence sur les étudiants, qui changeraient d’orientation politique au cours de leur cursus? Seul 20% des étudiants ont effectivement changé d’appartenance politique entre le début et la fin de leurs études à l’université. Parmi ces 20%, on constate un glissement plutôt vers la droite que vers la gauche. Mais ce glissement vers la droite ne s’observe pas partout. A Princeton par exemple, on observe plutôt un glissement vers la gauche.

Une tendance plus claire émerge de l’enquête menée en 1985**. Quinze ans après leur diplôme, 27% des économistes interrogés se situent plus à droite et 11% plus à gauche qu’à la fin de leurs études. Ce résultat est confirmé par le scepticisme des personnes interrogées envers les plans de relance, la redistribution étatique et le protectionnisme. 

Taux de réponses positives, au moment des études et 15 ans plus tard1985  2000
La politique fiscale est un instrument de politique économique effectif40%20%
Les revenus à l’intérieur des nations industrialisées devraient être plus égaux53%30%
Les droits de douane et les obstacles au commerce réduisent le bien-être36%61%


Il manque malheureusement un groupe de contrôle dans ces enquêtes. Les changements observés pourraient ainsi être causés par d’autres critères que l’éducation à l’économie, comme l’activité professionnelle, l’âge ou la tendance politique générale durant la période sous revue. Les opinions envers la politique fiscale seraient peut-être plus favorables aujourd’hui dans le contexte de la crise financière actuelle. Dans tous les cas, elles n’ont visiblement guère influencé le politique récemment...

Pour l’équipe iconomix,
Michael Manz et Jean-Marc Huguenin

* COLANDER Dcommunity.middlebury.edu/.... (2005), The Making of an Economist Reduxcommunity.middlebury.edu/..., Journal of Economic Perspectives 19(1), 175-198.

** COLANDER D. (2003), The Aging of an Economistcommunity.middlebury.edu/..., Middlebury College Economics Discussion Paper No. 03-04.

 

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Mardi, 27 avril 2010,
15:34

Education à l’économie – partie 8: des enseignants, des économistes et des journalistes

L’influence de l’éducation à l’économie sur la sensibilité politique ne peut pas être démontrée clairement*. Cela n’est guère étonnant, car les économistes ne sont souvent pas d’accord entre eux (sous forme de boutade : deux économistes, trois avis différents…). A titre d’illustration, nous pouvons mentionner la querelledelong.typepad.com/... entre le Prof. Bradford DeLongelsa.berkeley.edu/... et son collègue Eugene Famafaculty.chicagobooth.edu/... au sujet de l’effet des dépenses publiques.

Cependant, les économistes se rejoignent sur certains thèmes pour présenter des avis plutôt uniformes et cohérents. Par exemple, ils sont d’accord pour dire que le protectionnisme est plus dommageable que bénéfique pour l’économie. Sur la base de différentes enquêtes, William Walstadcba.unl.edu/... et Kenneth Rebeckweb.stcloudstate.edu/... démontrent que le niveau de connaissances économiques peut modifier l’appréciation des personnes de manière significative. Ainsi, les personnes possédant des connaissances économiques au-dessus de la moyenne étaient, comparativement aux autres:

•    plus sceptiques face aux barrières commerciales et aux interventions de l’Etat visant à empêcher les variations de prix causées par l’offre et la demande;

•    plus optimistes face aux effets de la mondialisation et du progrès technologique**.

Une autre étude compare les avis des enseignants à ceux des journalistes et des économistes sur des questions économiques*. Elle démontre que les enseignants répondent plutôt comme les journalistes que comme les économistes. C’est plutôt rassurant, du moins pour les journalistes (car l’on peut interpréter ce résultat de trois manières: (1) les médias influencent les enseignants; (2) les journalistes ont été influencés sur les bancs d’école; (3) personne ne pense comme un économiste). Pour celles et ceux qui n’apprécient pas ce résultat, l’étude démontre également que les réponses des enseignants d’économie correspondent un peu plus à celles des économistes. Et les réponses des enseignants qui ont étudié l’économie politique à l’Université sont similaires à celles des économistes.

A propos d’études: la sensibilité politique des étudiants d’économie a souvent été évaluée de manière approfondie; plus d’information à ce sujet dans un prochain article de l’iconomix-blog.

Pour l’équipe d’iconomix,
Michael Manz et Jean-Marc Huguenin

* WALSTAD W. (2005), What Works? A Review of Research on Outcomes and Effective Program Delivery in Precollege Economic Educationwww.councilforeconed.org/... , National Council on Economic Education.

** WALSTAD W. & REBECK K. (2002), Assessing the Economic Knowledge and Economic Opinions of Adults, The Quarterly Review of Economics and Finance (42), PP. 921-935.

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Lundi, 25 janvier 2010,
12:06

La qualité règne au pays des blogs

Les milieux économiques universitaires mesurent la qualité de leur production à l'aune de nominations (Awards) et de travaux publiés dans les revues les plus réputées. Ce travail de recherche qui porte sur les travaux économiques a été nommé «économie de l'économie» par Tom Coupé (2004). Il ne se limite pas aux publications dont la lecture est rendue pénible par l'abondance de formules mathématiques. Les économistes ont élargi leur terrain de jeu pour s'adapter aux nouvelles formes de communication offertes par internet et en particulier aux blogs. iconomix témoigne de l'engouement pour ce nouveau média. Mais est-ce que la qualité des blogs d'économistes rejoint leur quantité? Ce sujet concerne ce qui est maintenant appelé «blogométrie».

Deux chercheurs américains, Franklin Mixon (Mercer University) et Kamal Upadhyaya (University of New Haven), viennent de présenter une analyse fort intéressante et rassurante sur les blogs d'économistes*. Il en ressort que la qualité est récompensée par une plus grande fréquence de citations de leurs blogs. En effet, les trois types de classements analysés (économistes blogueurs, blogs économiques et départements d'économie affiliés à des blogs) placent les chercheurs les plus réputés au premier rang.

Le blogueur économique le plus influent est en effet un prix Nobel d'économie, Gary Becker, de l'université de Chicago, qui tient un blog avec un autre économiste de Chicago fort connu, Richard Posner. Celui-ci prend la troisième place du classement. Entre les deux, c'est aussi une figure marquante de la recherche qui prend la deuxième place, Gregory Mankiw, économiste à Harvard et, de 2003 à 2005, président des conseillers économiques de George W. Bush.

Pour compléter le Top cinq des blogueurs économiques, on trouve Nouriel Roubini (New York University), dorénavant célèbre pour avoir prévu la crise immobilière et financière, et Paul Samuelson (MIT), auteur du blog «Inside the Economist's Mind». Le classement des citations place donc à son sommet deux prix Nobel (Samuelson et Becker) et trois détenteurs de la John Bates Clark Medal.

Comme d'habitude, ce genre d'exercice place les économistes américains loin devant les autres. Le premier Européen est Nicolai Foss (Copenhagen Business School), et peu d'autres Européens l'accompagnent dans le Top 100. D'après Mixon et Upadhyaya, les économistes européens partent moins à la chasse aux citations par leurs pairs. Leur visibilité dans les travaux académiques ne peut qu'en être plus modeste.

Le classement des blogs économiques eux-mêmes place sans surprise celui de Becker-Posner en tête des 39 sites pris en compte, devant celui de Greg Mankiw et le RGE Monitor de Roubini ainsi que «Inside the Economist's Mind». Il en ressort clairement que la qualité scientifique des blogs économiques (score SIS) se marie à leur popularité (mesurée par gongol.com).

La surprise vient plutôt du classement des départements d'économie. Si Harvard arrive en tête, de nombreux départements absolument inconnus parviennent à se hisser dans le Top 100, à l'image de l'Appalachian State University (20ème).

 

* MIXON F.G. & UPADHYAYA K.P. (2009), Blogometrics, Eastern Economic Journal.

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Mercredi, 01 juillet 2009,
07:30

Education à l'économie -partie 7: alerte écartée (pour l'instant)

L’éducation à l’économie rend-elle égoïste? A notre connaissance, aucune formation n’a été lancée pour cette raison. Mais cette question – ou appréhension latente – a pourtant été étudiée. Anticipons tout de suite le résultat: même si les économistes étaient plus égoïstes, cela ne serait guère dû à la formation, mais plutôt à un biais de sélection. Les personnes qui choisissent des études d’économie démontrent peut-être en moyenne d’autres attitudes que celles qui se décident pour la chimie ou l’ethnologie (pour donner deux exemples au hasard).

Les économistes suisses Bruno Frey et Stephan Meier ont étudié, entre 1998 et 2001, le comportement de plus de 28'000 étudiants de l’Université de Zurich vis-à-vis de leur contribution à deux fonds sociaux*. L’un des fonds vise à soutenir les étudiants rencontrant des problèmes financiers et l’autre a pour objectif d’aider les étudiants étrangers de l’Université de Zurich. On peut donc partir du principe que le fait de contribuer à ces fonds est une bonne chose du point de vue des étudiants. Les contributions volontaires se montent à respectivement 7 et 5 francs par semestre.

A première vue, le taux de cotisation des étudiants en économie se situe effectivement, avec 62%, en-dessous de la moyenne de 69%. Mais cette différence existe déjà à l’entrée – avant la joie du premier cours. Durant les études, les contributions des étudiants en économie continuent à baisser par rapport à d’autres, mais seulement pour ceux qui choisissent l’économie d’entreprise comme branche principale. Chez les étudiants d’économie politique, la situation est différente. Les doctorants en économie politique, qui ont reçu sans aucun doute la plus grande dose d’économie, contribuent plus que la moyenne et de manière croissante.

Les résultats de cette étude n’indiquent rien de précis concernant les effets secondaires redoutés d’un hypothétique endoctrinement. Bruno Frey et Stephan Meier acquittent donc les études d’économie faute de preuves. Au moins jusqu’au prochain procès.

Pour l’équipe d’iconomix,

Michael Manz et Jean-Marc Huguenin

* FREY B. S. & MEIER S. (2003), Are Political Economists Selfish and Indoctrinated ? Evidence from a Natural Experiment, Economic Inquiry, 41(3), PP. 448-462.

 

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